Londres hausse le ton contre Berlin au sujet des ventes d'armes à Riyad

Londres hausse le ton contre Berlin au sujet des ventes d'armes à Riyad© John MACDOUGALL Source: AFP
Le ministre des Affaires étrangères britannique Jeremy Hunt et son homologue allemand Heiko Maas lors d'une conférence de presse commune à Berlin, le 20 février 2019.

Londres a sévèrement critiqué le refus de Berlin de vendre des armes à Riyad, expliquant que cela impactait ses propres contrats, dans lesquels interviennent des fournisseurs allemands mais l'Allemagne a refusé d'infléchir sa position.

Plus les jours passent, plus les dissensions entre Européens sur la question des ventes d'armes à l'Arabie saoudite se creusent pour éclater au grand jour. La position de l'Allemagne, qui a gelé ses exportations depuis l'assassinat en octobre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul, irrite en effet de plus en plus la Grande Bretagne, qui ne s'en cache plus.

Dans un courrier au ton fort peu diplomatique adressé à Berlin, le ministre britannique des Affaires étrangères Jeremy Hunt a ainsi demandé à l'Allemagne de revoir sa position. Une nécessité «impérative» selon lui, sans quoi Berlin mettrait sa crédibilité commerciale en péril. Dans sa lettre, publiée par le quotidien Der Spiegel, Jeremy Hunt fait surtout part de sa «grave préoccupation» quant à l'effet induit de la décision allemande sur «les chaînes d'approvisionnement de l'industrie de la défense britannique et européenne», qui pourrait, in fine, affecter les capacités de l'Europe à «remplir ses obligations dans le cadre de l'Otan».

D'après Jeremy Hunt, les fabricants britanniques font face à l'impossibilité d'honorer des contrats d'armement pour Riyad en raison de la suspension des livraisons de pièces allemandes pour des avions de combat comme le Typhoon d'Eurofighter ou le Tornado. Or cette suspension risque de coûter cher à court terme aux 500 entreprises de la chaîne d’approvisionnement de la société britannique BAE Systems, qui devront s'acquitter de pénalités contractuelles pour ces retards. Et à plus long terme, le chef de la diplomatie s'alarme du risque qu'une telle situation ne finisse par lasser Riyad qui pourrait se tourner vers Moscou ou Pékin pour ses prochaines commandes.

Berlin n'a pas l'intention d'infléchir sa position

Autant d'arguments qui n'ont pourtant pas ému la diplomatie allemande. «Notre position est que nous ne livrerons pas d'armes à l'Arabie saoudite pour le moment», a rétorqué le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas, conditionnant un éventuel revirement à une évolution de la situation au Yémen, et au respect des accords de Stockholm.

Une intransigeance qui s'explique par la sensibilité particulière des électeurs allemands sur le question. «Le scepticisme à l'égard des exportations d'armes en Allemagne est à peu près unanime», estime ainsi Michael Broening, politologue à la Fondation Friedrich Ebert, proche du parti social-démocrate membre de la coalition gouvernementale d'Angela Merkel et à la tradition pacifiste fortement ancrée.

«Compte tenu de son histoire de belligérance, l'opinion publique allemande voit depuis longtemps les exportations d'armes avec un mélange d'indignation morale et d'impuissance», ajoute-t-il dans des propos rapportés par l'AFP.

La France entre critiques et coopération

Engagée dans de grands projets industriels avec Berlin – comme le développement d'un char de combat, et d'un système aérien de combat – Paris a du mal à digérer l'attitude de l'Allemande. «Un écrou allemand dans un système permet de prendre en otage la vente d'un armement», se désole une source gouvernementale française citée par l'AFP. Dans ce contexte, les deux voisins mènent des discussions sur les règles entourant leurs exportations d'armement, l'objectif étant notamment «d'empêcher un pouvoir de blocage», selon cette même source.

Et au delà de ces blocages, c'est le comportement de Berlin qui a notamment irrité le président français. En déplacement au salon Euronaval au Bourget le 23 octobre dernier, Emmanuel Macron n'était pas parvenu à masquer sa colère lorsqu'un journaliste lui avait demandé si la France envisageait de suivre les recommandations de l'Allemagne, qui demandait à ses alliés de suspendre leurs ventes d'armes.

Quelques jours plus tard, il avait eu cette réponse cinglante : «Je suis très admiratif envers ceux qui, avant de savoir, disent "on ne vendra plus d'armes" ! Ils en vendent déjà parfois plus que la France à travers les joint ventures (coentreprises) qu'ils ont.»

Entre les lignes, le chef d'Etat avait reproché à Berlin de s'arranger avec ses interdictions d'exportations sous couvert de préoccupations éthiques, par «pure démagogie», quand cela profite à l'industrie allemande.

Si rien n'a été entériné, la pression mise par ses alliés sur Angela Merkel pourrait toutefois porter ses fruits. A l'occasion de la conférence sur la sécurité Munich mi-février, la chancelière allemande a reconnu la nécessité de définir des «principes directeurs communs en matière d'exportations d'armes» à l'échelle européenne. Si l'on en croit les fuites sorties dans la presse spécialisée, Berlin pourrait par exemple renoncer à bloquer des ventes dès lors que l'Allemagne n'apporte qu'une petite partie des composants, autour de 20%.

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