Vague de soutiens à gauche pour «Nantes révoltée», menacé de dissolution par Darmanin

Des manifestants à Nantes, au cours d'une journée nationale contre les réformes des retraites et de l'assurance-chômage, le 5 octobre 2021© Loïc Venance/AFP
Des manifestants à Nantes, au cours d'une journée nationale contre les réformes des retraites et de l'assurance-chômage, le 5 octobre 2021. Le groupe Nantes révoltée est très actif dans les mobilisations locales (image d'illustration).
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Gérald Darmanin a annoncé une procédure de dissolution contre «Nantes révoltée», accusé par les autorités d'avoir participé à des incidents lors d'une manifestation et de tenir des discours hostiles à l'Etat. Les soutiens se multiplient à gauche.

Les protestations et messages de soutien se multiplient, à gauche, après l'annonce faite par le ministre de l'Intérieur à l'Assemblée nationale, le 25 janvier, du lancement d'une procédure de dissolution de «Nantes révoltée», que Gérald Darmanin a présenté comme un «groupe d’extrême gauche». Celui-ci, qui se présente plutôt comme un «média autonome et engagé» se voit reprocher d'avoir appelé à une manifestation non déclarée «contre l'Etat, contre les policiers», à Nantes, le 21 janvier.

«J'ai décidé d’engager une procédure contradictoire à l'encontre du groupe d’extrême gauche "Nantes révoltée", en vue de sa dissolution. Les nombreux faits de violences constatés, les signalements répétés de nombreux élus, motivent cette action», a ainsi expliqué le ministre sur Twitter.

«J'ai décidé d'engager le contradictoire qui permettrait la dissolution de ce groupement de fait», a ajouté le ministre de l'Intérieur dans l'hémicycle, répondant à une question de la députée LREM de Loire-Atlantique, Valérie Oppelt. Celle-ci l'avait interpellé sur les nouvelles violences qui ont accompagné la manifestation du 21 janvier, durant laquelle des magasins ont été endommagés. «Depuis la loi El Khomri, ce groupement de fait répète sans cesse des appels à la violence et ce week-end contre l'Etat, contre les policiers», a précisé Gérald Darmanin.

«Groupe d'extrême-gauche» ou média alternatif ?

L'annonce du ministre a rapidement suscité une réaction de Nantes révoltée : «Hâte de voir les justifications pour restreindre la liberté d'expression. On nous reproche quoi exactement, ne pas avoir pleuré en cœur sur les images d'une vitrine brisée ? Relayer des appels à manif ? Sortir une revue qui dénonce la fascisation rapide du pouvoir ?». Tout en raillant François de Rugy, qui avait relayé l'échange avec Gérald Darmanin à l'Assemblée : «Nous n'en attendions pas tant d'un mangeur de homard enfariné tel que vous», a ajouté l'entité, qui a fait de l'ancien ministre – originaire de Nantes – une de ses cibles préférées, faisant régulièrement référence à l'enquête de Mediapart concernant son train de vie ou son enfarinage le 11 juin dernier pendant la campagne des élections régionales

Sur un ton plus sérieux cependant, Nantes révoltée a appelé à réunir tous les soutiens possibles pour s'opposer à cette dissolution, qui pose un problème juridique concret, comme l'a reconnu le préfet de Loire-Atlantique, Didier Martin, au cours d'une conférence de presse : «Nantes révoltée se revendique média, on peut donc par exemple être confronté au respect de la liberté d'expression et de la liberté de la presse», a expliqué le représentant de l'Etat.

Nantes révoltée se présente en effet comme un «petit média indépendant et local» et non comme une organisation politique ou un groupe militant stricto sensu, et de fait édite en effet une revue qui compte déjà une dizaine de numéros, après avoir été uniquement présente sur Facebook, rappelle France 3 Régions. Dans un mail adressé à l'AFP, Nantes révoltée a récusé en bloc les qualifications de «groupuscule», «structure», «groupement de fait», et «collectif d'ultra-gauche».

