De président géorgien à opposant apatride en Ukraine : l'incroyable parcours de Saakachvili (VIDEOS)

De président géorgien à opposant apatride en Ukraine : l'incroyable parcours de Saakachvili (VIDEOS)
Mikheïl Saakachvili, ex-président de la Géorgie, ex-gouverneur de la région ukrainienne d'Odessa, lors d'un rassemblement contre le gouvernement de Kiev en novembre 2017, photo ©Gleb Garanich/Reuters

Traqué par la police à Kiev, l'ex-président de la Géorgie, devenu aussi gouverneur d'Odessa avant de perdre sa nationalité ukrainienne, traverse une passe difficile. Mais des péripéties, cet aventurier à la peau dure en a connu d'autres.

La trajectoire de Mikheïl Saakachvili, ancien président de la Géorgie et désormais opposant apatride au président ukrainien Petro Porochenko est pour le moins extraordinaire. En suivant le parcours de cet homme né en URSS en 1967, c'est une partie de la guerre d'influence que livrent les Etats-Unis et l'Occident contre la Russie à ses frontières mêmes que l'on peut pratiquement retracer. 

Alors qu'il n'a toujours pas répondu ce 6 décembre à l'ultimatum que lui a posé la justice ukrainienne, l'ex-président géorgien se retrouve dans la peau d'un opposant apatride et, qui plus est, en cavale. Et pourtant, ce n'est pas son premier épisode rocambolesque.

Saakachvili, le révolutionnaire sous influence

En 2004, Mikheïl Saakachvili accède au pouvoir en Géorgie après avoir participé à la révolution des Roses, l'une des révolutions de couleur ayant eu lieu dans l'ancienne URSS, et qui a conduit à la démission du président Edouard Chevardnadze mais aussi ex-ministre soviétique des Affaires étrangères. Ayant pourtant servi comme ministre de la Justice de ce dernier, Mikheïl Saakachvili parvient néanmoins à se poser en réformateur. Il s’attelle notamment à la réforme des systèmes judiciaire et pénitentiaire géorgien, et s'attire les bonnes grâces des observateurs internationaux et des ONG.

Au cours de son mandat, Mikheïl Saakachvili tisse des liens avec les centres de pouvoir occidentaux, mais aussi avec des personnalités politico-médiatiques telles que Bernard Kouchner, Bernard-Henri Lévy, ou plus tard Raphaël Glucksmann (qui sera son conseiller de 2009 à 2013), dont Le Monde écrit en mars 2014 qu'il a «fait des soulèvements nationaux son fond de commerce».

François Hollande, Petro Porochenko, alors membre du Parlement ukrainien et futur président, et Bernard-Henri Lévy, en mars 2014, photo ©Charles Platiau/Reuters

Sa lutte contre la corruption, alors endémique en Géorgie, lui vaut d'être repéré par les observateurs internationaux et les ONG occidentales dès 2004. Mikheïl Saakachvili devient ainsi l'un des hommes de l'Occident dans l'espace post-soviétique.

Aussi, l'accession de Mikheïl Saakachvili au pouvoir signe l'ouverture de la Géorgie à l'influence des Etats-Unis et de Bruxelles. Le dirigeant fait notamment de l'adhésion de la Géorgie à l'Union européenne et à l'OTAN sa priorité. Même si, au bout du compte, il ne s'agira que d'un simple rapprochement.

Saakachvili, le guerrier malheureux

Le mouvement tectonique géopolitique imprimé à son pays par Mikheïl Saakachvili, de la sphère d'influence héritée de l'Union soviétique vers celle des Etats-Unis, à l'instar de l'Ukraine avec la révolution Orange en 2004, mène à la confrontation avec la Russie.

En 2008, le dirigeant géorgien se lance dans une aventure militaire contre les républiques d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud. Cette dernière s'était prononcée par référendum en 2006 à plus de 90% des voix pour la sécession d'avec la Géorgie, un résultat que les Etats-Unis et l'Union européenne avaient dénoncé, comme illégitime. Fort de cette position occidentale, Mikheïl Saakachvili décide d'attaquer l'Ossétie du Sud dans la nuit du 7 au 8 août 2008 détruisant une partie de la capitale Tskhinvali et faisant de nombreuses victimes ayant la citoyenneté russe.

