Retrait de Syrie : un souhait récurrent de Trump régulièrement contredit par le Pentagone

Retrait de Syrie : un souhait récurrent de Trump régulièrement contredit par le Pentagone© Zoe Garbarino/Armée américaine
Des soldats américains en opération dans la région de Minbej, dans le nord de la Syrie, en novembre 2018.

Le président américain a de nouveau annoncé sa volonté de mettre un terme à l'intervention militaire américaine en Syrie. Mais il s'est jusque-là heurté à des résistances au sein de son administration, et en particulier du Pentagone.

Le sommet de l'Etat américain semble toujours agité par des forces contraires. Ce 20 janvier, le président des Etats-Unis, Donald Trump, s'est saisi de Twitter pour défendre sa décision – sinon son souhait – de désengager ses forces militaires en Syrie. «Est-ce que les Etats-Unis veulent être le gendarme du Moyen-Orient, pour ne rien obtenir mais plutôt gaspiller des vies précieuses et des milliers de milliards de dollars ?», a-t-il lancé sur son réseau social de prédilection. 

Et le dirigeant d'ajouter : «Voulons-nous rester [en Syrie] pour toujours ? Il est temps que d'autres [pays] combattent enfin...»

Prenant de court ses alliés, Donald Trump a estimé la veille avoir vaincu Daesh. «Maintenant, il est temps que nos troupes rentrent à la maison», a-t-il encore invoqué.

«C'est un retrait total» qui interviendra «aussi rapidement que possible», a surenchéri, auprès de l'AFP, un responsable américain sous couvert d'anonymat. «La décision a été prise hier», a-t-il précisé. «Nous avons vaincu le groupe Etat islamique en Syrie, la seule raison pour moi pour laquelle nous étions présents pendant la présidence Trump», a pour sa part tweeté le président américain, rappelant ses promesses de candidat à la Maison-Blanche.

Trump régulièrement contredit par le Pentagone

Le président américain a-t-il oublié que la Russie est intervenue à la fin de l'année 2015 en Syrie, à un moment où l'organisation terroriste Daesh était sur le point de l'emporter ? Ou appelle-t-il plutôt ses alliés, dont la France, à prendre le relais, mais aussi à supporter seuls le coût de la guerre ?

Quoi qu'il en soit, ce n'est pas la première fois que Donald Trump martèle son désir de ne plus intervenir militairement en Syrie. En mars dernier, le chef d'Etat avait déjà invoqué la défaite de Daesh comme une raison suffisante. «Nous allons nous désengager de Syrie très vite, laissons d'autres s'en occuper», avait-il alors déclaré, cette fois lors d'un discours dans l'Ohio.

Lors d'une conférence de presse le 23 février, Donald Trump avait déjà formulé le même vœu : «Nous sommes ici pour une raison : combattre et éliminer [Daesh], puis rentrer à la maison.» Il avait également martelé que les Etats-Unis n'étaient «pas là pour d'autres raisons» et avaient déjà «largement atteint [leur] but», admettant ainsi implicitement que la question du renversement du président syrien Bachar el-Assad n'était pas un but de guerre pour les Etats-Unis. Sur ce sujet aussi, la diplomatie américaine a varié à maintes reprises.

Pour autant, le département américain de la Défense n'hésite pas à faire entendre un autre son de cloche, au risque de brouiller la rhétorique de Donald Trump et d'alimenter une analyse selon laquelle une partie de l'Etat n'hésiterait pas à contredire le président. En janvier 2018, le Pentagone affirmait ainsi, à rebours des positions de Donald Trump, que le maintien des troupes américaines en Syrie avait pour but de contrer l'influence de l'Iran. «Il est crucial, pour notre intérêt national, de maintenir une présence militaire et diplomatique en Syrie», affirmait ainsi Rex Tillerson, alors secrétaire d'Etat américain.

En mars dernier, le Pentagone avait immédiatement répliqué aux déclarations d'intentions présidentielles en faisant savoir qu'il ignorait tout d'un éventuel plan de retrait des troupes américaines. Ce 19 décembre, la nouvelle annonce surprise du président donne la même impression de confusion, renforçant l'image d'un président isolé sur ce dossier. Et qui semble vouloir, à force de déclarations, prendre de vitesse le Pentagone.

Alexandre Keller

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