L’Espagne n’a plus de gouvernement depuis 60 jours, retour sur quelques précédents

Le parlement espagnol vide Source: Reuters
Le parlement espagnol vide

Depuis les élections générales du 20 décembre 2015, le flou politique règne de l’autre côté des Pyrénées. Les principaux partis politiques n’arrivent plus à s’entendre. Il n'y a pas si longtemps, d’autres nations ont connu une telle situation.

Mais que se passe-t-il chez nos voisins ibériques ? Fin décembre, le parti populaire (PP) du Premier ministre Mariano Rajoy s’engageait dans des élections qu’il savait difficiles. La droite, marquée par l’usure du pouvoir et un mécontentement toujours plus présent au sein de la population, a trébuché. Si elle est arrivée en tête avec 123 députés, ce résultat est loin d’être suffisant pour gouverner. Durant des années, la majorité acquise, le chef du gouvernement espagnol a ignoré les autres formations politiques. Aujourd’hui, il est esseulé, alors même qu’il lui faut former une alliance. Mais ses adversaires de gauche, qu’il s’agisse du Parti socialiste (90 députés) ou des radicaux de Podemos (69 députés), n'arrivant pas à s'entendre, ne sont pas en meilleure posture. Quand aux libéraux de Ciudadanos (40 députés), ils pourraient se retrouver en position d’arbitres. De même que les 28 députés des six autres formations politiques représentées au Parlement espagnol.

Casse-tête à l’espagnole

En jetant un œil aux différents résultats des partis politiques, on se rend aisément compte de la difficulté qu’auront ces derniers à forger des alliances. Car, pour former un gouvernement stable, il est nécessaire de recueillir la majorité absolue au Parlement. C’est-à-dire, 175 députés.

Depuis les élections, les tractations vont bon train entre les cadors de la politique ibérique. Au lendemain de sa victoire aux airs de défaite, Mariano Rajoy avait dragué les libéraux de Ciudadanos et les socialistes. Comme l’on pouvait s’y attendre, ces derniers ont catégoriquement refusé de s’allier à un chef de gouvernement dont ils critiquent sévèrement la politique depuis des années. Ce manque de cohérence aurait été très mal perçu par leurs électeurs dont un certain nombre s’est déjà jeté dans les bras de Podemos.

Podemos, parlons-en. Son leader, Pablo Iglesias, a amorcé les discussions avec le Parti socialiste. Son score lui faisant pousser des ailes, il a posé ses conditions mais sa volonté d’obtenir la vice-présidence du gouvernement, la participation de ses camarades de gauche radicale et quatre ministères de premier plan ont refroidi ses potentiels alliés. Bref, comme Icare, il s’est brûlé les ailes.

Les socialistes ne sont pas, non plus, en position de force. Leur patron, Pedro Sanchez, ne peut pas compter sur un socle de voix suffisamment large. Il le sait. Pour cette raison, il a tenté de se rapprocher des alliés naturels de Rajoy : les libéraux. Mais Albert Rivera a douché ses espoirs. Selon El Pais, le leader de la récente formation de centre-droit a fait savoir qu’il ne voterait sous aucune condition en faveur d'un gouvernement dirigé par les socialistes.

Pour tout le monde, en ce mois de février, il semble qu’un retour à la case départ se précise. Il reste deux solutions. Le roi est en mesure de demander de nouvelles élections. Encore faut-il que leur résultat détermine un réel gagnant. Deuxième option : un gouvernement minoritaire. Une alliance qui ne recueillerait pas le vote de 175 députés pourrait s’imposer si un nombre suffisant de parlementaires se désiste.

C’est justement le scénario espéré par Pedro Sanchez. Le leader socialiste a obtenu une chance de former un gouvernement auprès du roi Philippe VI. Le vote aura lieu le 2 mars. Si l’on tient compte des circonstances actuelles, ses chances apparaissent minces.

Mais la crise politique espagnole est encore loin de pouvoir tenir la comparaison avec certaines nations qui, ces dernières années, ont vécu des situations bien pires.

La Belgique, championne des périodes sans gouvernement

541. C’est le nombre de jours que les Belges ont passé sans leadership net au sein de l'exécutif. Tout a commencé lors des élections législatives fédérales du 13 juin 2010. Le pays était plus que jamais divisé entre la Wallonie francophone et la Flandre néerlandophone. Le PS s'est imposé chez les Wallons alors que les nationalistes du N-VA triomphaient en Flandre, portés par leur charismatique leader, Bart De Wever. D’un côté, un PS qui veut sauvegarder l’unité de la Belgique. De l’autre, un N-VA qui défend la partition. Commence alors un parcours semé d'embûches pour former un gouvernement entre deux parties et deux régions que tout oppose.

