«Daphne project» : une équipe internationale reprend l'enquête de la journaliste maltaise assassinée

«Daphne project» : une équipe internationale reprend l'enquête de la journaliste maltaise assassinée© Capture d'écran du site Forbidden Stories Source: AFP
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C’est un événement mondial sans précédent : à la suite de l’assassinat de la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia, une équipe internationale de journalistes d’investigation a repris son enquête sur la corruption supposée de dirigeants maltais.

La journaliste Daphne Caruana Galizia est morte le 16 octobre 2017 dans l'explosion de sa voiture alors qu’elle s’apprêtait à faire des révélations sur la corruption concernant des membres du gouvernement de l'Etat maltais. Si les commanditaires de son assassinat ont réussi à la faire taire, ils n’imaginaient certainement pas que la riposte allait être magistrale : 45 journalistes de différents pays ont repris l’enquête de la journaliste et vont dévoiler leurs conclusions à partir du 17 avril. 

L’équipe de journalistes ayant repris son enquête n'a fait qu'une seule réunion, mais a travaillé de manière coordonnée, en respectant des dates de publication. Les révélations seront publiées dans The Guardian, le New York Times, Die Zeit, Le Monde… Le 19 avril, l’émission Envoyé Spécial de France 2 y consacrera un reportage de 45 minutes.

Une plateforme pour protéger les journalistes menacés

La mort est parfois au bout du chemin pour les journalistes qui enquêtent sur la mafia, les réseaux criminels, les milieux d'affaires ou le pouvoir : elle a dernièrement frappé en Slovaquie le 27 février le journaliste Jan Kuciak, qui enquêtait sur les ramifications de la pieuvre italienne dans le pays , ainsi que sa fiancée Martina. La mort de la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia, qui avait pour habitude de dénoncer la corruption des politiques et industriels à longueur d'articles et de posts publiés sur son blog, aura toutefois permis un vaste mouvement dans le monde de l'investigation.

Car le séisme déclenché par cet assassinat a incité Laurent Richard, journaliste français d'investigation dans la société de productions Premières Lignes, à lancer une plateforme d’enquête, «Forbidden Stories», en octobre 2017. Son mot d’ordre : «Stories stay alive», «Les histoires survivent». Cette plateforme, une association à but non lucratif en partenariat avec le Consortium International des Journalistes d’Investigation (ICIJ), est soutenue et financée par Reporters sans frontières (RSF). Le principe : permettre aux journalistes menacés de déposer dans la plateforme leur enquête en toute discrétion et, en cas d’incident ou d’assassinat, de voir leur travail poursuivi par un réseau de reporters aguerris, habitués à l’investigation. Ils travaillent de manière coordonnée, communiquant en utilisant des messageries cryptées.

La journaliste maltaise assassinée, Daphne Caruana Galizia, qui avait contribué à l’enquête sur les Panama Papers, avait par la suite accusé deux membres du gouvernement, le ministre du Tourisme et le chef de cabinet du Premier ministre Joseph Muscat, d’avoir touché des pots-de-vins déposés sur des comptes dans des paradis fiscaux. Trois hommes ont été inculpés en décembre pour le meurtre de Daphne Caruana Galizia. Deux frères, George et Alfred Degiorgio, 55 et 53 ans, et un troisième suspect, Vincent Muscat, 55 ans, ont été arrêtés. Ils n'ont aucun lien avec le pouvoir et elle n'avait jamais écrit sur eux. La famille a critiqué des obstructions de la justice dans le dossier, et selon Le Monde, en avril 2017, les hommes politiques épinglés par la journaliste n'ont toujours pas été entendus dans le cadre de l'enquête. 

Lire aussi : Panama Papers : Facebook bloque un journaliste qui met en cause le Premier ministre de Malte

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