Romainville : une mini-ZAD pour sauver une forêt menacée par la construction d'une base de loisirs

Romainville : une mini-ZAD pour sauver une forêt menacée par la construction d'une base de loisirs© Thomas Samson Source: AFP
Les défenseurs de la forêt de la Corniche à Romainville, le 14 octobre 2018.

A Romainville, en Seine-Saint Denis, un projet de base de loisirs soutenu par Valérie Pécresse menace une forêt de 28 hectares. Politiques, artistes et citoyens se relaient sur cette mini ZAD pour tenter d’enrayer le ballet des tronçonneuses.

Riverains, militants et élus sont regroupés depuis plusieurs jours dans une forêt, dite de la Corniche, à Romainville (93). Situé à deux kilomètres de Paris, cet îlot de verdure est menacé par la construction d'une base de loisirs.

Ils font face depuis plusieurs jours aux nombreux policiers ainsi qu'aux pelleteuses et bûcherons chargés d'abattre les arbres. Loin de s'essouffler, la mobilisation prend de l'ampleur sur le site et sur les réseaux sociaux.

Le rassemblement du 18 octobre, très relayé sur les réseaux sociaux, a eu raison des travaux prévus pour la journée dans la forêt, qui ont été provisoirement interrompus. Quelques défenseurs de la nature ont été interpellés et conduits dans des commissariats de l'est de Paris. Alors que les soutiens abondent sur Twitter, Europe-Ecologie-les Verts ayant exigé l'arrêt des travaux, une pétition sur change.org a recueilli plus de 11 000 signatures.

Romainville deviendra-t-il le lieu d'une nouvelle petite ZAD ? Les associations de riverains rejointes par des activistes comptent bien protéger les huit hectares de cette forêt laissée à l'état sauvage depuis les années 1960. Les sit-in et présences sur le site, qui se poursuivent jusque tard dans la soirée, n'ont pu empêcher des destructions sur le site naturel et les abattages d'arbres débutés le 8 octobre.

Très actifs sur les réseaux sociaux pour dénoncer l’hécatombe, les amis de la forêt se sont attiré de nombreux soutiens. Dès le 12 octobre, 150 personnes se sont pressées sur le site, militants, habitants et élus la France insoumise. Benoît Hamon avait alors dénoncé sur Twitter la destruction de cette forêt exceptionnelle d'Ile-de-France, qui pousse à l'abri des interventions humaines depuis trente ans sur une ancienne carrière de gypse.

«En ce moment une forêt sauvage unique dans l’agglomération parisienne, joyau de biodiversité, est en train d’être anéantie à Romainville. Il faut stopper le chantier et sauver ce qui reste des 2000 arbres», avait-il publié sur Twitter.

 

Catherine Ringer, la chanteuse du groupe Les Rita Mitsouko, qui habite en Seine-Saint-Denis depuis 17 ans, est venue prêter main-forte aux amis de la forêt accompagnés d’élus dès le 14 octobre. «On est là pour défendre les arbres, qui freinent le réchauffement climatique, et dénoncer le fait de faire une prairie en injectant du béton dans le sol alors qu'il y a tout ce qu'il faut ici en matière d'espaces verts», a-t-elle expliqué.

Un projet vieux de 14 ans défendu par Valérie Pécresse

A l'instar d'autres initiatives qualifiées par leurs détracteurs de «grands projets inutiles», la réflexion sur cette base de loisirs a été élaborée au début des années 2000 et s'est étirée sur de longues années. Le temps n'a pas joué en faveur du projet, devenu obsolète, trop coûteux, tandis que la sensibilisation au réchauffement climatique gagnait le grand public. L'aménagement revu à la baisse, pompeusement qualifié d'«Ile-de-loisirs», est aujourd'hui défendu par la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse.

Venue présenter le projet le 30 septembre à Romainville, elle s'était heurtée à la contestation des riverains. Elle a promis sur France 3 qu'il s'agirait d'une «expérience écologique, immersive» et non plus de la base de loisirs prévue à l'origine, qui aurait dû accueillir un million de visiteurs annuellement pour barboter dans diverses piscines. Ce projet pour lequel la région a prévu de débourser 12 millions d'euros, pourrait, selon les défenseurs de la forêt, être accueilli ailleurs dans le voisinage.

Ces arguments ne convainquent nullement les détracteurs de l'«Ile-de-loisirs» qui ont évalué les destructions envisagées par le projet. Il prévoirait de défricher partiellement par endroits ou totalement huit hectares de cette foret. Selon l'association Les amis de la corniche, la partie haute du site «va ainsi être défrichée définitivement puis comblée par injection de coulis de béton et pose de géogrilles pour être transformée en "solarium". Cela implique la destruction de 30% de l’habitat des oiseaux, notamment migrateurs et la destruction de très nombreux arbres».

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