La surmortalité en Seine-Saint-Denis, une «discrimination territoriale» ?

La surmortalité en Seine-Saint-Denis, une «discrimination territoriale» ?© Ludovic Marin Source: AFP
Image d'illustration. Foule dans une rue de la ville de Saint-Denis, dans le département du 93, le 6 avril 2020.

Selon l'Observatoire de santé d'Ile-de-France, la Seine-Saint-Denis affiche une surmortalité de 118%, due au covid-19. Un élu et un associatif du département s'offusquent de ces chiffres, signe selon eux d'un abandon de ce territoire.

Une étude publiée le 11 mai par l'Observatoire régional de santé Ile-de-France (ORS) révèle que dans les départements franciliens, et à plus forte raison en Seine-Saint-Denis, les inégalités et facteurs socio-économiques ont nourri la propagation du coronavirus, engendrant une surmortalité exponentielle.

«Au cours du mois de mars 2020 et durant les premiers jours d’avril, la Seine-Saint-Denis a connu la plus forte évolution de mortalité d’Ile-de-France en nombre de décès», par rapport à la même période l'année précédente, soit «+ 118,4% entre le 1er mars et le 10 avril», souligne cette étude qui s'appuie sur des données de l'Insee. La surmortalité est également marquée dans les autres départements denses de la métropole du Grand Paris: +101,5% dans les Hauts-de-Seine, +94,1% dans le Val-de-Marne et +92,6% à Paris.

+ 118,4% de mortalité entre le 1er mars et le 10 avril

L'étude indique que la partie nord du département de la Seine-Saint-Denis, d'1,6 million d'habitants, le plus pauvre de métropole, est particulièrement touchée.

«Cette surmortalité est un révélateur de la précarité qui existe toute l’année», a réagi sur l'antenne de RT France Madjid Messaoudene, conseiller municipal délégué à l'égalité des droits à Saint-Denis.

Densité forte et logements «suroccupés»

Selon Isabelle Grémy, directrice de l'ORS, les populations les plus vulnérables socialement habiteraient dans les grands ensembles collectifs aux parties communes fréquentées. L'étude révèle notamment que «plus de 570 000 personnes vivent dans un ménage comptant moins d’une pièce par personne en Seine-Saint-Denis». Farid Temsamani, porte-parole de l'association Banlieue Plus, a livré à RT France son interprétation de la situation : «Le mal-logement est une plaie très ancienne du département. Les habitations sont fortement occupées et de nombreux logements sont insalubres. Durant ce type de crises, on y vit très mal le confinement et la potentielle propagation du virus devient plus importante.» Selon le militant associatif, le département aurait des difficultés à détruire ses grands ensembles insalubres, au contraire des banlieues alentours.

«Un quart des Parisiens sont partis durant le confinement dans leur résidence secondaire. Or celles des habitants de Seine-Saint-Denis sont à l'étranger, ils n'ont pas pu s'y rendre. Ils sont restés confinés dans leurs logements pas adaptés. Et les enfants n'ont pas tous pu suivre l'enseignement à distance par manque d'outils numériques. La concentration, les enfants dehors car ils ne travaillaient pas... tout ceci a joué pour aggraver la contamination», estime Farid Temsamani.

Noam Anouar, délégué départemental du syndicat de police VIGI-MI, avait, avant la publication de cette étude, confié à RT France : «Les habitants de banlieue parisienne respectent évidemment le confinement comme tout le monde, mais il suffit de 5% d'entre eux qui ne respectent pas les consignes et tout le monde peut se retrouver contaminé, surtout dans ce type d'habitat où il y a beaucoup de parties communes où on passe du temps, cages d'escaliers et ascenseurs, par exemple. Et dans chaque immeuble, il y a beaucoup de monde.»

Le 93 : un désert médical

Depuis de nombreuses années, ce département est répertorié en tant un désert médical. 37 sur les 40 communes de Seine-Saint-Denis manquaient de médecins en 2018, selon l'Agence régionale de santé, citée par Le Parisien, et le phénomène s'aggrave avec les années. Prix du foncier, insécurité, conditions de travail difficile, cadences, problèmes de transport : le département n'attire pas les jeunes médecins.

Le secteur hospitalier est aussi concerné. «Il y a trois fois moins de lits de réanimation qu’à Paris», se plaint l'élu Madjid Messaoudene. «Même avant même la crise, les habitants de Seine-Saint-Denis étaient moins bien soignés», affirme le porte-parole de Banlieue Plus. «Bien sûr, il existe des endroits en Seine-Saint-Denis où le Samu ne se rend pas à cause de l'insécurité, c’est une réalité. Mais on laisse les médecins à l'abandon dans ces territoires. Et les premières victimes de ces agissements sont les habitants qui n’ont pas de médecins lorsqu'ils qu’ils sont gravement malades», poursuit-il.

L'associatif fait aussi remarquer que la tension sanitaire est d'autant plus forte qu'une partie de la population de Saint-Denis est non déclarée. Selon lui, ceci explique d'autant plus que le nombre de médecins ne soit pas corrélé aux besoins réels de la population.

En outre, la santé des habitants des quartiers populaires franciliens, plus souvent sujets à l'obésité et au diabète, souligne le handicap avec lequel certains subissent la crise sanitaire.

Les habitants du 93 employés dans les secteurs clés durant l'épidémie

L'épidémie s'est également répandue avec les nombreux «travailleurs-clés», jusqu'à 12% des actifs dans le 93, selon cette étude. Il s'agit d'«une population qui, en grande partie, ne peut pas télétravailler. Car ce sont des gens qui sont dans des secteurs que l'on dit "essentiels", au plus près du public, qui sont surexposée au virus quotidiennement depuis des semaines», remarque le conseiller municipal Madjid Messaoudene. Pour l'élu, il existe «une discrimination patente face au virus, une discrimination territoriale», due à des politiques publiques défaillantes.

Au delà du problème des contaminations, les populations précaires du 93 ont été particulièrement touchées par la crise sanitaire. Des files de centaines de personnes souffrant de la faim s'étaient rapidement constituées autour des distributions alimentaires. Le gouvernement avait débloqué fin avril un budget de près de 39 millions d'euros pour un plan de soutien de «l'aide alimentaire en France» destiné à ces publics fragiles.

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