Les organisateurs du premier Comic Con d'Arabie saoudite seront sanctionnés

Déjà qualifié d'indécent par certains Saoudiens, le Comic Con de Jeddah, un festival d'art pop, continue de provoquer des remous. Les organisateurs sont accusés de «violation» par une agence gouvernementale saoudienne dédiée au «divertissement».
Alors que la ville de Jeddah a accueilli les 16,17 et 18 février un Comic Con –un festival d'art pop, de jeux vidéo et d'événements liés au cinéma – a attiré des milliers de Saoudiens, l'Autorité générale pour le Divertissement de l'Arabie saoudite (GAE) a brutalement fait volte-face.
En effet, la GAE a annoncé le 23 février qu'elle sanctionnerait pour «violation» la compagnie saoudienne Time Entertainment, organisatrice du premier Comic Con réalisé en Arabie saoudite. La GAE n'a toutefois pas précisé le caractère ou la nature de ladite «violation». Cité par l'AFP, la GAE a cependant indiqué que sa priorité était «la préservation des valeurs, des mœurs, et des traditions».
المصور الفوتغرافي الرسمي لـ #سعودي_كوميك_كون هو @EmadPhotopic.twitter.com/C0sccV4Enx
— Saudi Comic Con (@Saudicomiccon) 18 février 2017
La GAE est l'agence gouvernementale saoudienne en charge de l'ensemble des événements liés au divertissement dans le royaume. Elle a néanmoins tenu à saluer le «succès général en termes de contenu et d'organisation» du premier Comic Con saoudien.
Peep these badass photos from Saudi Arabia's first-ever Comic Con this past weekend. Wish I was there! Maybe next year?! pic.twitter.com/ZdSWfsZbz0
— Ted Geoghegan (@tedgeoghegan) 22 février 2017
Il s'agit là d'un véritable paradoxe : la GAE parle de sanctions, mais se félicite de la tenue d'un événement qu'elle a contribué à organiser dans le cadre d'une initiative gouvernementale visant à offrir plus de divertissement en Arabie saoudite, où l'alcool, les cinémas publics et le théâtre sont interdits.
20000 #Saudis parade over 3 days dressed as the Hulk & Doctor Doom in Saudi first #Comic Con where robots, video games & anime figures pic.twitter.com/DzgXRBBVUl
— Mediareach Star (@Mediareachstar) 21 février 2017
Un festival d'art pop dans un des pays les plus conservateurs du Moyen-Orient
Avec des invités prestigieux comme Charles Dance et Julian Glover (alias Tywin Lannister et Maestre Aemon dans la série Game of Thrones), Giancarlo Esposito (Gustavo "Gus" Fring dans Breaking Bad), le Comic Con version saoudienne avait vu grand.
Cependant, si ce Comic Con avait des entrées séparées pour femmes et hommes, les deux sexes étaient côte à côte à l'intérieur d'une salle obscure, pleine à craquer, sur fond de musique rock. Ce qui n'a pas manqué de choquer encore davantage certains Saoudiens.
Ainsi, sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnes ont qualifié le Comic Con d'«indécent», suivant l'exemple de l'imam de la Mosquée du Prophète de Médine. Ce responsable religieux d'un des lieux les plus saints d'Arabie saoudite avait notamment appelé au boycott du festival de Jeddah.
«Nous avons été étonnés par l'acte hideux de l'Autorité du divertissement, par ces événements tenus à Jeddah qui ne sont pas en cohérence avec la morale ou avec notre grande religion», avait-il notamment indiqué.
استمتعوا بعروض مارفل الرهيبة 💪🏻😍 كل ساعتين على منصة #سعودي_كوميك_كونpic.twitter.com/t6lgLXs3tZ
— Saudi Comic Con (@Saudicomiccon) 18 février 2017
Mais, si certains n'avaient pas hésité à faire état de leur mécontentement, d'autres utilisateurs des réseaux sociaux ont défendu le Comic Con avec opiniâtreté, en lançant notamment le hashtag «l'Autorité générale du divertissement nous rend heureux».
The Best day in my life😭💕thanks @Saudicomiccon 🙊💕 pic.twitter.com/gkafhqRK6S
— Alaa (@axq505) 21 février 2017
Le gouvernement saoudien souhaite promouvoir des réformes économiques et sociales dans le royaume etc'est dans cette perspective que l'Arabie saoudite a présenté le plan de diversification économique Vision 2030. Initié par le fils du roi Salmane, le vice-prince héritier Mohammed ben Salmane, le plan Vision 2030 appelle à la promotion de «la culture et du divertissement», mais se heurte cependant à la résistance de milieux religieux conservateurs.
Le royaume wahhabite a en effet des règles strictes concernant la séparation des femmes et des hommes célibataires. Le système de tutelle du royaume exige par exemple qu'un membre de la famille masculin – généralement un père, un mari ou un frère – permette à une femme d'étudier, de voyager, de louer un appartement, de recevoir un traitement médical ou de se marier.