Quand l'OTAN, omniprésente en Europe de l'Est, accuse la Russie de vouloir déstabiliser la région

Quand l'OTAN, omniprésente en Europe de l'Est, accuse la Russie de vouloir déstabiliser la région
Un MiG-29 de l'armée de l'air biélorusse se prépare pour l'exercice «Zapad» conjoint avec la Russie, photo ©Viktor Tolochko / Sputnik

L'exercice «Zapad 2017», conjoint entre la Biélorussie et la Russie, est prévu de longue date pour septembre. L'OTAN, qui a étendu son emprise en Europe jusqu'aux frontières russes, accuse pourtant régulièrement Moscou d'expansionnisme militaire.

La Russie a encore rejeté ce 29 août 2017 les accusations occidentales selon lesquelles elle mettrait à profit les exercices conjoints avec la Biélorussie, baptisés «Zapad 2017», pour préparer une hypothétique invasion des pays frontaliers.

«Je voudrais insister que mis à part sa composante antiterroriste, l'exercice est de nature purement défensive», a souligné un haut gradé russe, le lieutenant-général Alexandre Fomine. Et d'ajouter : «Depuis plusieurs mois, les grands médias [...] ont déstabilisé l'opinion publique avec de nombreux mythes autour de la menace militaire russe.»

A l'issue d'une réunion préparatoire avec son homologue russe, le vice-ministre biélorusse Oleg Belokonev a déclaré de son côté que la totalité des troupes engagées dans l'opération militaire, qui doit se dérouler en Biélorussie du 14 au 20 septembre, seraient retirées après l'exercice, l'OTAN ayant fait part de ses craintes d'une installation permanente des soldats russes en Biélorussie. Quelque 12 700 militaires biélorusses et russes doivent participer à cet exercice, selon les autorités biélorusses.

Soupçon permanent et pressions sur la Russie

L'opération conjointe de Minsk et de Moscou, en Biélorussie ainsi que dans trois régions de la Fédération de Russie, inquiète en effet l'OTAN au plus haut point. La Lituanie soutient ainsi que l'exercice mobiliserait en réalité pas moins de 100 000 soldats. Le 25 août dernier, le secrétaire général de l'Alliance atlantique Jens Stoltenberg faisait part de sa vigilance à l'égard de Moscou. «Je demande à la Russie d'assurer le respect des obligations qui lui incombent», a-t-il fait savoir, poursuivant : «La prévisibilité et la transparence sont particulièrement importantes lorsqu'on augmente l'activité militaire le long de nos frontières.»

La veille, Jens Stoltenberg adoptait un ton moins diplomatique encore. «Le comportement agressif de la Russie a miné la stabilité et la sécurité de l'Europe», accusait-il sans ambages, lors d'un colloque en Italie.

Ce faisant, Jens Stoltenberg ne faisait que se conformer à la rhétorique de la «menace russe», laquelle a permis de justifier la montée en puissance sans précédent de l'OTAN depuis la fin de la guerre froide ainsi que la remilitarisation de l'Europe de l'Est, et ce jusqu'aux frontières mêmes de la Russie. Appuyant son secrétaire général, l'OTAN déplorait ce même jour l'«opacité» de Moscou, s'appuyant sur le «document de Vienne». Ce texte, signé en 1990 à la fin de la guerre froide et régulièrement révisé depuis, doit permettre aux pays signataires d'échanger des informations militaires afin d'éviter des malentendus sur les intentions des uns et des autres.

Ce 29 août, Aleksandr Fomine s'est efforcé de contrer le discours récurrent des dirigeants de l'OTAN. «Il s'agit d'exercices habituels et prévus, pas d'une sorte d'agression comme le prétendent certains pays», a-t-il expliqué. Et d'ajouter : «Je pense que ces discussions destinées à effrayer n'ont aucun sens.»

Inversion accusatoire

En dépit des remontrances occidentales, la Biélorussie et la Russie avaient de toute façon prévu de longue date d'inviter de nombreux observateurs de l'OTAN et de pays étrangers, notamment, les pays baltes, la Pologne ou encore l'Ukraine. Mais cela ne semble pas suffire à désarmer les accusations. Le commandant en chef des forces américaines en Europe, le général Ben Hodges, accusait au début du mois d'août la Russie de vouloir implanter secrètement des effectifs militaires en Biélorussie. «Les gens craignent que cela se révèle être un cheval de Troie», a déclaré le militaire début août 2017, cité par The Economist.

L'Alliance atlantique peut en outre compter sur le soutien de certains médias occidentaux de premier ordre pour relayer ses accusations. Le New York Times écrivait ainsi le 31 juillet : «Les sanctions punitives de la part des Etats-Unis et de ses alliés européens, lesquelles ont encore un peu plus isolé la Russie, n'ont rien fait pour stopper les bruits de bottes de Monsieur Poutine.»

Expansion militaire de l'OTAN en Europe de l'Est

Pendant ce temps là, martelant encore et encore la «menace russe», l'OTAN continue toutefois de se déployer en Europe de l'Est, où elle mène de nombreux exercices de grande envergure.

En juin 2017, notamment, l'organisation militaire basée à Bruxelles menait des exercices d'une ampleur sans précédent en Pologne, mobilisant des avions britanniques et des hélicoptères américains. Et, tandis que la Russie et la Biélorussie ne prétendent entraîner leurs troupes sur leurs seuls territoires nationaux, les exercices de l'OTAN impliquent, eux, des soldats provenant de nombreux pays étrangers à l'Europe de l'Est. En Estonie, où l'OTAN brandit aussi la menace d'une incursion russe, plus de 300 soldats français ont ainsi effectué leurs premières manœuvres dans le cadre de l'organisation militaire atlantique, attestant que l'armée française adopte l'analyse militaire américaine.

Ce dispositif militaire inouï en Europe de l'Est semble n'avoir qu'un seul objectif : assurer la sécurité de l'Europe de l'Est et des pays baltes contre la prétendue menace russe. C'est ainsi qu'en juin 2017, ayant identifié un point faible pour les pays baltes dans le nord-est de la Pologne – le passage dit de Suwalki – l'OTAN a décidé d'y mener des exercices militaires. Les experts militaires occidentaux considèrent comme un talon d'Achille l'étroit bout de terre à la frontière polono-lituanienne qui s'étend sur 60 à 100 kilomètres, entre l'enclave russe de Kaliningrad et la Biélorussie.

Autre signe de l'intense activité des forces de l'Alliance atlantique à proximité des frontières russes, la Défense russe a intercepté en juin 2017 quelque 14 avions de reconnaissance occidentaux volant au-dessus de ses frontières.

Moscou a à plusieurs reprises estimé qu'une accumulation des forces de l'OTAN dans la région, à la frontière russe, enfreignait l'équilibre des forces. La Russie a en outre démenti à plusieurs reprises l’existence de supposés projets d’attaque contre ses voisins. Moscou dénonce en retour le renforcement militaire de l’OTAN près de ses frontières en le qualifiant de menace pour sa sécurité.

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