Le boulanger appelé par Macron le 1er mai était présent sur la liste de Collomb en 2008 et 2014

Le boulanger appelé par Macron le 1er mai était présent sur la liste de Collomb en 2008 et 2014© CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP
Image d'illustration.

Dans leurs sujets présentant le boulanger ayant reçu un appel d'Emmanuel Macron, ni France 3, ni BFM TV, n'ont mentionné sa présence sur la liste du maire de Lyon en 2008 et 2014. Pourtant, l'homme est très connu, y compris au cœur de la macronie.

Certains parleront d’«heureux hasard», d’autres de «manipulation de l’information». Alors que le gouvernement vient de lancer un site regroupant des articles de médias présentés comme «des sources d’informations sûres et vérifiées» (Le Monde, 20 Minutes, Libération, AFP, Franceinfo), afin de combattre la désinformation à propos du Covid-19, l’équipe présidentielle n’a semble-t-il pas renoncé à user de toute sa malice dans le but de faire remonter la côte de popularité du locataire de l’Elysée. Pour ce faire, quoi de mieux qu'une belle histoire dans laquelle Emmanuel Macron, en personne, appellerait un boulanger pour s'enquérir de son activité économique pendant le confinement. Mais l'artisan a-t-il été choisi de manière objective ? Rien n'est moins sûr.

Ainsi, depuis le 1er mai, plusieurs médias comme BFMTVFrance 3 Auvergne Rhône-Alpes ou encore Gala, se sont fait l’écho d’un coup de fil passé par le président de la République à un boulanger de la région lyonnaise pour aborder la question du confinement. Un certain Philippe-Marc Jocteur. Interviewé quelques heures plus tard par BFM TV, l’homme raconte : «J’ai été très surpris que ce soit moi qui ai expliqué comment je vivais le confinement dans mes entreprises avec nos clients […] J’ai eu l’impression d’avoir été écouté.»

Il confie également à France 3 Auvergne Rhône-Alpes avoir échangé avec un homme «très avenant, qui ne [lui] a pas fait de présentation professorale […] s’exprimant avec simplicité alors qu’il doit être plus habitué à parler avec le patron de Renault qu’avec le boulanger de l’île Barbe !»

Un artisan… également candidat sur la liste de Gérard Collomb en 2008 et en 2014

Dans son sujet baptisé «le coup de fil de Macron à des Français», BFMTV le qualifie de «boulanger» ou encore de simple «artisan». Mais ne vous y trompez pas : Philippe-Marc Jocteur n'est pas un inconnu dans la capitale des Gaules. Dans un portrait publié en 2003, Les Echos le décrivaient comme «ami du maire, Gérard Collomb». Et en effet, sur de nombreux clichés depuis exhumés sur les réseaux sociaux, les deux hommes apparaissent côte à côte, lors d’un match de l’Olympique lyonnais ou parfaitement apprêtés lors d’une réception.

«Heureux hasard» me direz-vous ? Pas si sûr. Selon les archives de Lyon Capitale, Philippe-Marc Jocteur était candidat en 2014 dans le IXe arrondissement de Lyon sur la liste de… Gérard Collomb. Par la suite, le maire de Lyon accompagnera Emmanuel Macron dans sa campagne présidentielle, héritant au passage du ministère de l’Intérieur, qu’il quittera en octobre 2018 avec pertes et fracas. De plus, le site d’actualités locales Lyon Mag précise qu’il figurait également sur la liste du maire sortant en 2008.

Deux informations confirmées par l'intéressé auprès de RT France. «Je suis Lyonnais depuis toujours et je connais Gérard Collomb depuis longtemps puisqu’il était maire de mon arrondissement [IXème] avant de devenir maire de Lyon. J'a été candidat à ses côtés en 2008 et en 2014», explique-t-il. Quelques minutes avant l'appel du président, il raconte avoir «reçu un coup de fil de Jean-Marie Girier [l'ex-directeur de cabinet de Gérard Collomb au ministère de l'Intérieur], qui lui aussi habite le IXe arrondissement de Lyon».

Philippe-Marc Jocteur, très transparent, ne cache absolument pas son engagement politique, qu'il considère «ne pas être un secret». L'homme précise avoir également côtoyé un temps le secrétaire général de l'Elysée, Alexis Kohler, puisqu'ayant vécu à Paris pendant 12 ans et travaillé aux Invalides, il lui «faisait son café tous les matins lorsqu'il était avec Emmanuel Macron à Bercy».

Cependant, il se souvient que ni nos confrères de France 3 Régions, ni ceux de BFMTV, les seuls à l'avoir interviewé, ne lui ont posé une quelconque question à ce sujet.

«Nous ne connaissions pas son parcours politique», fait-on valoir à France 3

Contactée par RT France, la rédaction de France 3 Rhône-Alpes fait valoir une situation fortuite. «Nous avons eu vent de l’appel d’Emmanuel Macron par une collègue qui va quotidiennement chercher son pain chez ce boulanger, mais ne connaissions pas son parcours politique [..] Notre intention était de donner le ressenti d’un chef d’entreprise après sa conversation avec le président», souligne Nadjette Baillard, rédactrice en chef adjointe à la rédaction de France 3 Rhône-Alpes.

«C’est peut-être un tort que de ne pas être allé plus loin que cela mais à vrai dire, quand bien même nous l’aurions su, je ne suis pas convaincue que nous l’aurions écrit», ajoute-t-elle, précisant : «Si cela fausse la compréhension de l’article, il faut que nous puissions apporter un éclairage car c’est notre rôle de service public tout en faisant attention à ne pas nourrir les polémiques politiciennes. Si le public estime qu’un second papier abordant cet angle précis est nécessaire nous sommes parfaitement ouverts à l’idée.» La journaliste de France 3 reconnaît que l’époque incite à la vigilance. «Il faut que nous soyons sur nos gardes car notre mission est de pouvoir porter toutes les voix inaudibles afin qu’elles puissent ponctuellement trouver une tribune. Nous sommes constamment à la recherche de l’équilibre en faisant tout notre possible pour rester le plus honnête, le plus neutre et le plus juste dans notre travail», conclut l’ancienne animatrice de Ensemble c'est mieux ! sur France 3.

De son côté, BFMTV a refusé de s’exprimer auprès de RT France

L'épisode n'est pas sans rappeler l'histoire du plombier favorable à la suppression des régimes spéciaux mis en avant par Franceinfo au mois de novembre dernier. Présenté comme un «artisan, à la tête d'une petite entreprise de plomberie», l'homme était en réalité un militant et adhérent LREM. Franceinfo avait évoqué le hasard auprès de RT France.

Alexis Le Meur

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