Négociations à Beauvau : victoire des policiers... ou des syndicats ? Les associations déçues

Négociations à Beauvau : victoire des policiers... ou des syndicats ? Les associations déçues© Gonzalo Fuentes Source: Reuters
Un policier déployé lors d'une manifestation étudiante à Paris le 18 décembre, (image d'illustration).

Les syndicats de police ont désarmé après une négociation éclair avec le ministère de l'Intérieur. Une hausse des salaires des gradés et des gardiens a été négociée, mais les associations s'estiment flouées : «Ce n'est pas ce que nous demandions.»

L'accord a été arraché dans la nuit du 19 au 20 décembre : le ministère de l'Intérieur et une intersyndicale composée des trois organisations majoritaires, Unité-SGP-FO, Alliance et Unsa-Police, sont parvenus à résoudre une situation qui était devenue de plus en plus complexe lors du mois de décembre. Les représentants professionnels de la police nationale ont agité le spectre des fermetures de commissariats et des grèves illimitées.

Le gouvernement a donc réussi à désamorcer la crise qui couvait en concédant un accord de revalorisation salariale pour les gradés et gardiens de la paix. Le secrétaire général d'Unité-SGP Police, Yves Lefebvre s'est félicité auprès de l'AFP : «On vient de signer un accord avec le ministre de l'Intérieur, un accord qui porte sur la revalorisation du salaires des gradés et des gardiens de la paix et sur l'ouverture, derrière, d'un protocole de réorganisation de la police nationale.»

Son camarade d'intersyndicale, Jean-Claude Delage, secrétaire général d'Alliance a renchéri : «C'est la reconnaissance de l'Etat, c'est la reconnaissance matérielle que nous avions exigée.»

Selon les syndicats, l'augmentation des salaires sera graduelle à partir du mois de janvier et devrait aboutir au bout d'un an à une hausse en moyenne de 120 euros net par mois pour les gardiens de la paix et pouvant aller jusqu'à 150 euros pour les plus hauts gradés.

Cela n'a à aucun moment fait partie de nos revendications. Nous souhaitons pouvoir travailler dans de bonnes conditions et en sécurité

Mais au-delà de cette relative inégalité de traitement, les associations de policiers qui défendent avant tout les fonctionnaires de terrain se disent déçues par cet accord. C'est notamment le cas de l'association de l'Union des policiers nationaux indépendants (UPNI) dont la vice-présidente a déclaré à RT France : «Nous avons assisté aux négociations les plus courtes de l'histoire de notre pays ! Les trois organisations syndicales qui disaient s'inquiéter du mal-être policier ont finalement accepté une revalorisation salariale. Mais cela n'a à aucun moment fait partie de nos revendications, ce n'est pas ce que nous demandions. Nous souhaitons pouvoir travailler dans de bonnes conditions et en sécurité : le matériel, les effectifs, les locaux, les avancements et la protection fonctionnelle... pas des miettes !»

«Cet accord ne fera rien pour réconcilier les citoyens avec leurs policiers»

Et la policière de terrain de comparer la situation des policiers à celle des Gilets jaunes : «Quand je pense aux vrais Gilets jaunes, pacifistes, souvent provinciaux, qui depuis des semaines sont dans le froid car ils rencontrent des difficultés pour nourrir leurs enfants après le 15 du mois, je me dis que cet accord ne fera rien pour réconcilier les citoyens avec leurs policiers.»

Le sentiment est partagé par d'autres sources policières contactées par RT France : «J'aurais préféré ne pas être augmentée, mais avoir des conditions matérielles de travail convenables et une réponse pénale enfin adaptée», a confié une fonctionnaire de police, tandis qu'un autre a déploré : «Nous, on aurait voulu un rachat des heures supplémentaires à un bon tarif [cette négociation du rachat de 25 millions d'heures supplémentaires a été reportée au mois de janvier 2019 pour le moment], une vraie mutuelle et des bons d'achat pour acheter des vêtements pour les collègues en civil.»

L'association de la Mobilisation des policiers en colère (MPC) dont la présidente Maggy Biskupski s'est suicidée le 12 novembre, a pour sa part renouvelé l'appel à manifester avec le mouvement Gyros Bleus, ce 20 décembre à 21h30 devant le commissariat du VIIIe arrondissement de Paris, place Clémenceau, à quelques encablures des Champs Elysées et du palais présidentiel. Sur sa page Facebook, l'association a déclaré : «Content des "avancées" qu'a obtenues hier soir l'intersyndicale, qui appelle évidemment à l'arrêt de la mobilisation ? NOUS NON ! [...] Hier, nous avons tous ressenti cette union, qui manque depuis bien des années à cette grande famille qu'est la police. Et aujourd'hui ? Et demain ? Nous ne doutons pas un seul instant que nos représentants n'appelleront pas à l'union ici, leur union ne marche que dans un seul sens... le leur. [...] Continuons de faire entendre notre colère, d'être solidaires, venez nombreux ce soir !»

Dans un courrier signé par son secrétaire général, David Le Bars et repris par le journal Marianne, le syndicat des commissaires de police SCPN a également fait entendre sa désapprobation contre la méthode employée à Beauvau : «Il est probable que l'urgence de la situation et l'inconfort des autorités ministérielles aient poussé l'exécutif à agir dans la précipitation. [...] Ce choix de débattre avec une seule partie de la représentation syndicale d'axes stratégiques, de sujet décrits en outre comme étant une première étape à des changements structurels, n'en constitue pas moins une erreur d'appréciation.»

De fait, les commissaires et les cadres de la police sont les grands oubliés de cette négociation qui s'est faite sans eux et dont le bénéfice ne leur reviendra pas. 

La négociation est-elle vraiment terminée ? La colère des policiers a-t-elle été apaisée à peu de frais et un peu trop rapidement ? Les syndicats le nieront, mais les policiers de terrain pourraient rester mobilisés dans les semaines qui viennent, malgré les avancées de cette intersyndicale de circonstance.

Antoine Boitel

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