Ce qu’il faut retenir de l’interview fleuve de François Hollande

A un an des élections présidentielles, le président de la République passait un nouveau test mardi au micro d'Europe 1 Source: Reuters
A un an des élections présidentielles, le président de la République passait un nouveau test mardi au micro d'Europe 1

Le président de la République était l’invité d’Europe 1 le 17 mai 2016. Un entretien en forme de grand oral qui a traité aussi bien de la loi Travail que du conflit israélo-palestinien.

Mardi sonnait le coup d’envoi d’une semaine mouvementée sur le front de l’agitation sociale. Entre manifestations contre la loi Travail, blocages de raffineries, grèves dans les aéroports et actions des routiers, les prochains jours ne seront pas une sinécure pour le gouvernement. François Hollande a choisi précisément le 17 mai pour répondre aux questions des journalistes d’Europe 1. Voici ce qu'il faut en retenir. 

Sur la loi travail

Offensif et combatif, François Hollande s’évertue à briser les derniers espoirs des opposants au texte : «Je ne céderai pas, parce qu'il y a eu trop de gouvernements qui ont cédé [...] pour que moi-même, dans des circonstances qui ne sont pas faciles, je puisse céder dès lors qu'un compromis a été trouvé, un équilibre a été obtenu, que les syndicats réformistes sont derrière ce texte et qu'il y a une majorité de socialistes qui sont en sa faveur». Cette loi, «elle va passer, parce qu'elle a été discutée, a été concertée, a été corrigée, a été amendée».

Le chef de l'Etat a dit vouloir conduire la France vers une «social-démocratie à la française, où il sera possible que l'Etat ait toute sa place et où les partenaires [sociaux] pourront jouer tout leur rôle». Le projet de loi Travail va, selon lui, «y contribuer».

Une détermination que l’hostilité de l’opinion publique ne semble pas entamer : «Je préfère qu'on garde de moi l'image d'un président de la République qui a fait des réformes, même impopulaires, plutôt que celle d'un président qui n'aurait rien fait.»

Sur les casseurs

Là encore, c’est la fermeté qui prime. François Hollande veut donner l’image d’un chef de l’Etat qui ne laissera pas la situation lui échapper : «Manifester c'est un droit, casser c'est un délit.» Il a rappelé  qu'il y avait eu depuis le début du mouvement «plus d'un millier d'interpellations, 60 condamnations» et «350 policiers blessés».

Il s’est notamment inquiété du fait que des étrangers puissent faire partie de ces groupes. «Toutes les consignes ont été données : interpellations, interdictions de manifester pour un certain nombre» de personnes, et «s'il y a des étrangers car c'est un mouvement qui vient des zadistes et qui quelques fois peut comporter des personnes qui sont étrangères, européennes le plus souvent, il y aura reconduite à la frontière».

N’oubliant pas sa gauche, il a eu un mot pour le camp d’en face et les violences policières : «Il y a aussi eu de graves incidents qui ont pu toucher des jeunes qui n'avaient rien à voir avec ces casseurs.» «Nous devons faire très attention, c'est ma responsabilité de président de la République, je ne peux pas accepter qu'un jeune puisse perdre un œil et demain qu'un jeune puisse être victime d'un accident meurtrier», a souligné le président.

Sur le «ça va mieux»

Depuis que François Hollande a utilisé cette formulation à propos de la situation dans le pays, il se trouve sous un flot permanent de critiques. Ce grand oral lui a donné la possibilité de se défendre : «Quand j'ai eu cette formule "ça va mieux", ce n'est pas pour dire "tout va bien"». «Ce n'est pas un propos de circonstance, de campagne ou de tribune, c'est une réalité», a-t-il souligné, citant les chiffres du déficit public, de la croissance, de l'investissement et de création d'emplois. «Ca va effectivement mieux pour la France, pas forcément pour tous les Français, j'en conviens», reconnaît-il tout de même.

Mais il risque d’énerver encore plus ses détracteurs quand il pointe le défaitisme tricolore : «Essayons d'éviter cette noirceur habituelle. Ça n'est pas en laissant penser au pays que tout va mal qu'on arrive à lui donner confiance.»

