Ecole : la campagne sacrifiée pour le dédoublement des classes dans les zones sensibles ?

Ecole : la campagne sacrifiée pour le dédoublement des classes dans les zones sensibles ?© GUILLAUME SOUVANT Source: AFP
Emmanuel Macron en discussion avec des enfants lors d'une visite de l'école primaire de Rilly-sur-Vienne

La grogne monte aussi bien dans les campagnes que dans les syndicats. Le gouvernement souhaite concrétiser la promesse présidentielle de dédoubler les classes en CP et CE1 dans les zones sensibles... au détriment des petites écoles rurales ?

Alors qu'Emmanuel Macron était en déplacement ce 15 mars en Touraine, la polémique enfle autour des fermetures de classes en zones rurales. Des localités rurales qui feraient les frais des dédoublements des effectifs en CP et CE1 dans les zones d'éducation prioritaire en ville (REP, REP+), promesse d'Emmanuel Macron, lors de la campagne présidentielle de 2017.

Présent aux côtés d'Emmanuel Macron, le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer a annoncé un solde net de 207 classes fermées en zone rurale à la rentrée 2018 contre un solde positif d'environ 1 000 classes au niveau national, ce qu'il explique par la baisse du nombre d’élèves dans ces zones.

Mais certaines décisions des pouvoirs publics peuvent surprendre. Exemple avec la commune de Foissiat dans l'Ain, 2 100 habitants. Aidée par des subventions publiques, la municipalité a financé à hauteur de 850 000 euros la construction de deux salles de classe, dont l'inauguration aura lieu le 7 avril prochain. Des salles qui remplaceront des préfabriqués posés à la hâte en 2003, pour répondre à la hausse du nombre d'élèves entre la maternelle et le CM2. Sauf que le financement de l'une des deux salles ne servira finalement... à rien.

En effet, la Direction des services départementaux de l'Education nationale (DSDEN) a récemment envoyé un courrier à la mairie pour annoncer la suppression d'un poste d'enseignant. «Ce qui revient à la fermeture d'une classe pour la rentrée 2018», note Jean-Pierre Fromont, maire de Foissiat, contacté par RT France. Et cette décision suscite la colère de l'élu : «Je trouve cela aberrant. On vient de réhabiliter totalement l'école !»

J’ai un peu du mal à comprendre pourquoi on maintient des écoles à 12 élèves à Paris alors qu’à 22 élèves, on ferme ici

Et la petite commune de 2 100 habitants pouvait difficilement prévoir telle sanction. «Jusqu'en 2016 à peu près, les effectifs se sont maintenus entre 190 et 200 élèves sur huit classes». Après la perte d'une quinzaine d'élèves ces deux dernières années, Foissiat s'est retrouvé à 176 élèves. Or, l'Académie n'a pas fait dans le détail : «En dessous de 24 élèves de moyenne, ils ferment. Et là on se trouvait à 22.»

«J’ai un peu du mal à comprendre pourquoi on maintient des écoles à 12 élèves autour de grandes villes comme Paris alors qu’à 22 élèves, on ferme ici. Je comprends bien l'utilité des zones d’éducation prioritaires [REP, REP+], mais pourquoi supprime-t-on une classe avec 22 enfants ?», s'inquiète Jean-Pierre Fromont qui tient à informer que le monde rural a également des élèves en difficulté.

Par ailleurs, avec la suppression d'un poste d'un professeur des écoles, et donc d'une classe, les professeurs se retrouveront par voie de conséquence avec une moyenne de 25 élèves par classe si les effectifs restaient stables dans les années à venir.

Des classes supprimées en zone rurale malgré des effectifs stables ?

Des syndicats d'enseignants, comme SNUipp-FSU, premier syndicat dans le primaire, soutiennent que des classes rurales sont fermées afin de dégager des postes pour le dédoublement des classes de CP et CE1 dans les quartiers défavorisés. «Cette idée est fausse», a réagi Emmanuel Macron le 15 mars lors de son déplacement. «Au contraire, nous allons augmenter le taux d'encadrement [nombre d'enseignants par rapport au nombre d'élèves] l'année prochaine, en particulier en zone rurale», avait d'ailleurs répliqué le chef de l'Etat, la veille à Tours.

Toutefois, un reportage de France 2, diffusé le 14 mars, semble confirmer le point de vue syndical. Le documentaire dévoile que des villages aux effectifs stables en nombre d'élèves, parfois avec une estimation à la hausse pour la rentrée 2018, voient pourtant la suppression prochaine de classes. Les enseignants se retrouveraient ainsi, sur l'exemple d'Eaucourt-sur-Somme, à 28 élèves par classe. Or, France 2 relève qu'à une dizaine de kilomètres de cette petite commune, dans la ville d'Abbeville, l'Académie prévoit l'ouverture de quatre nouvelles classes, toutes pour des CP à effectifs réduits. Les campagnes seraient-elles dépouillées pour satisfaire une promesse de campagne ?

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