Nouvelle photo choc d'un bébé mort noyé en Méditerranée : les ONG montent au créneau

Source: AFP

La récente photo d’un bébé noyé dans les bras d'un sauveteur allemand a fait le tour d’internet. Elle rappelle la même image devenue célèbre il y a un an. Mais, malgré l’émotion des hommes politiques, la Méditerranée est toujours un cimetière.

Le bébé, dont le sexe et l'identité n'ont pas été révélés, est mort dans le naufrage du bateau en bois dans lequel il se trouvait lors d'une tentative de traversée de la Méditerranée. Le navire transportait 350 migrants quand il s'est renversé au large des côtes libyennes, selon la section locale de l'organisation humanitaire allemande Sea-Watch qui a publié la photo de la petite victime  avec la légende suivante : «Si nous ne voulons pas voir ces photos, nous devons cesser de les produire.»

«Dans la foulée des événements catastrophiques, il devient évident pour les organisations sur le terrain que les appels lancés par les politiciens de l'Union européenne (UE) afin d'éviter d'autres morts en mer ne restent que des paroles en l'air», a déclaré l'organisation dans un communiqué, rendu public par Reuters. Ces images «doivent être connues de la société européenne pour qu'elle se rende compte que ces tragédies sont la conséquence de la politique étrangère de l'UE», lit-on encore dans le communiqué.

Le sauveteur que l'on voit sur la photo, Martin, a décrit le bébé «comme une poupée, les bras tendus». Le corps de l'enfant a été immédiatement remis à la marine italienne et on ne sait pas si des membres de la famille de l'enfant sont parmi les survivants. Sea-Watch a recueilli environ 25 autres corps au cours de cette opération, dont celui d'un autre enfant, selon Reuters. Au total, 45 corps ont été retrouvés et 135 personnes secourues.

L'image a été publiée après une semaine particulièrement meurtrière en Méditerranée, avec au moins 880 noyés dans une série d'accidents de bateau, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Cette année a été «particulièrement mortelle» en mer Méditerranée. «Quelque 2 510 vies ont été perdues à ce jour, par rapport aux 1 855 pour la même période en 2015 et 57 au cours des cinq premiers mois de 2014», selon des chiffres des Nations unies.

Le HCR a averti que les tentatives de traversées étaient susceptibles d'augmenter et, en conséquence, les pertes de vie humaines devaient augmenter de façon spectaculaire. «Ceci est une crise mondiale et tout le monde doit intervenir», a déclaré ce lundi 30 mai un porte-parole du HCR. Les enfants représentent 35% de ceux qui arrivent à travers la Méditerranée, selon l'organisation.

La puissance d'une photo ?

Lorsque les photos du corps sans vie de trois ans d'Aylan Kurdi échoué sur une plage en Turquie en septembre dernier ont été publiées, elles ont suscité un tollé international et des promesses politiques de répondre globalement à la situation.

La dangereuse traversée continue néanmoins à faire des victimes. Le père, Abdullah Aylan, qui a perdu ses deux enfants et sa femme dans l'incident, a déclaré à La Republica croire que leurs décès avaient été vains : «L'image de mon fils sur la plage de Bodrum est un symbole, mais rien n'a changé pour ceux qui fuient la faim et a peur». «Les enfants réfugiés continuent de se noyer chaque jour, la guerre en Syrie n'a pas cessé. Je vois les Etats qui construisent des murs et d'autres qui [disent] : " nous ne voulons pas accepter [les migrants]". Mon enfant est mort pour rien, peu de choses ont changé», a-t-il ajouté.

La mort d'Aylan a suscité des messages de compassion et des promesses d'action des dirigeants mondiaux. «Ce qui est noyé dans la Méditerranée, ce n'est pas seulement les réfugiés. L'humanité est noyé dans la mer Méditerranée», avait déclaré le président turc Recep Tayyip Erdogan après la mort de l'enfant. Le président turc a insisté sur le fait qu'il ne fermerait pas la porte à d'autres réfugiés syriens, cependant, le pays a depuis renforcé les contrôles à ses frontières et a été critiqué par Amnesty International pour l'organisation du retour forcé à grande échelle des migrants.

Le Premier ministre français Manuel Valls avait alors tweeté : «Il avait un nom : Alyan Kurdi action urgente nécessaire - à l'échelle européenne la mobilisation est urgente», tandis que le président français Hollande avait qualifié l'incident de «catastrophe humaine».

Près de neuf mois après la mort du petit Aylan, la crise s'intensifie. Alors que le nombre de morts continue d'augmenter en flèche, un mémorial pour ceux qui ont perdu leur vie a été créé au large de la côte de la Turquie sous la forme d'un «cimetière de la mer». Le cimetière marin créé pour l'occasion vise à mettre en évidence l'escalade de la crise et à rappeler les quelque 4000 réfugiés syriens qui ont perdu leur vie dans leur voyage vers l'Europe à travers la Méditerranée. 

On attend encore les réactions des hommes politiques, mais rien ne prouve que cette nouvelle photo destinée à susciter l'émotion et provoquer une réaction des pouvoirs publics européens aura le même impact. En revanche, une chose est déjà prouvée : les photos de tragédie ont le pouvoir d'attirer l'attention, pas celui de résoudre les problèmes.

Lire aussi : Dominique Vidal, choc des images, poids de l'émotion et réflexion sur la photo de l'enfant syrien

Raconter l'actualité

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans les commentaires sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Enquêtes spéciales