En vertu du droit international et de la mission de maintien de la paix confiée en 1992 par l'ONU dans la région à certaines des républiques de l'ex-Union soviétique (réunies dans la Communauté des Etats indépendants), l'armée russe intervient et inflige une lourde défaite à l'armée géorgienne. Non seulement l'Ossétie du Sud est libérée mais la Géorgie perd le contrôle d'un tiers de son territoire. En août 2008, la situation est des plus délicates pour Mikheïl Saakachvili. Menacé par un hélicoptère, il doit fuir précipitamment de la ville de Gori en compagnie de Bernard Kouchner, alors ministre français des Affaires étrangères, une scène captée par les caméras. 

Saakachvili l'autocrate amateur de luxe

Malgré la défaite, Mikheïl Saakachvili se maintient au pouvoir et ne boude pas les avantages qui y sont attachés. Vêtements, dîners chics, séjours dans des hôtels luxueux, chirurgie esthétique ou encore massages : Mikheïl Saakachvili aurait eu une conception particulièrement large de l'utilisation de fonds publics. Le total de ces dépenses privées faites sur le dos de l'Etat s'élèverait à près de 3,3 millions d'euros.

En 2013, le Parquet de Géorgie avait d'ailleurs annoncé l'ouverture d'une enquête pour détournement de fonds après des accusations selon lesquelles le dirigeant géorgien aurait dépensé plusieurs milliers de dollars de fonds publics en injections de botox lors d'un séjour aux Etats-Unis. Après avoir perdu l'élection présidentielle en 2013, Mikheïl Saakachvili est contraint à l'exil afin d'échapper aux poursuites judiciaires, et choisit pour destination les Etats-Unis.

Saakachvili, mercenaire ukrainien disgrâcié

Deux ans plus tard, et après avoir endossé un nouveau costume de conférencier spécialisé en démocratie, ses services sont requis en Ukraine, pour lutter contre la corruption, eu égard à son action en Géorgie et son adoubement occidental.

En mai 2015, le nouvel homme fort de l'Ukraine Petro Porochenko, arrivé au pouvoir grâce à un coup d'Etat avec la bénédiction du Département d'Etat américain et de l'Union européenne, accorde à Mikheïl Saakachvili la nationalité ukrainienne afin qu'il puisse devenir le gouverneur de la région d'Odessa. Comme en Géorgie, et emmenant  dans ses bagages son ex-vice ministre de l'Intérieur Eka Zgouladze, qui se trouve être l'ex-épouse de Raphaël Glucksmann, Mikheïl Saakachviki s’attelle à la réforme de la police ukrainienne.

Eva Zgouladze (2e à gauche), Petro Porochenko (centre) et Mikheïl Saakachvili en août 2015, photo ©Reuters

Mais il perd par là-même sa nationalité géorgienne, la Géorgie n'acceptant pas la double nationalité. Une décision qui va s'avérer lourde de conséquences alors que les relations entre Mikheïl Saakachvili et Petro Porochenko se dégradent très vite. Le gouverneur se fait très critique à l'égard du pouvoir de Kiev et apparaît très rapidement comme un rival gênant pour le président ukrainien, fragilisé par la situation économique de l'Ukraine, sous perfusion du Fonds monétaire international, et la guerre contre les populations du Donbass, à l'est du pays.

En novembre 2016, alors que sa relation avec Petro Porochenko devient exécrable, Mikheïl Sakaachvili démissionne de son poste de gouverneur d'Odessa accusant le président ukrainien de «piller» son peuple. Le 27 juillet 2017, alors qu'il se trouve aux Etats-Unis, le ministère de l'Intérieur décide de le déchoir de son statut de citoyen ukrainien.

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Le désormais apatride ex-Président géorgien va désormais jeter toutes ses forces dans son combat contre Petro Porochenko. Dernier coup de poker en date, il s'invite de force, passe la frontière ukrainienne en septembre 2017, venant défier le président ukrainien jusque devant le Parlement et participer aux prochaines élections législatives.

C'est ainsi qu'au terme de son parcours rocambolesque, Mikheïl Saakachvili se retrouve sur le toit d'un bâtiment à Kiev, traqué par la police ukrainienne, tandis que les forces spéciales perquisitionnent son appartement. Arrêté, il est finalement libéré par ses partisans ayant érigé des barricades. Pour l'heure, il court toujours.

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