Une liste des Gilets jaunes aux européennes ferait-elle le jeu de LREM ?

Une liste des Gilets jaunes aux européennes ferait-elle le jeu de LREM ?© Abdul ABEISSA Source: AFP
Des Gilets jaunes se tiennent derrière une banderole «Aller voter, c'est choisir lequel va nous entuber», le 15 décembre 2018 à Paris.

L'hypothèse d'une liste de Gilets jaunes aux européennes fait débat au sein du mouvement, beaucoup estimant que cela favoriserait le parti présidentiel. Ce que tend à montrer un sondage... et les commentaires des cadres de la majorité.

L'idée fait son chemin depuis quelques jours dans les discussions des Gilets jaunes : le mouvement, qui se caractérise par une défiance extrême envers ceux qui sont chargés de représenter le peuple, doit-il rentrer dans le jeu politique et présenter une liste aux européennes ? 

Cette question anime profondément le mouvement qui a jusqu'à présent refusé de se doter ne serait-ce que de porte-paroles. Pourtant, sur les réseaux mais surtout sur les plateaux de télévision, de plus en plus de Gilets jaunes militent pour investir le champ politique et n'hésitent pas à faire des annonces en ce sens. Ainsi, Hayk Shahinyan par exemple, Gilet jaune de Seine-Maritime, a expliqué sur le plateau du 20h de France 2 le 10 décembre qu'il s'agissait de la suite logique du mouvement. «La fracture actuelle ne va pas disparaître du jour au lendemain et je suis certain qu'avec les réformes qui vont arriver sur la table, ce mouvement va perdurer. Nous sommes en train de nous organiser, nous allons présenter une liste aux européennes», a-t-il assuré.

Autre annonce similaire, à la résonance médiatique plus forte encore, le chanteur Francis Lalanne, gilet jaune sur le dos, a lancé le 17 décembre une «structure» afin d'établir une liste électorale pour les européennes. «L'enjeu des élections européennes est que la France devienne jaune», a-t-il déclaré au côté de Thierry Paul Valette, autre militant basé à Paris. «Le but c'est de compter nos forces, combien nous sommes dans ce pays à vouloir que cela change», a-t-il fait valoir, soutenant que l'objectif n'était pas de créer un parti politique. Mais ces personnalités représentent-elles réellement le mouvement ?

Siphonner les voix des partis d'opposition ?

L'initiative est loin de faire l'unanimité dans les rangs des Gilets jaunes sur les réseaux sociaux, où le débat reste vif.

«Francis Lalanne qui s’autoproclame porte-parole des Gilets jaunes. Et qui souhaite une liste [...] aux élections européennes... C'est exactement ce que veulent Macron et l'oligarchie, pour affaiblir leurs opposants !», tempête un internaute, sympathisant du mouvement.

Pour d'autres, devenir un parti politique constituerait même leur «pire erreur». «Plus ils conserveront leur caractère apolitique et protéiforme, mieux ils constitueront une menace contre le régime Macron», lance ainsi un internaute.

Surtout, nombre d'entre eux pensent que cela reviendrait in fine à faire le jeu d'Emmanuel Macron, les votes en faveur d'une telle liste siphonnant les voix des partis d'opposition, que ce soit du Rassemblement National à droite ou de la France insoumise à gauche.

«Ce serait la meilleure chose qui pourrait nous arriver», confie un cadre de LREM

Cette analyse s'est vue validée par un sondage Ipsos paru dans Le JDD le 8 décembre, et... commandé par LREM. Selon les résultats de ce sondage, une éventuelle liste Gilets jaunes serait en effet créditée d'un très honorable 12% d’intentions de vote. Un score qui se ferait principalement au détriment du RN et de LFI, qui se retrouveraient respectivement à 14% (contre 17% sans liste de Gilets jaunes) et 9% (contre 12% en temps normal). Le parti présidentiel ne se verrait lui pas affecté, et disposerait même d'une plus large avance, conservant ses 21%.

Et les têtes pensantes de la majorité ne s'y trompent pas, à l'image du président de l'Assemblée national Richard Ferrand, qui a conseillé aux Gilets jaunes de «s’organiser [pour] défendre leurs idées». «Qu'ils fassent une plateforme de propositions et qu'ils aillent aux élections», a-t-il ainsi réclamé dans l'émission Dimanche en Politique diffusée sur France 3 le 16 décembre, ciblant précisément les européennes. Dans les colonnes du Monde, un cadre du parti ne s'embarrasse même plus de l'argument de la démocratie : «Ce serait la meilleure chose qui pourrait nous arriver.»

Lire aussi : Etienne Chouard : «Le référendum d’initiative populaire est la cause commune des Gilets jaunes»

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