Afrique de l'Ouest : le leadership de la France dans la lutte anti-djihadiste contesté ?

Afrique de l'Ouest : le leadership de la France dans la lutte anti-djihadiste contesté ?© LUDOVIC MARIN Source: AFP
Emmanuel Macron, salué par le président nigérien Mahamadou Issoufou le 22 décembre 2017

Au Niger le 22 novembre, Emmanuel Macron a rencontré des centaines de soldats français déployés pour combattre Daesh dans le cadre de l'opération Barkhane. Mais le rôle de Paris dans la lutte antiterroriste africaine est-il appelé à être relativisé ?

Après Gao, Ouagadougou et Abdijan, la courte visite d'une vingtaine d'heures à Niamey au Niger, le 22 décembre, témoigne de l'importance qu'accorde le président de la République à la région ouest-africaine dans la politique étrangère française. «J'y suis très présent parce que c'est là que se joue une part importante de notre bataille [...] On ne peut pas lutter efficacement contre le terrorisme si on n'a pas une action au Sahel», avait-il expliqué le 17 décembre sur France 2.

Avec 500 hommes, des avions de chasse Mirage 2 000, des appareils de transport et des drones, la base de Niamey est le «hub aérien» de Barkhane, la plus importante opération militaire extérieure menée actuellement par la France, visant à lutter contre les groupes armés djihadistes dans la région du Sahel.

C'est par elle que transitent la plupart des 4 000 soldats français disséminés dans les cinq pays couverts par l'opération Barkhane (Mali, Niger, Tchad, Burkina Faso et Mauritanie) – une zone six fois plus grande que la France.

Depuis 2015, les attaques djihadistes se sont étendues au centre et au sud du Mali et le phénomène gagne les pays voisins, en particulier le Burkina Faso et le Niger.

Face à la dégradation, l'organisation régionale «G5 Sahel», qui regroupe ces trois pays, ainsi que la Mauritanie et le Tchad, a réactivé en 2017, avec le soutien de la France, un projet de force conjointe antidjihadiste, déjà annoncé en novembre 2015.

Vers une africanisation de l'action militaire anti-terroriste ?

Si la France est militairement active dans la région, elle est censée, à terme, se désengager progressivement et laisser le soin aux pays africains de gérer une action militaire contre les djihadistes. C'est, en tout cas, ce que promet Paris. «Il est primordial que ce soient les pays africains concernés qui prennent cette question à bras le corps», avait ainsi affirmé la ministre des Armées Florence Parly sur France 24 le 15 novembre 2017. 

Partant, la ministre propose une solution impliquant les pays de la région, réunis dans le groupe G5 Sahel, pour résoudre les crises armées : «Nous ne pouvons et ne voulons pas être les gardiens de pays africains souverains. Ils doivent être capables de vaincre le terrorisme par leurs propres moyens.»

La France, d'ailleurs, ne jouit pas d'une réputation sans faille dans la région. Mise en cause dans une action militaire fin octobre menée dans le cadre de l'opération Barkhane au Mali, l'armée française a été mise devant ses responsabilités. Ainsi, le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a demandé le 4 décembre à la France de reconnaître avoir causé la mort de 11 soldats, otages des djihadistes, lors de cette opération. Bavure que la France ne reconnaît pas officiellement, mais un document tend à montrer que les autorités françaises ont bel et bien diagnostiqué un «événement déplorable»

En octobre, des groupes d'habitants ont même manifesté dans la ville malienne de Kidal, se plaignant de la brutalité des soldats français et exigeant leur départ. Selon l'un des organisateurs de la manifestation, les militaires interviendraient sans précaution dans des domiciles privés.

Vers une plus grande implication militaire de Washington en Afrique ? 

Sur la chaîne de télévision RT France, le 21 décembre, Ismaël Chergui, commissaire à la Paix et à la Sécurité de l'Union africaine (UA), assurait qu'«à terme, beaucoup d'autres pays jouer[aient] un rôle» dans le combat mené par le G5 Sahel, parmi lesquels les Etats-Unis. «On en vient à parler de la Russie», ajoutait le diplomate.

Le ministre de la Défense du Burkina Faso – pays confronté à la menace terroriste – Jean-Claude Boudala, avait notamment déclaré en août, lors de sa visite en Russie, que la lutte antiterroriste nécessitait «la solidarité internationale», tout en assurant nouer des liens étroits avec Moscou. Même son de cloche pour le ministre malien de la Défense, Tiéna Coulibaly, qui espérait en août «que la Russie participe[rait] au renforcement des forces armées au Mali».

Néanmoins, il est à noter que le 22 décembre, Vladimir Poutine a rappelé que la Russie n'avait pas l'intention de «jouer le rôle de gendarme du monde», en affirmant que la priorité russe serait d'«assurer les capacités défensives».

La France, elle, souhaite privilégier un soutien militaire des Etats-Unis dans la mission de sécurisation de l'Afrique de l'Ouest. Washington, d'ailleurs, semble prêt à accroître son implication militaire en Afrique, alors que les principaux théâtres d'affrontements contre les forces djihadistes se déplacent du Moyen-Orient vers le continent africain.

En octobre dernier, le général Joseph Dunford, chef d'état-major des armées des Etats-Unis, faisait justement savoir que Washington envisageait de renforcer sa posture militaire en Afrique. «L'Afrique est l'un des endroits où nous savons que Daesh espère renforcer sa présence», faisait-il valoir, selon des propos rapportés par Voice of America

Lire aussi : Au Mali, des manifestants demandent le départ des soldats de l'opération Barkhane (IMAGES)

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