«Files de la faim» : des millions d'aide alimentaire de l'Etat durant l'épidémie... et après ?

«Files de la faim» : des millions d'aide alimentaire de l'Etat durant l'épidémie... et après ?© Ludovic Marin Source: AFP
Habitants de Clichy-sous-bois (Seine-Saint-Denis) faisant la queue pour une distribution alimentaire de l'association ACLEFEU le 22 avril 2020.

Le gouvernement débloque 39 millions d'euros d'aide alimentaire pour les plus démunis. Les associations et des partis de gauche avaient dénoncé les «files de la faim» et l'urgence sociale dans les quartiers populaires durant l'épidémie.

Les images de files d'attentes de la faim dans les quartiers populaires commençaient à se multiplier. Le gouvernement a répondu en débloquant en urgence, ce 23 avril, un budget de près de 39 millions d'euros pour un plan de soutien de «l'aide alimentaire en France», destiné aux populations fragiles, impactées de plein fouet par la crise sanitaire résultant de la pandémie de Covid-19.

La secrétaire d'Etat auprès du ministre des Solidarités et de la Santé, Christelle Dubos, a annoncé que 100 000 familles précaires et personnes seules allaient désormais toucher des chèques services pour leurs besoins de première nécessité. 25 millions seront alloués au soutien des associations de terrain qui distribuent de la nourriture aux personnes en difficulté, tandis que les 14 millions restants seront consacrés à l'«aide d'urgence alimentaire immédiate».

Ce dispositif viendra compléter la distribution de chèques services à 150 000 personnes et l'enveloppe de 900 millions d'euros déjà promise aux foyers précaires par Emmanuel Macron le 13 avril. Quatre millions d'allocataires du RSA et de l'ASS pourront ainsi se voir verser 150 euros par ménage et 100 euros par enfant. Mais la date tardive de ce versement, prévu le 15 mai, avait agacé l'opposition.

Les socialistes avaient dénoncé les «files d'attente de la faim»

Le gouvernement a-t-il entendu in extremis les grincements de dents des citoyens et des politiques ? Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, et Stéphane Troussel, secrétaire national à la Santé et aux Politiques de solidarité, également président du département de la Seine-Saint-Denis (dont les habitants, déjà très précaires, sont particulièrement frappés par le virus Covid-19) avaient lancé la veille de cette annonce un appel au gouvernement sous forme de tribune.

Le texte exigeait le renforcement des aides pour les plus précaires. Observant que la précarité était «en train de se transformer en grande misère», ils demandaient que les aides échues au 15 mai soient versées plus tôt. Ils réclamaient également l'élargissement de l'aide aux moins de 25 ans. «Les initiatives des associations et des collectivités, de distribution de repas ou d’aliments, se multiplient sur le terrain mais ne suffiront pas à répondre à la demande exponentielle», observaient-ils.

A gauche toujours, la députée européenne LFI Manon Aubry avait elle aussi réclamé la mise en place d'un plan d'urgence.

Quartiers populaires : l'urgence, et après ?

Les ménages les plus modestes sont particulièrement en souffrance durant l'épidémie. Ils ne bénéficient plus des repas à prix restreints dans les cantines scolaires ou d'entreprise, et souffrent de l'augmentation des prix dans les commerces. Dans les quartiers populaires, les files d'attente devant les banques alimentaires ou les points de distributions de denrées s'allongent de jour en jour, comme en témoignent les associations.

Le collectif ACLEFEU, qui approvisionne des habitants de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), a servi plus de 1 000 demandeurs le 23 avril. Les images de ces foules de citoyens précaires se sont multipliées sur les réseaux sociaux.

«Nous sommes très choqués», explique Mehdi Bigaderne, le cofondateur d'ACLEFEU, à RT France. «Tous ces gens sont arrivés d'un coup, mais ce n'est que la révélation d'une situation antérieure», poursuit-il. Dans les files d'attente, l'associatif dit repérer des travailleurs, des ouvriers, habituellement suivis par d'autres associations qui n'opèrent pas actuellement.

Tous ces gens sont arrivés d'un coup, mais ce n'est que la révélation d'une situation antérieure

«Le chômage partiel ou les indemnisations que certains toucheront ne concernent pas les contrats précaires. Cette crise sanitaire n'a fait que renforcer leur précarité et fait basculer des personnes qui avaient une volonté de s’en sortir», analyse encore l'associatif. Selon lui, cette situation ne fait que mettre en exergue les autres inégalités : «Santé, malbouffe, logement, sont des problématiques qui se cumulent depuis des années.» Jusqu'ici, l'aide d'urgence alimentaire de l'Etat n'avait pas été organisée dans ces territoires. ACLEFEU, en partenariat avec le centre d'aide sociale Toucouleurs et la fondation Abbé Pierre, n'avait pu compter que sur la solidarité des entrepreneurs, des commerçants ou même des particuliers, émus par les files d'attente.

Il faut que le gouvernement prenne ses responsabilités et mette les moyens dans ces quartiers

Toujours à Clichy-sous-Bois, Olivier Klein, le maire PS, a estimé sur LCI que la population était près du «point de rupture». Alors que la crise d'après Covid-19 frappera plus lourdement ces populations précaires, citoyens et élus réclament plus que des chèques services. «Il faudrait un véritable plan Marshall des banlieues, qu'on attend depuis 30 ans. Il faut que le gouvernement prenne ses responsabilités et mette les moyens dans ces quartiers, pour la formation, l'emploi, la jeunesse et la citoyenneté», conclut Mehdi Bigaderne.

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