«Des fadaises» : après la sortie de Macron, que peuvent faire les parlementaires et les médias ?

«Des fadaises» : après la sortie de Macron, que peuvent faire les parlementaires et les médias ?
Illustration ©PATRICK KOVARIK / AFP

Inversant la charge de la preuve, renvoyant les médias dans leurs cordes, le président, fort de son statut pénal, a renversé la table. Le responsable s'étant auto-désigné, l'affaire Benalla pourrait bien s'évanouir dans la chaleur de l'été.

Après plus de cinq jours de silence radio, Emmanuel Macron s'est enfin exprimé le 24 juillet dans la soirée depuis le boulevard Saint-Germain, à Paris. Pour endosser la responsabilité – toute formelle certes – de l'affaire Benalla mais aussi, fidèle à sa rhétorique inversante du «en même temps», pour fustiger la presse. Toute la presse. «Nous avons une presse qui ne cherche plus la vérité», a-t-il déploré. «Je vois un pouvoir médiatique qui veut devenir un pouvoir judiciaire, qui a décidé qu'il n'y avait plus de présomption d'innocence dans la République et qu'il fallait fouler aux pieds un homme et avec lui toute la République», a encore lancé le président.

Emmanuel Macron, un homme seul face au quatrième pouvoir ? Pas vraiment. Premier élément, le président de la République s'est exprimé non pas devant un quelconque équivalent de représentation nationale. Il a plutôt choisi de parler devant son propre clan à l'occasion du pot de fin de session parlementaire de la majorité LREM-MoDem. Etaient présents dans le cadre prestigieux de la Maison de l'Amérique latine, en cette chaude soirée de juillet, Richard Ferrand, patron du parti présidentiel, Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, François de Rugy, président de l'Assemblée nationale, mais aussi le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, les deux principales messagères de la parole présidentielle sur les plateaux de télévision : la députée Aurore Bergé, et Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes.

 

Emmanuel Macron prêt à répondre... mais ni aux médias, et leurs «fadaises», et ni aux parlementaires

Autre élément, Emmanuel Macron a court-circuité les médias de masse, en théorie des relais vers l'opinion publique. Les images, filmées au téléphone portable, auront trouvé leur chemin vers les Français par les réseaux sociaux. «Qu’ils soient parfois parlementaires, qu’ils soient commentateurs, qu’ils soient journalistes, les mêmes ont dit des fadaises», a-t-il encore fulminé. A en croire le président, à peu près tout le monde est désormais coupable de colporter des fausses nouvelles, des «fake news».

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Ce 25 juillet, Benjamin Griveaux, relayant fidèlement la parole présidentielle, pointait lui aussi «les informations erronées» de la presse. Ayant réponse à tout, le porte-parole du gouvernement a également tenté le raisonnement suivant : «[Emmanuel Macron] ne s'est pas exprimé devant son parti mais devant les parlementaires de la représentation nationale [...] Il y avait des députés LREM et MoDem».

Le président de la République n'a pas à répondre aux questions d'une commission parlementaire

Pourtant, dans le même temps, Emmanuel Macron a bel et bien revendiqué la «responsabilité» de l'affaire Benalla. «Qu'ils viennent [me] chercher», a-t-il lancé la veille, alors que le président de la République dispose d'une immunité pénale. «Ce responsable, il répond au peuple français et au peuple souverain», a-t-il encore martelé, sur un ton de défi. Ce 25 juillet, le ministre de l'Action et des Comptes publics Gérald Darmanin a clarifié ce qu'il fallait entendre par «peuple souverain». «Le président de la République n'a pas à répondre aux questions d'une commission parlementaire», a-t-il tranché.

Sans répondre aux députés et en disqualifiant les médias, comment Emmanuel Macron va-t-il s'y prendre ? A quoi vont donc servir désormais les auditions de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale et de la commission des Lois du Sénat, maintenant que le président s'est désigné lui-même ? Cette prise de parole présidentielle, apparemment redevenue rare et jupitérienne pour l'occasion, pourrait bien marquer le début d'une opération de brouillage de l'affaire Benalla, le responsable étant connu... mais intouchable.

Alexandre Keller

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