Bart De Wever, le leader nationaliste flamand, a joué plusieurs fois les trouble-fêtes lors des élections belges.  Source: Reuters
Bart De Wever, le leader nationaliste flamand, a joué plusieurs fois les trouble-fêtes lors des élections belges.

Durant la majeure partie de cette période, c’est le Premier ministre démissionnaire, Yves Leterme, qui a géré les affaires de l’Etat. A l’époque, Pascal Delwit, professeur de sciences politiques à l'Université libre de Bruxelles, définissait son rôle comme celui de l’expéditeur des affaires de la nation, celui qui «gère au jour le jour les tâches de l’Etat».

Il faudra attendre le mois de décembre 2011 pour que le socialiste francophone, Elio Di Rupo réussisse l’impensable. Former une alliance avec six partis politiques différents. Il se retrouve alors à la tête d’un gouvernement qui a déjà fait une croix sur une année et demie de mandat… sur les quatre que compte une législature.

Le 25 mai 2014, bis repetita ! Encore des élections fédérales, encore un triomphe en Flandre de Bart De Wever et au final, une nouvelle crise politique. Elio Di Rupo remet sa démission et la Belgique est repartie pour quelques mois sans gouvernement.

Cette fois, le trou d’air sera moins long. Après plusieurs rebondissements, dont un échec de Bart De Wever, c’est le jeune Charles Michel qui se voit porter à la tête du gouvernement. Le 11 octobre, il prête serment en présence du roi Philippe. Il est toujours en poste. Ce qui n’est pas une mince affaire au royaume du Plat Pays.

Liban, Irak, Moldavie, Cambodge, les cas ne manquent pas

Les «flottements» au sommet du pouvoir exécutif ne sont pas l’apanage des Ibères et des Belges. Un pays qui ne connaît que trop bien l’instabilité gouvernementale, c’est bien le Liban. Dans cette petite nation du Moyen-Orient, la grande majorité des rapports entre forces politiques est issue de la guerre civile. Depuis le 25 mai 2014 et la fin de mandat de Michel Sleiman, le Liban n’a plus de président. Le 8 février dernier, les députés de la nation devaient tenter, pour la 35ème fois, de trouver un successeur. Un scrutin qui a finalement été reporté au 2 mars. Du côté du parlement, un imposant bâtiment qui date du mandat français, on n'est que trop habitué aux faux espoirs. En cause ? Une lutte entre diverses factions politiques qui se neutralisent entre elles. En chefs de file, le Courant patriotique du leader chrétien Michel Aoun et le Hezbollah. Les noms de ces deux formations, qui comptent respectivement 27 et 12 députés, font écho au passé. Un passé pas si lointain, qui a vu le pays se déchirer durant plus de quinze ans, entre 1975 et 1990.

L’Irak est une nation proche du pays du Cèdre. Elle aussi a connu son lot d'infortunes politiques. En 2010, le pays des Deux Fleuves a mis 289 jours à former son gouvernement. A l’époque, l’alliance laïque du Bloc irakien, arrivée en tête des élections et la formation du Premier ministre sortant Nouri al-Maliki ne s’était pas entendues. Il a fallu des mois de négociations pour que le chef du gouvernement sortant conserve son poste au prix de nombreuses concessions.

En Europe de l’Est, un petit pays qui ne fait pas souvent parler de lui a pourtant lui aussi vécu l’une des plus graves crises politiques de l’histoire récente. Cette nation, c’est la Moldavie. En juillet 2009, les communistes sont défaits lors des élections. En septembre, le président Vladimir Voronine quitte ses fonctions. S’en suivra une longue période de crise. Personne ne s’impose et Marian Lupu, le président du Parlement, est choisi pour assurer l’intérim. Il faudra attendre le 16 mars 2012 et l’élection de Nicolae Timofti pour mettre fin à cette période de vacance présidentielle.

Pour finir, partons du côté de l’Asie, un continent qui n'est pas épargné non plus par ce phénomène. Ainsi, entre juillet 2003 et juillet 2004, le Cambodge est resté sans gouvernement. Un an avant que la majorité des deux tiers du parlement ne soit recueillie par une alliance, un quorum imposé par la Constitution cambodgienne pour que l'élection du pouvoir exécutif soit validée.

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