L'Elysée veut trier les journalistes accompagnant Macron ? La presse exprime ses craintes

L'Elysée veut trier les journalistes accompagnant Macron ? La presse exprime ses craintes© Eric Gaillard
Des journalistes suivant la voiture d'Emmanuel Macron après son élection à la présidence de la République le 7 mai 2017

Lors d'un point presse concluant le premier conseil des ministres, plusieurs journalistes – de médias ayant accueilli avec soulagement l'élection d'Emmanuel Macron – ont exprimé leurs inquiétudes quant au respect de la liberté de la presse.

Le 18 mai, alors que se terminait le premier conseil des ministres du gouvernement d'Edouard Philippe, la foule de journalistes présents dans la cour du palais de l'Elysée, pressée de recueillir les réactions des membres du nouveau gouvernement, s'est vue demander de quitter les lieux, afin que soit prise la «photo de famille» des ministres.

Le même jour, la présidence de la République avait fait savoir que, désormais, c'est l'Elysée qui choisirait les journalistes accompagnant Emmanuel Macron lors de ses déplacements, a rapporté Europe 1.

Rassurez-nous Monsieur Castaner, ça va bien se passer entre vous et la presse ?

Autant d'objets d'indignation pour les journalistes, qui ne sont pas restés silencieux lors de la conférence de presse qui a suivi le conseil des ministres. «Ce n’est absolument pas une volonté de verrouiller la communication», a assuré le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner, au sujet de l'évacuation des journalistes de la cour du palais présidentiel.

Invoquant «une raison pratique» et la nécessité d'une certaine «liberté d’organisation», le porte-parole a expliqué que tout le monde ne pouvait pas être au même endroit en même temps et que la presse avait été sommée de sortir pour des questions évidentes de logistique et de sécurité. 

Une sélection des journalistes pour les déplacements du président sujette à polémique

Mais c'est surtout la sélection par l'Elysée des journalistes qui accompagneront Emmanuel Macron lors de ses déplacements qui a semblé inquiéter les représentants des médias.

«Comment se fait-il que l'Elysée choisisse les journalistes autorisés à suivre le président de la République dans ses déplacements ?», a interrogé lors de la conférence de presse un journaliste de l'émission de télévision Quotidien, avant d'ajouter : «Rassurez-nous Monsieur Castaner, ça va bien se passer entre vous et la presse ?» Un léger changement de ton, sachant que l'émission s'enthousiasmait, par exemple, il y a quelques jours, de la «rencontre réussie» entre Emmanuel Macron et Angela Merkel à Berlin.

Face aux craintes exprimées par le journaliste de Quotidien, le porte-parole du gouvernement s'est montré rassurant... tout en restant très vague :  «La présence de 50 journalistes et d'une dizaine de caméras nuit un peu au dialogue direct et à l'échange [du président avec les Français]. Il ne s'agit pas de contrôler, ni d'imposer. Bien évidemment, je souhaiterais affirmer pour le président de la République et le Premier ministre le respect et notre attachement au respect de vos conditions de travail et j'y veillerai.»

A propos, précisément, de la manière dont seraient sélectionnés les journalistes accompagnant le président dans ses déplacement, Christophe Castaner s'est fait sibyllin : «Cela n'a pas été évoqué lors de ce conseil des ministres. Si j'ai l'occasion, je vous apporterai des éléments d'éclaircissement sur ce sujet.»

Une réponse évasive et insuffisante aux yeux de Laure Bretton, journaliste à Libération – journal qui, à la veille du second tour, titrait en Une : « Faites ce que vous voulez, mais votez Macron», puis «Bien joué» le lendemain, saluant la victoire du candidat d'En Marche! contre Marine Le Pen. 

«Certains journalistes ont été choisis, notamment pour les déplacements du président de la République au Mali [prévus le 19 mai]. Vous pensez que ce sont de bonnes conditions d'exercice de la liberté de la presse ?», s'est inquiété la journaliste du quotidien de gauche.

Et Christophe Castaner d'invoquer une nouvelle fois la sécurité, la logistique, l'organisation, les risques encourus, la situation sécuritaire au Mali... «J'entends bien votre remarque et je la relayerai», a-t-il répondu.

Son interlocutrice, à qui on avait déjà repris le micro, a alors rappelé, en haussant le ton pour se faire entendre, que ce n'était pas «la constitution d'un pool» qui dérangeait les journalistes, mais bien «le fait de choisir» ceux qui le composent. «J'entends bien», a sobrement répondu le porte-parole, ce qui n'a pas semblé rassurer l'assistance. 

Dans la foulée de cette conférence de presse, Libération a publié une lettre ouverte à l'Elysée, intitulée «Monsieur le Président, il n'appartient pas à l'Elysée de choisir les journalistes» et signée par une quinzaine de sociétés des journalistes de médias nationaux, dont celle de «Libé» et des directeurs de rédaction.

RT France déjà indésirable durant la campagne

Durant la campagne présidentielle, déjà, le mouvement En marche! avait suscité des inquiétudes quant à son manque de respect pour la liberté de la presse, en refusant des accréditions aux journalistes de RT International et RT France, pour les meetings et déplacements de campagne d'Emmanuel Macron. En Marche! avait accusé notre média d'être un organe de propagande véhiculant «de fausses informations», sans pour autant fournir de preuves.

«Je dois y aller, j'ai des choses à faire», avait lancé à un journaliste de RT France Laurence Haïm, porte-parole d'Emmanuel Macron interrogée à ce sujet. Cette dernière fut pourtant durant plusieurs années envoyée spéciale à Washington pour plusieurs médias français.

Le soir du second tour, alors qu'une équipe de RT souhaitait entrer au QG d'En Marche!, l'organisation lui avait fait savoir que sa demande d'accréditation lui avait été refusée. Lorsque les journalistes ont voulu connaître la raison de ce refus, la réponse fut expéditive : «Restez sur la voie publique, s'il vous plaît».

Une mise à l'écart qui pourrait frapper, désormais, des médias français ? 

Lire aussi : Entre «propagande» et «militantisme», la liberté de la presse prend un coup à l'aube du second tour

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