«Agriculteurs-trices» : le manuel scolaire à l'orthographe «inclusive» de Hatier crée la polémique

«Agriculteurs-trices» : le manuel scolaire à l'orthographe «inclusive» de Hatier crée la polémique
Illustration ©ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

La nouvelle orthographe doit débarrasser les manuels scolaire des «stéréotypes» de sexe et de genre. Jusque là décriée par les seuls défenseurs d'un certain académisme de la langue, la controverse a rebondi à l'occasion de la rentrée scolaire 2017.

Après les Francs requalifiés de migrants et les problèmes de baignoire de l'antique certificat d'études mis au goût du jour avec la crise migratoire, c'est la dernière polémique en date sur les manuels scolaires. Avec la rentrée, les professeurs et les parents ont découvert un manuel intitulé Questionner le monde et destiné aux élèves de CE2.

Reprenant la syntaxe notamment des groupes et associations féministes, les auteurs de cet ouvrage ont pris soin de gommer autant que possible le «genre» des mots afin d'éviter tout préjugé sexiste. Tous les mots susceptibles d'être sexués y sont déclinés, on peut ainsi lire par exemple : «Grâce aux agriculteur.rice.s, aux artisan.e.s et aux commerçant.e.s, la Gaule était un pays riche.»

Vers une langue orwellienne ?

Relevée également par Le Figaro, la polémique a rebondi à l'occasion de la rentrée scolaire, enflant et dépassant même le cadre des habituels détracteurs des réformes successives de la langue. L'essayiste médiatique Raphaël Enthoven dénonçait ainsi dans sa chronique sur Europe 1 du 26 septembre une «agression» de la syntaxe. «Ne dites plus un auteur transgenre mais une "auteurice" ne dites plus "tous et toutes" mais "toustes"», a-t-il lancé se moquant des règles de l'orthographe inclusive et évoquant la novlangue du roman dystopique de George Orwell, 1984. «Ca donne des mots illisibles : "uni.e.s","motivé.e.s"», cite-t-il encore.

Pour autant, Raphaël Enthoven se garde de se rallier aux positions de la «fachosphère» et des détracteurs de l'idéologie de l'égalitarisme. Selon lui, la nouvelle orthographe ne servirait pas la lutte contre le sexisme et le patriarcat. «Des siècles d'injustice ont façonné le langage, mais aucun procédé n'y remédie moins que l'écriture inclusive [...] C'est le cerveau qu'on vous lave quand on purge la langue», déplore-t-il encore.

Sur les réseaux sociaux, les internautes n'ont pas manqué de réagir, souvent avec ironie.

D'autres internautes font part de leur opposition radicale à une orthographe qui n'a pas été validée par l'Académie française ou dénoncent l'influence des associations LGBT dans les écoles.

Recommandations du Haut Conseil à l'égalité des femmes et des hommes

L'éditeur Hatier assure de son côté avoir suivi les recommandations édictées en 2015 par le Haut Conseil à l'égalité des femmes et des hommes (HCE), instance consultative créée en 2013, à la suite d'une mission confiée notamment à Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre des Droits des femmes dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

En 2013, Najat Vallaud-Belkacem s'était d'ailleurs retrouvée au cœur d'une polémique, accusée par des parents d'élèves de faire la promotion de la «théorie du genre» à l'école. «La théorie du genre n’existe pas. Ça n’existe pas. En tout cas je ne l’ai jamais rencontrée. Quand on parle de genre, ce qui existe, c’est les "études de genre"», s'était-elle défendue , dénonçant une «rumeur» propagée par l'extrême droite. L'orthographe «dé-genrée» est en revanche, en 2017, une réalité...

Lire aussi : La marque néerlandaise Hema ne différenciera plus les filles des garçons dans son rayon enfant

Raconter l'actualité

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans les commentaires sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.