Bolivie : une étude du MIT confirme qu'il n'y a pas eu fraude à l'élection présidentielle

Bolivie : une étude du MIT confirme qu'il n'y a pas eu fraude à l'élection présidentielle© Ronaldo Schemidt Source: AFP
L'ancien président de la Bolivie, Evo Morales, s'exprime lors d'une conférence de presse à Buenos Aires, le 21 février 2020.

Deux statisticiens du Massachusetts institute of technology (MIT) viennent de confirmer dans une étude qu'il n'y a aucune preuve de fraude lors de l'élection présidentielle bolivienne du 20 octobre 2019.

Le Tribunal électoral bolivien l'avait affirmé dès le mois d'octobre : il n'y a eu aucune fraude lors de l'élection présidentielle du 20 octobre 2019 en Bolivie, contrairement à ce qu'avançait l'opposition au président Evo Morales et l’Organisation des Etats américains (OEA). Le 27 février, cette information a été confirmée par deux statisticiens du Massachusetts Institute of Technology (MIT), spécialistes des scrutins électoraux, dans une analyse accablante pour l’OEA. Leurs travaux montrent que contrairement à ce que prétend l'OEA il n’existe aucune preuve de fraude et qu'Evo Morales aurait «très probablement» remporté les élections dès le premier tour.

Pour rappel, le 20 octobre 2019, les résultats préliminaires du scrutin créditent le président sortant Evo Morales de 45,7% des voix, contre 37,8% pour son rival, l'ex-chef de l'Etat centriste Carlos Mesa. Un pré-résultat collecté sur la base de 83,8% des procès-verbaux. L’écart entre les deux candidats, inférieur à 10%, laissait présager un second tour. Il est à noter que ces résultats préliminaires n'ont aucune valeur juridique et sont destinés aux médias. Les résultats officiels mettent plus longtemps à être obtenus du fait de l'éloignement de certaines régions reculées et généralement partisanes d'Evo Morales. C'est ainsi que quatre jours plus tard, une fois tous les procès verbaux dépouillés, le Tribunal suprême électoral (TSE) bolivien annonce les résultats définitifs : Evo Morales est déclaré vainqueur dès le premier tour avec 47,08% des voix, contre 36,51% pour Carlos Mesa. L'écart entre les deux dépassant les 10 points et Morales ayant obtenu plus de 40% des voix, la victoire est sans appel pour le président indigène, comme le prévoit la Constitution du pays.

Il n'y a aucune preuve statistique de fraude que nous puissions trouver [...] Dans l’ensemble, l’analyse statistique et les conclusions de l’OEA semblent profondément erronées

La rue s'embrase alors et l'opposition, qui criait avant même la tenue du scrutin à la fraude à venir se trouve dopée par l'annulation d'un éventuel second tour et se met à manifester violemment dans les rues du pays. Bilan : 33 morts, des centaines de blessés, des humiliations de partisans de Morales, de nombreux dégâts matériels avec au moins quatre tribunaux électoraux incendiés.

L'OEA, porte-voix de Washington

L’Organisation des Etats américains (OEA), basée à Washington et alignée sur la politique étasunienne en Amérique latine, s'ingère rapidement dans cette polémique et dès le 21 octobre, parle d'«irrégularités» et exprime son «inquiétude» et sa «surprise». Le 4 décembre, alors qu'Evo Morales a été contraint à la démission et qu'il est en exil au Mexique, l'organisation publie un rapport concluant à une «manipulation délibérée» du scrutin du 20 octobre. Ses experts avancent que la marge avec laquelle Evo Morales s'est imposé au premier tour est «minime par rapport au volume des manipulations et altérations détectées». «Compte tenu des preuves accablantes recueillies, il est possible d'affirmer l'existence d'une série d'opérations délibérées destinées à altérer la volonté exprimée dans les urnes», estiment-ils dans ce rapport.

Mais des éléments venant appuyer ces dires, il n'y en a pas. C'est précisément ce que démontre l'étude des experts du MIT qui affirment qu'il n'y a aucune preuve de fraude. «Il n'y a aucune preuve statistique de fraude que nous puissions trouver [...] Dans l’ensemble, l’analyse statistique et les conclusions de l’OEA semblent profondément erronées», écrivent les statisticiens. En outre, ces experts expliquent avoir contacté l'OEA pour obtenir des commentaires et que celle-ci n'a pas répondu.

Sous la pression de l'armée et de la police qui se sont retournés contre lui, Evo Morales, pourtant indiscutablement réélu, a été poussé à démissionner le 10 novembre. Le premier président indigène de la Bolivie qui ne cesse de dénoncer un coup d'Etat s'est réfugié au Mexique dans un premier temps et vit désormais en exil en Argentine. Le même Tribunal suprême électoral qui l'avait proclamé vainqueur au premier tour de l'élection du 20 octobre 2019 a invalidé le 20 février la candidature d'Evo Morales au Sénat car l'ex-président ne remplit pas l'obligation de «résidence permanente» dans le pays. L'intéressé a contesté cette décision la qualifiant de «coup contre la démocratie». «Les membres [de ce tribunal] savent que je remplis les conditions pour être candidat. L'objectif final est l'élimination du MAS», a réagi Evo Morales sur Twitter en évoquant son parti, le Mouvement vers le socialisme (MAS).

Les élections générales pour l'élection du président, du vice-président ainsi que 36 sénateurs et 120 députés auront lieu le 3 mai. Selon les derniers sondages, Luis Arce, adoubé par Morales, est largement en tête des intentions de vote, avec 31,6%, devant Carlos Mesa (17,1%) et l'autoproclamée présidente par intérim Jeanine Añez (16,5%). 

Meriem Laribi

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