Pitié-Salpêtrière : Castaner regrette d'avoir parlé d'«attaque» sur fond d'appels à la démission

Pitié-Salpêtrière : Castaner regrette d'avoir parlé d'«attaque» sur fond d'appels à la démission© Gérard Julien Source: AFP
Christophe Castaner lors de sa conférence de presse le 3 mai.

Alors qu'il avait parlé d'«attaque» à propos de l'intrusion de manifestants dans l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière le 1er Mai à Paris, Christophe Castaner a admis que le mot était mal choisi. Les appels à sa démission se multiplient.

Après que Christophe Castaner a dénoncé une attaque supposée de l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière le 1er Mai, plusieurs personnalités politiques ont appelé à sa démission. Contraint à s'exprimer lors d'un point presse, le ministre de l'Intérieur a exprimé des regrets : «Je n'aurais pas dû employer le mot "attaque"», a-t-il admis. 

Dès le 1er Mai, Christophe Castaner déclarait sur Twitter : «Ici, à la Pitié-Salpêtrière, on a attaqué un hôpital. On a agressé son personnel soignant. Et on a blessé un policier mobilisé pour le protéger. Indéfectible soutien à nos forces de l’ordre : elles sont la fierté de la République.» Mais plusieurs éléments ont ensuite prouvé qu'il s'agissait d'une fausse information.

Depuis lors, cette nouvelle ayant été plusieurs fois qualifiée de «fake news», les politiques français sont montés au créneau : «Il est temps que ce ministre rende des comptes. Ça fait trop de fake news lancées par ce gouvernement», a lancé Yannick Jadot le 2 mai lors d’un meeting à Bordeaux où il s'exprimait en tant que tête liste Europe Ecologie-Les Verts aux élections européennes. Et de préciser : «Je pense qu’il serait légitime qu’il y ait au moins une commission d’enquête parlementaire pour savoir si c’est lui qui se met à la faute ou si c’est une politique beaucoup plus large, beaucoup plus délibérée, beaucoup plus systémique dont il n’est simplement aujourd'hui que le porte-flingue.»

Le président du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau, a pour sa part tweeté : «Le ministre de l’Intérieur doit cesser de mettre de l’huile sur le feu et doit maintenant s’expliquer sur ses déclarations démenties par les faits.»

Depuis Marseille, le chef de file des Insoumis Jean-Luc Mélenchon a lourdement chargé le ministre d'Etat : «Monsieur Castaner est un menteur, en plus d’être un incompétent.» Benoît Hamon du mouvement Génération.s renchérit : «S’il s’agit d’un mensonge délibéré, dans le seul et unique but de disqualifier et salir une mobilisation sociale, le ministre de l’Intérieur doit être démis de ses fonctions sans délai.»

Si les syndicats majoritaires de la police nationale, en pleine année de négociation avec le ministère de l'Intérieur, n'appellent pas à la démission de Christophe Castaner, en revanche, les petits syndicats et les associations de police s'insurgent pour leur part de la situation actuelle et à propos des relations entre Beauvau et ses forces de sécurité intérieure.

Exaspération dans la police

Contacté par RT France, Alexandre Langlois, du syndicat ViGi Police, se désole : «Nous demandons la démission de Christophe Castaner depuis le mois de décembre. Nous avions espéré que le duo qu'il forme à Beauvau avec Laurent Nunez amènerait des améliorations après Gérard Collomb [ancien ministre de l'Intérieur du gouvernement Philippe], mais c'est pire ! A peine 15 jours après sa nomination, Castaner était déjà en roue libre. Nous demanderons sa démission jusqu'à ce qu'il parte.»

Le syndicat ViGi s'est également exprimé sur l'affaire de la Pitié-Salpêtrière sur Twitter le 2 mai en glissant une allusion à la soirée en discothèque très remarquée du ministre de l'Intérieur : «Ne jamais tweeter après une soirée au Noto, car voilà le résultat... Du coup pour avoir une personne qui ne fasse pas de fake news, pour répondre à nos questions sur les gaz, nous sommes obligés de demander une nouvelle fois : Castaner démission.»

Joint par RT France, Jean-Pierre Colombies, porte-parole de l'Union nationale des policiers indépendants, s'inquiète, lui, de la stratégie sécuritaire déployée par le gouvernement face aux mouvement sociaux en cours depuis le mois de novembre 2018 : «C'est sidérant, c'est même hors du temps. Ce gouvernement fait de la propagande pure et mène une campagne de désinformation honteuse, alors qu'il se targue de pourfendre les fausses nouvelles. Si on veut diviser la France et produire les ferments d'une guerre civile, on ne s'y prend pas autrement !»

Le policier à la retraite, qui a servi sous plusieurs ministres de l'Intérieur au cours de ses décennies de carrière, analyse aussi : «Ce que fait Christophe Castaner actuellement, c'est inverse du rôle d'un ministre de l'Intérieur.»

Le gouvernement accumule les clichés liés à l'ancien régime : on peut voir Emmanuel Macron manger des fraises à l'Elysée tandis que les manifestants et les policiers comptent leurs blessés

Et de déplorer : «Ce gouvernement salit et pollue tout. Ce ministre d'Etat ne remplit pas feuille de route, il ne joue pas l'apaisement, mais la confrontation.»

Surtout le porte-parole de l'UPNI s'inquiète pour l'intégrité physique des membres des forces de l'ordre et des manifestants : «Si ces gens qui nous gouvernent continuent à noircir de la sorte le mouvement des Gilets jaunes, on court vers une mise en danger des effectifs de police et on paiera pendant des années cette opposition frontale entre Gilets jaunes et forces de l'ordre. Pendant ce temps-là, le gouvernement accumule tous les clichés liés à l'ancien régime et on peut voir Emmanuel Macron manger des fraises à l'Elysée en pleine opération de maintien de l'ordre, tandis que les manifestants et les policiers comptent leurs blessés à chaque manifestation.» 

Sur le long terme, Jean-Pierre Colombies estime que le lien entre policiers et citoyens pourrait se trouver très endommagé par la longue séquence sociale qui dure depuis le mois de novembre 2018 : «La PSQ [police de sécurité du quotidien], elle est mort-née ! Moi, les flics qui iront dans les cités pour faire leur travail relatif à cette mission, à l'avenir, je leur souhaite bonne chance ! C'est même une mise en danger de la vie d'autrui à ce stade. La police n'est même plus perçue comme une force d'assistance, mais uniquement comme une force de répression. Je ne comprends pas que les trois grands syndicats majoritaires ne bougent pas. Leurs homme sont en danger ! Ils espèrent probablement que, grâce à leur silence, la police échappera à la grande réforme du service public qui se prépare, mais ils se leurrent, selon moi. Pendant ce temps, il y a urgence, on a besoin d'un apaisement et en ce moment, le gouvernement joue la fracture.»

Enfin, interrogé sur les appels à la démission du ministre, Jean-Pierre Colombies admet : «Sa démission serait peut-être une façon de désamorcer la situation.»

Antoine Boitel

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