Marlène Schiappa, au pied des cités de Trappes : «Nous n’avons vu que deux femmes !»

Marlène Schiappa, au pied des cités de Trappes : «Nous n’avons vu que deux femmes !» © Ludovic Marin Source: AFP
Marlène Schiappa en mars 2018.

La secrétaire à l’égalité femmes-hommes a entrepris une immersion de trois jours à Trappes. Elle s’est désolée de n’avoir vu, en une heure et demi de porte-à-porte, que deux femmes dans les rues, au bas des cités et dans les squares.

Marlène Schiappa semble désolée. Au cours d’un porte à porte menée avec la députée La République en marche (LREM) Nadia Hai en banlieue parisienne chaude, à Trappes, ville des Yvelines, la secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes a déploré le peu de présence féminine dans les rues. «En une heure et demie de porte-à-porte en bas des cités, en bas des squares, nous avons vu beaucoup de garçons, beaucoup d’hommes, de huit à 72 ans, des dizaines... Et nous n’avons vu que deux femmes, qui n’étaient pas dans la rue, qui étaient en train de ramener leurs enfants», a-t-elle fait remarquer sur l'antenne d'Europe 1, le 6 mai.

Il y a des endroits dans lesquels c’est extrêmement difficile pour les femmes

Les femmes sont-elles libres de s’habiller comme bon leur semble n’importe où en France ? Le sujet est abordé dans l'émission Le Grand Rendez-vous, Marlène Schiappa affirmant : «Il y a des endroits dans lesquels c’est extrêmement difficile pour les femmes.» En premier lieu à Trappes, où elle a vécu en «immersion» durant trois jours.

Dans cette ville de plus de 32 000 âmes, certains secteurs sont classés depuis 2013 en zone de sécurité prioritaire, avec renforcement des équipes de la Police nationale. Marlène Schiappa s’est assigné la mission d’y passer trois jours pour découvrir ses habitants et ses projets. Ravie d’avoir pris connaissance de nombreuses initiatives locales, elle a aussi participé à une «marche exploratoire», la vingtième du genre dans cette ville. «C'est une idée venant du Canada, un plan pour identifier en groupe la conquête de l’espace public et repérer ce qui peut créer de l'insécurité pour les femmes. Il n’est pas admissible que les femmes […] n’aient pas le droit de cité dans l’espace public», a-t-elle déclaré.

Je ne dis pas qu’il y a une égalité femmes-hommes parfaite, je vous dis exactement l’inverse

Alors qu'on lui fait remarquer que cette marche semble ne pas être un franc succès, dans la mesure où la secrétaire d'Etat a elle-même constaté la très forte sous-représentation des femmes dans la rue, Marlene Schiappa a rétorqué : «Je ne dis pas qu’il y a une égalité femmes-hommes parfaite, je vous dis exactement l’inverse. Mais il ne faut rien lâcher, des valeurs républicaines dont l’égalité entre les femmes et les hommes, ces marches ne sont pas une solution en soi mais un morceau de la solution.» Et la secrétaire d’Etat de citer les initiatives associatives et publiques pour restaurer la place de la femme dans certaines zones.

Nous n’avons vu que deux femmes

Le principe de réalité vécu à Trappes rappelle, pour la membre du gouvernement, le long chemin restant à effectuer par les partenaires sociaux et le tissu associatif afin d'encourager les femmes à oser poser le pied en dehors de chez elles, dans certains territoires du pays. «Quand on permet d’émanciper les femmes, quand on permet de soutenir tous les programmes que j'ai cités, quand l’Etat finance une maison de la justice à Trappes qui est totalement gratuite qui permet aux femmes de faire valoir leurs droits en tant que citoyennes de la République française, c’est-à-dire avec les mêmes droits que les hommes, on lutte aussi contre la radicalisation», a en outre estimé Marlène Schiappa. Elle se défend de l'accusation d'«angélisme» vis-à-vis de «l’obscurantisme religieux», qui selon elle «pèse aussi et principalement sur les femmes».

Les femmes dans la rue : harcelées ou absentes ?

La conquête de l’espace public par les femmes fait l’objet de nombreux débats depuis quelques années. Le reportage sur le bar PMU de Sevran diffusé en décembre 2016 sur France Télévisions avait mis le feu aux poudres, en prétendant que les femmes n’étaient pas les bienvenues dans cet établissement d’une banlieue difficile.

L’affaire de la halle Pajol-La Chapelle, quartier du nord de Paris dans les Xe et XVIIIe arrondissements, où certaines femmes s’étaient plaintes de harcèlement de rue constant, avait attiré l’attention sur les pressions dont peut être victime la gent féminine en extérieur. Une pétition et une large médiatisation – controversée – avaient précipité l'annonce d'un plan anti-harcèlement de rue, dont les mesures avaient été dévoilées le 7 mars 2018.

Marlène Schiappa, aujourd'hui prompte à dénoncer les problèmes rencontrés par les femmes à Trappes, avait pourtant créé un couac dans son immersion du quartier de la Chapelle. Elle avait décidé de juger par elle-même si les passantes étaient bien ennuyées ou non par les hommes. Elle avait tweeté sa promenade nocturne sereine dans le quartier, délivrant de facto une sorte de blanc seing à la zone, avant même d’avoir reçu les associations de lutte contre le harcèlement de rue.

Elle avait très vite effacé son tweet et assuré qu’il n’existerait «aucune zone de non droit dans la République». L'expérience de Trappes démontre qu'une nuance est à apporter à cette prise de position.

Lire aussi : Stigmatisante ou salutaire ? Les féministes divisés sur la pénalisation du harcèlement de rue

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