Sur les impôts

A un an de la présidentielle, le locataire de l’Elysée ne pouvait y échapper. S’il y a bien un dossier sur lequel il devra batailler pour défendre son bilan, c’est bien celui de la fiscalité. Pour de nouvelles baisses d'impôt des ménages en 2017, «la réponse est oui, à condition bien sûr que nous ayons des marges de manœuvre, et pour en déterminer le montant, les modalités, ce sera à l'été», a promis François Hollande, avant d'ajouter : «Il m'apparaît logique, il m'apparaît même juste, que les ménages aussi puissent avoir leur part de redistribution». «Pas de raison» pour lui, en revanche, de créer de nouveaux allègements sur l'impôt sur la fortune.

Sur la rémunération des patrons 

Accusé par une large partie des opposants à la loi Travail d’accointances avec le Medef, François Hollande a souhaité leur donner des gages concrets. Le président a menacé de légiférer pour réguler davantage les rémunérations des grands patrons : «C'est maintenant aux autorités du patronat, des employeurs d'avoir cette exigence morale. A la loi d’intervenir pour des règles plus simples, plus claires, si rien ne se fait du côté patronal.»

Sur la politique

Le chef de l'Etat a décoché plusieurs flèches contre l'opposition, à un peu moins d'un an de la présidentielle. «Le risque est que la droite détruise ce que nous avons fait, c'est qu'elle mette en cause les fondements même de notre Etat. Le risque est qu'elle supprime l'impôt sur la fortune, l'impôt sur les plus favorisés [...] Quand je vois que certains candidats aux primaires de la droite veulent augmenter la TVA, je dis que ce n'est pas juste, parce que ça va toucher tous les Français indifféremment», a-t-il regretté, visant personnellement Alain Juppé, dont c’est l'une des propositions.

Il s'est encore fendu d'une déclaration à l'intention de son propre camp, masquant à peine sa volonté d’être candidat en 2017 : «En dehors du gouvernement qui est aujourd'hui en place, il n'y a pas d'alternative à gauche.» «Il n'y a pas d'alternative de gauche, au sens où il n'y a pas un mouvement qui aujourd'hui puisse accéder au second tour de l'élection présidentielle et puisse, sans avoir notre appui, conduire les destinées de la France», a-t-il argumenté.

Il n’a pas oublié de parler du trublion du moment : Emmanuel Macron. Les actions récentes du ministre de l’Economie démontrent une ambition qui commence à agacer sérieusement du côté de Matignon et de l’Elysée. «S'il veut développer ses idées, il en a le droit, mais dans le cadre de ce qui doit être fait comme pour tout ministre, c'est-à-dire la solidarité gouvernementale», a souligné le président de la République.

Sur la politique étrangère

Le conflit israélo-palestinien est à nouveau dans toutes les têtes au sommet de l’Etat. Et François Hollande a procédé à une annonce inattendue. La conférence internationale prévue le 30 mai à Paris pour tenter de relancer le processus de paix israélo-palestinien est «reportée à l'été».

En savoir plus : Manuel Valls regrette le vote d’une résolution pro-palestinienne à l’Unesco

Officiellement, c’est l’absence du chef de la diplomatie américaine John Kerry qui est invoquée pour justifier ce report. Officieusement, Israël serait en colère en raison du vote par la France d’une résolution controversée de l’Unesco sur la sauvegarde du patrimoine palestinien. François Hollande a jugé ce vote «fâcheux». Pour l’Etat hébreu, il remettrait en cause l'impartialité de la France quant à son initiative de relance du processus de paix.

Sur Black M à Verdun

Enfin, François Hollande ne pouvait pas échapper à la polémique du moment. L’annulation du concert du rappeur Black M, qui aurait dû chanter lors de la clôture des commémorations du centenaire de la bataille de Verdun, a fait réagir l’ensemble de la classe politique. Le maire «a subi des pressions [...] inouïes de violences, de haine parce que c'était Black M qui avait été choisi», a déclaré le chef de l’Etat.

Un temps critiqué pour avoir, selon certains observateurs, rejeté la balle dans le camp de la mairie de Verdun, François Hollande a décidé de prendre ses responsabilités : «Si le maire voulait – c'est à lui d'en décider – l'Etat mettrait les moyens pour sécuriser le concert. Et de toute façon, les subventions qui avaient été promises pour ce spectacle ou pour d'autres seraient de toute façon maintenues.»

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