Les syndicats de police lancent un appel de détresse

Les syndicats de police lancent un appel de détresse© LOIC VENANCE / AFP
Image d'illustration.

Alors que Christophe Castaner tente de lancer l'acte II de son passage à Beauvau, les syndicats de police lancent un signal d'alerte en commun et exigent d'être «écoutés» après des mois de crise sociale. La police du futur verra-t-elle le jour ?

Le jour-même où Christophe Castaner revient dans le Journal du dimanche du 16 juin sur son action au ministère de l'Intérieur et sur les chantiers qui l'attendent, notamment ce 17 juin avec le séminaire sur le maintien de l'ordre à Beauvau, les secrétaires généraux des plus importants syndicats de police (à l'exception très notable d'Alliance) lancent dans les mêmes pages du JDD un appel commun aux pouvoirs publics. Philippe Capon pour Unsa police, Yves Lefebvre d'Unité SGP, Jean-Marc Bailleul du SCSI et David Le Bars du SCPN exigent d'être «écoutés» et demandent un «signal fort» après plus de six mois de crise sociale ayant mené à une surchauffe dans les rangs des forces de l'ordre, alors que la police nationale semblait déjà exsangue au cours de l'année 2018.

Les signataires de cette tribune avertissent que cet appel commun répond à des «circonstances exceptionnelles» et soulignent que des «efforts immenses» ont été «consentis» du côté des policiers. Alors que, dans le même journal, Christophe Castaner tente de défendre son premier bilan à Beauvau, au onzième rang protocolaire du gouvernement et pas au second comme c'était le cas avant son arrivée, les secrétaires généraux de ces grands syndicats font pour leur part valoir le contexte de disette budgétaire et dénoncent les normes «inadaptées» au travail des gardiens de la paix, ainsi que les injonctions «souvent paradoxales du politique et de la société civile.» Le parc immobilier vieillissant de la police nationale, la multiplication des missions avec son inévitable corollaire horaire (des millions d'heures supplémentaires demeurent, et demeureront peut-être longtemps, en souffrance) : les fonctionnaires de police crient leur désarroi et la séquence ne paraît pas avoir beaucoup progressé depuis les négociations au ministère de l'Intérieur qui ont eu lieu dans la nuit du 19 au 20 décembre 2018.

Alors que le gouvernement souhaiterait probablement enclencher de façon plus franche la réforme de la police et voir la Police de sécurité du quotidien (PSQ) porter ses fruits, les syndicats annoncent : «Nous souhaitons instamment qu’un débat ait lieu au sein de la police nationale avec les personnels qui la servent, l’animent, la respectent et lui consacrent leurs vies, pour penser la police de demain.»

Castaner ne sera qu'un fossoyeur de plus, il n'a pas les moyens. Il peut parler de PSQ et employer les termes qu'il veut, on est dans la sémantique là !

Et les patrons de syndicats d'appeler de leurs vœux une «police de demain», une «police citoyenne» qui serait «plus tournée vers les usagers et les victimes, plus efficace contre les délinquants», une police qui «redonne du sens» au travail des policiers.

Joint par RT France, Jean-Pierre Colombies, porte-parole de l'Union des policiers nationaux indépendants (UPNI) qui défend les policiers de terrain n'est pas très optimiste sur l'issue du dialogue entre les syndicats et le ministère de l'Intérieur : «Ce qui s'annonce, c'est un maelstrom, c'est la fin de l'institution police et Castaner ne sera qu'un fossoyeur de plus, il n'a pas le choix, il n'a pas les moyens. Il peut parler de PSQ et employer les termes qu'il veut, on est dans la sémantique là ! Ce qui serait nécessaire pour remettre l'assiette à zéro, cela demanderait de tels moyens, que ce n'est pas possible, il n'aura pas les budgets.»

Et l'ancien gradé de souligner le grand écart philosophique à accomplir pour réconcilier les Français avec une police qu'il a vue se transformer au cours de ses plusieurs décennies de carrière : «Nous nous trouvons à un carrefour idéologique. Il faut à présent déterminer si on veut une police à l'ancienne avec une implantation très forte sur le terrain, du genre de celle qui aurait pu empêcher des affaires comme celle du drame de Lorient [un chauffard toujours en fuite et pourtant connu des services de police est suspecté d'avoir tué un enfant et d'en avoir gravement blessé un autre après s'être soustrait à un contrôle de gendarmerie le 9 juin], mais qui demanderait des budgets considérables ? Ou alors, est-ce qu'on veut une police moderne dématérialisée qui ne fonctionnera qu'avec des caméras... Mais la police 2.0, ça ne marche pas bien dans notre modèle de société actuelle.»

Antoine Boitel

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