Un argument repris par l'avocat Raphaël Kempf, spécialisé dans la défense des libertés publiques, qui n'a pas hésité à parler de «fake news» à propos de l'article du Monde relayant l'annonce du ministre de l'Intérieur : «Nantes révoltée n’est pas un "groupe" mais un média et n’a pas 15 jours pour réagir car Darmanin ne lui a rien envoyé», a-t-il affirmé.

Un message aussitôt salué par le député La France insoumise (LFI) du Nord Ugo Bernalicis, qui a remercié l'avocat et l'a assuré de son soutien, «ainsi que Nantes révoltée même s'ils ne sont pas toujours tendres avec moi», a-t-il commenté. Le candidat des insoumis à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, a lui-même réagi : «Stupéfiantes menaces de Darmanin contre "Nantes révoltée". Aucun média militant ne peut être tenu pour responsable du déroulement des événements auquel il appelle».

L'un des trois candidats trotskistes à la présidentielle, Anasse Kazib, s'est aussi exprimé sur le sujet : «Après avoir dissout des orgas de l'antiracisme comme le CCIF [Collectif contre l'islamophobie en France] dans un silence général, Darmanin dissout un média d'extrême-gauche. L'offensive autoritaire du gouvernement continue, il va falloir que le mouvement ouvrier et le mouvement social fassent front en solidarité», a-t-il plaidé.

Les forces de gauche au sens large ont apporté une véritable vague de soutiens à Nantes révoltée : dans un communiqué, l'union syndicale Solidaires 44 a exprimé sa «solidarité», en rappelant qu'elle était le 21 janvier «elle aussi à l'appel de cette manifestation antifasciste et qu'elle l'assume pleinement».

Plusieurs journalistes engagés dans la dénonciation des violences policières ont également apporté leur soutien au groupe nantais, dont Cemil Şanli (Le Media) : blessé dans une précédente manifestation, il a rappelé que sans Nantes révoltée il n'aurait «pas eu [les] images avec lesquelles [il a] déposé plainte à l'IGPN». «L'Etat est plus prompt à couvrir sa police», a affirmé le journaliste.

Egalement journaliste au Media, Taha Bouhafs a témoigné sa solidarité, ainsi que David Dufresne (réalisateur du film Un pays qui se tient sage) qui a vu dans l'intervention de Gérald Darmanin «beaucoup d'approximations, de confusion, de mots-valises, d'idées grises». Enfin, Nicolas Framont, qui dirige le média de gauche radicale Frustration magazine, a estimé que la dissolution de Nantes révoltée, «média majeur du mouvement social en France», constitue «un coup très dur pour notre camp», se disant atterré «par cette nouvelle atteinte aux libertés».

De l'autre côté de l'échiquier politique, Laurence Garnier, conseillère municipale nantaise et oratrice de la candidate des républicains Valérie Pécresse, a estimé sur Cnews que «Nantes est la capitale de la protestation anti-gouvernementale» depuis le quinquennat de François Hollande et les mobilisations contre la loi Travail, et a dénoncé «une forme de cynisme des élus qui se rendent complices de l'ultragauche», en dénonçant à nouveau la participation d'un adjoint de la maire de Nantes à la manifestation du 21 janvier.

Nantes révoltée dénonce «l'impunité totale» des «identitaires et néofascistes»

Une pétition a également été lancée «contre la dissolution de Nantes révoltée et pour la liberté d'expression» et a déjà recueilli 10 000 signatures, alors que l'entité dispose désormais de quinze jours pour faire valoir ses arguments au gouvernement, à l'issue desquels le ministre prendra sa décision.

Nantes révoltée dénonce en outre un traitement déséquilibré entre les groupement de la droite et de la gauche radicale, affirmant que Gérald Darmanin est moins enclin à dissoudre les premiers. «Les groupuscules identitaires et néofascistes agressent chaque semaine dans une indifférence et une impunité totale. Et celles et ceux qui résistent sont réprimés. Le macronisme est une autoroute vers le fascisme», a affirmé Nantes révoltée dans un autre tweet.

Le gouvernement affirme pour sa part accorder une égale attention aux deux «extrêmes», ayant annoncé par exemple la dissolution du groupuscule de droite radicale les Zouaves Paris, le 5 janvier.

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