Sanctions contre l'achat d'armes russes : Washington pourrait mettre en place des dérogations

Sanctions contre l'achat d'armes russes : Washington pourrait mettre en place des dérogations© Yuri Gripas Source: Reuters
Le Pentagone vu du ciel

Face au risque de voir plusieurs pays, comme l'Inde, préférer leur partenariat avec la Russie à l'ultimatum posé par les sanctions américaines contre l'achat d'armes russes, Jim Mattis juge «impératives» des dérogations à ces sanctions.

Les sanctions américaines contre les pays qui achètent des armements russes doivent pouvoir faire l'objet d'exceptions afin de ne pas jeter certains pays définitivement dans les bras de la Russie. C'est ce qu'a déclaré en substance le 20 juillet Jim Mattis, secrétaire américain à la Défense.

«La Russie doit payer pour son comportement agressif et déstabilisateur, et pour son occupation illégale de l'Ukraine», a-t-il fait savoir dans un communiqué, avant d'apporter une précision quelque peu inattendue : «Toutefois, alors que nous imposons des sanctions nécessaires et méritées pour leur attitude malveillante, fournir au secrétaire d'Etat la possibilité de déroger à la loi Caatsa est impératif.»

Le Congrès américain a adopté en 2017 une loi, soutenue par les républicains et les démocrates, visant à punir la Russie pour son attitude en Ukraine et pour son ingérence supposée dans l'élection présidentielle américaine. Cette loi, baptisée Caatsa (Counter America's Adversaries Through Sanctions Act, «Loi pour contrer les adversaires de l'Amérique au moyen de sanctions»), impose des sanctions économiques contre toute entité ou pays qui conclut des contrats d'armement avec des entreprises russes.

La loi avait été promulguée à contre-coeur par le président américain Donald Trump, qui espèrait concrétiser sa promesse électorale de rapprochement avec la Russie de Vladimir Poutine.

Elle continue de faire débat, certains redoutant que des sanctions, notamment contre des alliés asiatiques des Etats-Unis, comme l'Inde, mettent en péril des relations que Washington tente de renforcer depuis de nombreuses années. L'Inde, plus gros importateur mondial en matière de défense, achète de longue date des équipements russes et discute avec Moscou de l'acquisition de ses systèmes de défense antiaérienne S-400.

Eviter que trop de pays ne se tournent vers la Russie

Des exceptions à la loi Caatsa permettraient à certains pays «de bâtir une relation de sécurité plus étroite avec les Etats-Unis» tout en réduisant de manière progressive leur dépendance au matériel militaire russe, selon l'argumentaire développé dans son communiqué par Jim Mattis, qui s'est rendu en Inde l'an dernier et y retournera en septembre avec le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo pour des pourparlers reportés à deux reprises.

Renforcer des partenaires des régions-clés ou les laisser sans autre choix que de se tourner vers Moscou ?

Selon le secrétaire à la Défense, la question est de savoir si Washington veut renforcer des «partenaires dans des régions-clés ou les laisser sans autre choix que de se tourner vers la Russie». Moscou ne cache pas vouloir profiter de l'occasion pour tisser des liens avec différents Etats touchés par ces sanctions.

«Cette administration est totalement déterminée à appliquer la loi Caatsa», a toutefois assuré un porte-parole de la diplomatie américaine dans la foulée. «Nous en avons discuté avec le gouvernement indien, et les Etats-Unis travaillent avec nos partenaires, y compris l'Inde, pour les aider à éviter tout acte potentiellement passible de sanctions».

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