Liberté de la presse ? L'Ukraine décide d'expulser Paula Slier, journaliste pour RT

Liberté de la presse ? L'Ukraine décide d'expulser Paula Slier, journaliste pour RT
La journaliste Paula Slier, photo ©RT France

Les autorités ukrainiennes ont notifié leur expulsion à deux journalistes, l'un travaillant pour Rossiya 24 et l'autre pour RT. Pourtant accrédités, ceux-ci devaient couvrir une réunion de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.

Ce 26 juin, Paula Slier et Evguéni Primakov, correspondants respectivement pour RT et pour la chaîne d'information continue russe Rossiya 24, se sont vu notifier leur expulsion d'Ukraine.

Les deux journalistes devaient assister à une conférence organisée par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Avec pour sujet, assez paradoxalement, la protection de la liberté de la presse et de la liberté d'expression.

Paula Slier a été interceptée ce 26 juin au matin aux douanes ukrainiennes pour un contrôle. On lui a annoncé ensuite que l'entrée dans le pays lui était refusée. Les autorités ont affirmé que la journaliste était bannie d'Ukraine pour cinq ans, mais sans donner plus d'explications. «Ils m'ont mise à l'écart et m'ont pris mon passeport, et m'ont fait attendre dans une salle», a-t-elle témoigné, réagissant ce même jour à son expulsion.

«J'ai participé à nombre de conférences de l'OSCE par le passé, et il y a toujours eu des discussions musclées entre les représentants de l'Ukraine et ceux de la Russie», a détaillé Paula Slier, rappelant qu'elle avait présenté aux forces de l'ordre ukrainiennes son accréditation en bonne et due forme. «Ma participation [à ces événements] a toujours été de promouvoir des façons plus globales dans la couverture d'un conflit», a-t-elle plaidé, ajoutant que sa présence visait à faire des propositions de nature à garantir la liberté de la presse, notamment dans le cadre des opérations militaires que le gouvernement de Kiev a lancées contre la population de l'Est de l'Ukraine.

Une mésaventure similaire est arrivée ce même 26 juin à Evguéni Primakov, journaliste de la chaîne d'information continue Rossiya 24. Egalement accrédité pour assister à la conférence de l'OSCE, il s'est vu signifier par un officiel ukrainien qu'il représentait un danger pour l'Ukraine, et qu'il avait également été banni du pays pour cinq ans. «Apparemment, nos homologues [ukrainiens] préfèrent s'en tenir à leur agenda de confrontation [...] Et n'importe quel point de vue, notamment modéré, qui remettrait en question leur perception du monde leur est insupportable et inacceptable», a-t-il estimé.

L'OSCE exprime des regrets, la Fédération internationale des journalistes exige des explications

Nommé représentant de l'OSCE pour la liberté des médias en juillet 2017, l'ex-secrétaire d'Etat de François Hollande Harlem Désir a fait part sur Twitter de sa réprobation. «Je regrette que les journalistes travaillant pour des médias russes, Evguény Primakov et Paula Slier, aient été refoulés à la frontière», a-t-il déploré.

C'est totalement contraire au fonctionnement d'une démocratie

La Fédération internationale des journalistes a également fait part de son indignation, par la voix de son secrétaire général Anthony Bellanger. «Les autorités ukrainiennes doivent d'urgence donner des explications sur cette décision, et arrêter de mettre les journalistes sous pression», a-t-il réagi. «Je suis stupéfait par l'interdiction qui a touché madame Slier de rentrer sur le territoire ukrainien», a-t-il poursuivi, avant d'ajouter : «C'est totalement contraire au fonctionnement d'une démocratie.»

Les relations entre la Russie et l'Ukraine sont des plus tendues depuis le coup d'Etat de l'Euromaïdan en février 2014. Le gouvernement ukrainien avait alors pris une série de mesures, comme l'interdiction des médias russophones, à l'encontre de la population de l'est de l'Ukraine, dans la région du Donbass. Afin de mater la rébellion des villes autoproclamées autonomes de Donetsk et Lugansk, l'armée ukrainienne s'était alors lancée dans des «opérations antiterroristes», «ATO» en anglais. Kiev veille attentivement à la façon dont le conflit est couvert, notamment dans les médias occidentaux.

L'épisode rocambolesque de la mise en scène du faux assassinat du journaliste russe en Ukraine Arkadi Babtchenko, le 29 juin dernier a toutefois entaché un peu plus la réputation de l'Ukraine en matière de manipulation de l'information.

L'Ukraine n'est toutefois pas le seul pays à entraver le travail des médias liés à la Russie. En août 2017, la présidence estonienne de l'Union européenne s'était opposée à l'accréditation de trois journalistes de l'agence de presse russe Rossiya Segodnya, là aussi sans prendre la peine de donner des explications. La Fédération européenne des journalistes (FEJ), avait vivement dénoncé la décision.

Lire aussi : La fausse mort de Babtchenko pourrait saper la confiance dans la presse, selon le chef de l'OTAN

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