Christine Lagarde condamnée (sans peine) : «J'ai payé pour Sarkozy»

Christine Lagarde condamnée (sans peine) : «J'ai payé pour Sarkozy»
Nicolas Sarkozy reçoit Christine Lagarde, directrice du FMI, à l'Elysée en 2012, phot ©LIONEL BONAVENTURE / AFP

Selon le Canard enchaîné, la directrice du FMI aurait mal vécu sa comparution devant la Cour de justice de la République. Exemptée de peine, celle qui écrivait à Nicolas Sarkozy «Utilise-moi» est amère et déplore devoir porter le chapeau.

Pour Christine Lagarde, coupable de négligence, mais exemptée de peine, la décision de la Cour de justice de la République a du mal à passer. Du moins selon le Canard enchaîné, qui lui fait dire : «J'ai payé pour Sarkozy, comme jadis Juppé pour Chirac.» En l'espèce, si Nicolas Sarkozy prenait la place de Christine Lagarde, il ne paierait pas très cher, puisque, précisément, la directrice du FMI est exemptée de peine.

Christine Lagarde insinuerait-elle ainsi qu'elle aurait servi de fusible à Nicolas Sarkozy, dans une affaire que François Bayrou a qualifiée d'«escroquerie en bande organisée» et qui suscite de nombreuses réactions ?

Selon l'agenda de Nicolas Sarkozy saisi par les juges en 2013, Christine Lagarde s'est rendue pas moins de 52 fois à l'Elysée de 2007 à 2011. Et dans une fameuse une lettre non datée saisie lors d'une perquisition de son domicile parisien dans le cadre de l'enquête sur l'arbitrage Tapie, l'ex-ministre de l'Economie et des Finances, devenue l'une des femmes les plus puissantes de la planète, prête allégeance à Nicolas Sarkozy, alors toujours président de la République. «Utilise-moi pendant le temps qui te convient et convient à ton action et ton casting», lui écrit-elle d'une plume emphatique, «si tu m'utilises, j'ai besoin de toi comme guide et comme soutien : sans guide, je risque d'être inefficace [...] Avec mon immense admiration. Christine L.»

Christine Lagarde, obligée de son «cher Nicolas»

Mais, si Christine Lagarde infère, toujours selon le Canard enchaîné, qu'elle a porté le chapeau pour Nicolas Sarkozy, c'est finalement à peu de frais. Sa réputation est sauve, alors que Michel Sapin lui a renouvelé «toute sa confiance», préférant sans doute oublier que le 17 décembre 2015, presque un an jour pour jour avant le verdict de la CJR : «Elle est innocente tant qu'elle n'est pas condamnée, donc je ne vois aucune raison à ce qu'elle mette fin à son mandat [au FMI]». Le conseil d'administration de l'organisation internationale lui a aussi réaffirmé sa «pleine confiance», louant son «incroyable leadership».

La décision de la Cour de justice de la République (CJR) en a étonné plus d'un, même l'avocat de Christine Lagarde avouant ne pas tout comprendre de la décision. Après le «responsable mais pas coupable» du scandale du sang contaminé à la fin des années 1990, voilà que le droit français, héritier en théorie du droit romain, enfante du «coupable, mais pas responsable».

A l'automne 2007, Christine Lagarde autorise la mise en œuvre d'une procédure d'arbitrage privé afin de régler le contentieux entre Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais. Le tribunal arbitral avait alors accordé au très médiatique homme d'affaires la somme exorbitante de 403 millions de dommages-intérêts. Un choix fait avec légèreté selon les enquêteurs qui reprochent surtout à l'ex-ministre de Nicolas Sarkozy de ne pas avoir contesté cette décision.

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