Panthéon : Macron sans inspiration politique multiplie les hommages «républicains»
© Compte X @ElyseeEmmanuel Macron a présidé mardi 23 juin la panthéonisation de Marc Bloch, sa sixième cérémonie du genre. Faute d’inspiration politique nouvelle, le président multiplie les hommages républicains pour tracer un récit national contre «l’esprit de défaite».
Après Simone Veil, Maurice Genevoix, Joséphine Baker, Missak Manouchian et Robert Badinter, Emmanuel Macron a fait entrer au Panthéon l’historien et résistant Marc Bloch, aux côtés de son épouse Simonne. Cette nouvelle cérémonie, tenue le 23 juin, permet au chef de l’État d’occuper le terrain médiatique et mémoriel et de délivrer un message politique à un an de la présidentielle.
Un récit mémoriel récupéré et très orienté
Dans un discours d’une vingtaine de minutes, le président a salué « l’intellectuel intranquille » et fustigé « l’esprit de défaite », ce « poison lent de notre vie publique » qu’il faut « combattre inlassablement ».
S’inspirant de L’Étrange Défaite de Marc Bloch, il a visé les « Français d’influence et de pouvoir » qui doutaient de la France, établissant un parallèle à peine voilé avec les débats actuels.
« Ce sont toujours les premiers à sacrifier la France aux intérêts de puissances hostiles », a-t-il lancé, dans une charge contre les nationalismes et le Rassemblement national.
Sur X, les réactions ont été vives. François Ruffin a ironisé : « Macron fait entrer Marc Bloch au Panthéon : l’auteur de L’Étrange Défaite célébré par le président de l’étrange défaite face à l’extrême droite ».
Macron fait entrer Marc Bloch au Panthéon : l'auteur de "L'Étrange Défaite" célébré par le président de l'étrange défaite face à l'extrême droite.
— François Ruffin (@Francois_Ruffin) June 23, 2026
Après Baker, Manouchian, Badinter : il glorifie la gauche au passé pour mieux l'enterrer... pic.twitter.com/xrTUMVGzOH
D’autres internautes y voient une instrumentalisation politique du cérémonial républicain servant à ancrer le macronisme dans l’héritage des Lumières, de la Résistance et de l’universalisme, à l’heure du bilan de ses deux quinquennats.
Pierre Sautarel, principal animateur de la revue de presse Fdesouche, ironise ainsi : « Ce n’est pas Macron qui panthéonise Marc Bloch : c’est Marc Bloch qui sert à panthéoniser Macron ».
Ce n’est pas Macron qui panthéonise Marc Bloch : c’est Marc Bloch qui sert à panthéoniser Macron.
— Pierre Sautarel (@FrDesouche) June 23, 2026
Le choix de Marc Bloch, premier historien au Panthéon, permet aussi d’évoquer la question de l’antisémitisme alors que le centre macronien tente à tout prix d’attaquer La France insoumise sous cet angle pour son soutien à la Palestine.
La famille Bloch, elle, avait exclu les représentants nationalistes de la cérémonie, craignant une « récupération », mais sans être visiblement gêné de l’usage de la cérémonie par le président de la République.
À travers ces hommages solennels, après Robert Badinter et Simone Veil, le président, dont le mandat s’achève en 2027, tente de peser sur le récit national et la campagne à venir.
L’essayiste Alain Soral avait moqué ces choix en 2019 en qualifiant le Panthéon de « déchetterie casher » suscitant l’ire de ses détracteurs.
Emmanuel Macron, lui, semble compenser son bilan politique famélique et l’absence de grand projet politique pour l’avenir et se contente d’« inaugurer les chrysanthèmes » comme disait le général de Gaulle pour parler du rôle très protocolaire du chef de l’État sous la IIIe République.