Entre «propagande» et «militantisme», la liberté de la presse prend un coup à l'aube du second tour

Entre «propagande» et «militantisme», la liberté de la presse prend un coup à l'aube du second tour© @DR

En cet entre-deux-tours de la présidentielle, les temps sont durs pour ceux dont la mission est d'informer, les deux candidats triant ouvertement sur le volet les journalistes autorisés à les suivre. RT France n'échappe pas à ces coups de sécateur.

L'élection présidentielle a deux dimensions : l'une politique, l'autre médiatique, toutes deux indissociables l'une de l'autre. Pendant que les candidats parcourent le pays de meetings en visites officielles, en coulisses, les journalistes sonnent le branle-bas de combat, ne perdant pas une miette de leurs déclarations, décryptant leurs discours et leurs programmes. 

Ainsi, durant plusieurs mois, interviews, débats et reportages rythment la période pré-électorale durant laquelle les journalistes, à travers leur travail, tentent d'éclairer les électeurs, les orientant parfois dans leur choix. Un tâche de plus en plus ardue.

Dans un communiqué publié le 28 avril, les sociétés de journalistes de 29 médias, dont Le Monde, protestent contre une décision du Front national de «choisir les médias autorisés à suivre Marine Le Pen».

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«A l’occasion de la campagne pour le second tour de l’élection présidentielle [...] plusieurs titres de presse ont ainsi vu leur représentant tenu à l’écart de toute information et de toute possibilité de suivi sur le terrain de la candidate du Front national», précise le texte, citant notamment Mediapart, Quotidien [ex-Le Petit Journal], l’AFP, Radio France, RFI, France 24, Le Monde, Libération et Marianne.

Selon le communiqué, ces derniers se sont vus interdire de suivre Marine Le Pen dans ses déplacements de campagne durant l'entre-deux-tours au motif qu'il seraient trop militants. Pour les journalistes du Monde, il s'agit d'une «entrave grave à la liberté de la presse», rendant impossible de remplir leur devoir d'informer les Français.

«Il n’appartient pas à une formation politique, quelle qu’elle soit, de décider des médias habilités à exercer leur rôle démocratique dans notre société», s'insurgent les journalistes.

«Quelle qu'elle soit», donc. Pourtant, en dépit de l'universalité de cette posture, le quotidien vespéral semble omettre que la candidate du Front national n'est pas la seule à avoir décidé de trier sur le volet les médias autorisés à l'accompagner dans ses déplacements et se rendre à ses meetings. La même stratégie a été adoptée par le mouvement de son rival dans la course à l'Elysée, Emmanuel Macron.

Pour la soirée du premier tour de la présidentielle, En Marche! a en effet décidé d'interdire l'accès à son QG à RT et Sputnik, accusés d'être des «agences de propagande d'Etat» qui feraient circuler de «façon méthodique» des «informations mensongères».

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Ainsi, un porte-parole de d'Emmanuel Macron a déclaré à Reuters : «S'il faut clarifier les choses avec eux [les "autorités russes" – sic] on le fera, mais en l'état nous ne considérons pas RT France ni Sputnik, cette entité bicéphale*, comme un organe de presse ni comme un média, mais réellement comme une agence de propagande.» 

Pourtant, les clarifications tardent à venir. Ainsi, si l'agence Reuters a le privilège d'une explication, ce n'est pas le cas de RT France, qui a pourtant déjà tenté d'interroger à plusieurs reprises la direction d'En Marche! sur son refus de répondre aux questions de ses journalistes, sans jamais (pour l'instant en tout cas) obtenir de réponse.

Après un refus catégorique de laisser entrer une équipe de tournage de RT au QG de campagne d'Emmanuel Macron, au Parc des expositions de la porte de Versailles – où RT avait accueilli en décembre dernier pour le meeting du candidat – lors de la soirée du premier tour, ce fut au tour de la porte-parole du candidat d'En Marche!, l'ex-journaliste Laurence Haïm, d'expédier un de nos reporters en quête d'explications.

A quelques jours du scrutin définitif, nous avons donc d'un côté, une candidate qui refuse de coopérer avec certains titres de presse en raison d'un manque d'impartialité à son égard, et de l'autre un candidat qui ne veut pas discuter avec «l'organe de propagande du Kremlin».

Si tous deux tentent de justifier ce refus de toute collaboration avec certains médias, on ne peut que constater que le monde de la presse est désormais en butte à l'arbitraire, à quelques jours de l'élection d'un nouveau chef de l'Etat. Et craindre ce qu'il en adviendra une fois cette dernière ou ce dernier installé au pouvoir.

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* Rappelons qu'en dehors de leur actionnariat commun, RT France et Sputnik n'ont aucun lien, que leurs rédaction ne se côtoient pas et se coordonnent encore moins.

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