Des respirateurs russes livrés aux USA fabriqués par une entreprise sous sanctions américaines ?

Des respirateurs russes livrés aux USA fabriqués par une entreprise sous sanctions américaines ?© Stefan Jeremiah Source: Reuters
Un avion de transport militaire russe transportant du matériel médical, des masques et des fournitures atterrit à l'aéroport international JFK lors de l'épidémie de coronavirus (COVID-19) à New York, New York, États-Unis, le 1er avril 2020.

Pour soutenir les Etats-Unis face au coronavirus, la Russie a envoyé un avion militaire chargé de matériel médical. Ironie de l'histoire : des respirateurs faisant partie du lot auraient été fabriqués par une entreprise... sous sanctions américaines.

Des respirateurs livrés par la Russie aux Etats-Unis pour des patients atteints de coronavirus auraient été fabriqués par une société russe soumise à des sanctions américaines. C'est ce qu'a rapporté le 3 avril le quotidien russe RBC.

Un avion militaire russe transportant des respirateurs ainsi que d'autres fournitures médicales, y compris des équipements de protection individuelle, a atterri le 1er avril à New York après un entretien téléphonique entre le président américain Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine. Le journal RBC affirme que sur des images du déchargement de l'avion diffusées par la télévision russe, on pouvait voir des boîtes de respirateurs Aventa-M, produits par l'Ural Instrument Engineering Plant (UPZ) dans la ville de Tcheliabinsk, à 1 500 km à l'est de Moscou. L'UPZ fait partie d'une société holding appelée Concern Radio-Electronic Technologies (KRET), elle-même intégrée au conglomérat d'Etat russe Rostec. Et c'est précisément la société KRET qui est sous le coup de sanctions américaines depuis juillet 2014, ce qui signifie concrètement que les entreprises et les ressortissants américains ne peuvent pas faire affaire avec elle.

Pour compliquer encore les choses, le transport de fournitures médicales aurait été en partie pris en charge financièrement par le Russian Direct Investment Fund (RDIF), un fonds souverain russe qui, comme Rostec, a été inscrit sur la liste noire américaine en 2014. Cette instance évoque même sa coopération «avec des partenaires américains» dans la production de matériel médical.

Selon un porte-parole du département d'Etat américain, les sanctions contre RDIF ne s'appliqueraient toutefois pas à au domaine du matériel médical. KRET, cependant, figure sur la liste des sanctions SDN (personnes spécialement désignées) la plus stricte, ce qui signifie qu'il est interdit aux citoyens américains et aux résidents permanents de faire affaire avec elle. Ainsi, si la lettre des sanctions n'a pas été violée, l'esprit l'a certainement été.

Le 1er avril, le département d'Etat américain a déclaré que Washington avait accepté d'acheter les fournitures médicales en question, mais n'a fait mention d'aucune entreprise ni sanction. L'ambassade des Etats-Unis à Moscou a pour sa part déclaré qu'elle n'avait rien à ajouter à cette déclaration.

Prendre sans rien céder sur la politique de sanctions

Si les Etats-Unis ont volontiers fermé les yeux sur leurs propres sanctions compte tenu de l'urgence de la situation, leur politique étrangère ne semble cependant pas s'être assouplie d'un iota.

Le 2 avril, la mission permanente de la Russie à l'ONU a annoncé avoir présenté un projet de déclaration des Etats membres sur la solidarité dans la lutte contre la propagation du coronavirus. Dans cette déclaration, il s'agissait entre autre de fournir une assistance aux Etats les plus vulnérables ainsi que de rejeter les guerres commerciales et les sanctions unilatérales adoptées sans le mandat du Conseil de sécurité des Nations unies «afin d'assurer un accès rapide à la nourriture et aux médicaments ; contrer les spéculations financières avec des fournitures essentielles». Cette déclaration a été coparrainée par 28 Etats membres de l'ONU mais n'a pas été adoptée par consensus car l'Ukraine, la Géorgie, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et l'UE se sont prononcés contre. «Nous regrettons qu'un petit groupe d'Etats défendant une politique fondée sur les sanctions ne semble pas prêt à répondre à l'appel du secrétaire général de l'ONU et refuse de rejeter les approches et les intérêts politisés», a écrit la délégation permanente russe à l'ONU dans un communiqué. «Nous serions très intéressés d'entendre et de voir par écrit le raisonnement et les arguments visant à bloquer notre projet de déclaration de l'UE, des Etats-Unis et du Royaume-Uni», peut-on également lire dans ce texte.

Les Etats-Unis ont commencé à imposer des sanctions économiques contre la Russie en 2014 pour la punir du rattachement de la Crimée à la Russie, effectué à l'issue d'un référendum. Washington accuse en outre Moscou de soutenir les rebelles de l'est de l'Ukraine, ce que dément la Russie. Des séries de sanctions supplémentaires ont depuis été imposées contre Moscou en réponse à sa prétendue «ingérence» lors des élections présidentielles américaines de 2016 et à son implication présumée dans l'empoisonnement de l'ancien espion Sergueï Skripal en Grande-Bretagne en 2018, que Moscou nie également.

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