Hausse des prix de l'énergie : qui paiera la facture ?

Factures d'électricité des Français© Jean-Christophe Verhaegen/AFP
L'envolée des factures d'électricité des Français est un sujet à risque pour le gouvernement (image d'illustration).
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Face à l'augmentation continue des tarifs de l'énergie, le gouvernement multiplie les gestes et les mesures de soutien, en imposant notamment à EDF de revendre plus d'électricité à ses concurrents. Non sans conséquences pour l'avenir ?

Eviter l'embrasement : c'est la préoccupation majeure du gouvernement en matière de prix de l'énergie. A trois mois de l'élection présidentielle, l'augmentation des factures d'électricité et de gaz pourrait être politiquement très coûteux, ce qui avait fait dire le 7 janvier à Bruno Le Maire que la situation était «dangereuse», à la lumière des troubles survenus au Kazakhstan. Le 14 janvier, l'INSEE révélait que les prix de l'énergie et du gaz avaient fait culminer en 2021 l'inflation française à son plus haut niveau depuis 2018, avec un renchérissement de 13,5% des prix des produits pétroliers, tandis que les prix du gaz naturel et de ville s'étaient envolés de 24% en 2021. 

Dès l'automne, le gouvernement avait apporté des premières réponse, d'abord en annonçant le 30 septembre la mise en place d'un «bouclier tarifaire» visant à prémunir les Français contre ces hausses de tarifs, en bloquant jusqu’au printemps le prix réglementé du gaz, qui concerne 5 millions de Français. Peu après, en octobre, il décidait de verser une « indemnité inflation» de 100 euros pour les personnes ayant un revenu inférieur à 2 000 euros net par mois.

EDF sous pression

Cette première bordée de mesures n'a manifestement pas suffi, puisque, voyant se profiler une hausse potentielle de 35 à 40% de la facture d'électricité début février, le gouvernement a annoncé le 13 janvier qu'il allait actionner deux leviers : d'abord, une diminution de taxe sur l'électricité, «qui représente une perte fiscale pour l’Etat de 8 milliards d’euros», a détaillé Bruno Le Maire dans un entretien au Parisien, ce qui couvre, selon le ministre, environ 15 points de hausse du prix de l’électricité. Le second levier consiste à contraindre EDF à vendre à bas prix une plus grande partie de sa production à ses concurrents, qui devront répercuter intégralement l'avantage retiré au bénéfice des consommateurs. 

Avec ce double dispositif, le ministère de l'Economie espère tenir la promesse de limiter à 4% la hausse de la facture d'électricité des Français en 2022. Mais, si les ménages et les entreprises doivent bénéficier de ce «bouclier» étatique, il n'en va pas de même pour EDF, pour qui la mesure représente un coût «compris entre 7,7 milliards et 8,4 milliards d’euros en fonction des prix de marché», selon Bruno Le Maire.

Or, rappelle le Figaro, EDF avait «déjà vendu à l’avance tous ses volumes d’électricité qui seront produits en 2022 [et] devra probablement racheter une grande partie de sa propre électricité sur les marchés à des prix compris entre 150 et 200 euros, pour la revendre à 46,50 euros à ses concurrents fournisseurs indépendants». Un choix politique qualifié par la CGT de «nouvelle étape de la spoliation d’EDF au profit de la concurrence», accusant le gouvernement de «tuer» l'entreprise publique et appelant d'ores et déjà à une grève le 25 janvier.

Dans un article très critique revenant sur le bilan de l’ouverture à la concurrence des marchés de l’énergie en 2010, décidée sous l'impulsion de l'Union européenne, Mediapart qualifie l'opération du gouvernement de «bidouillage», dénonçant «une concurrence factice au mépris de l’intérêt général qui ne contribue qu’à l’enrichissement privé», et doute de la capacité du gouvernement à contrôler les rabais effectués par les fournisseurs alternatifs. «Ceux-ci ont pu [...] prospérer sans apporter aucune innovation, sans démontrer la moindre différenciation. Le seul apport : un démarchage agressif auprès des clients en leur proposant un dumping sur les prix de l’électricité», note le média en ligne.    

Le président de la Commission de régulation de l'énergie (CRE) a certes promis sur CNews de dénoncer, y compris par du name and shame [nommer et dénoncer] toute éventuelle «rente indue» des fournisseurs alternatifs, mais il n'est pas certain que la menace suffise, alors que des pratiques trompeuses et abusives ont déjà été signalées, comme le rapportait Capital en novembre 2021 : «Certains n’ont pas non plus hésité à modifier les termes des contrats», relevait le magazine économique, soulignant que «des clients ayant souscrit des offres indexées sur les tarifs réglementés de l’électricité ont ainsi basculé sur des offres indexées sur les fluctuations des marchés», sans information préalable ou alors très parcellaire, si ce n'est mensongère. 

Le portefeuille du contribuable (encore) sollicité ?

L'annonce de l'augmentation de la part revendue aux fournisseurs alternatifs s'est en tout cas ajoutée à une longue série de déboires pour l'énergéticien - nouveaux retards de livraison de son réacteur nucléaire de nouvelle génération EPR en construction à Flamanville (Manche), problèmes de corrosion sur d’autres réacteurs - qui a vu son cours en Bourse s'effondrer dans la journée du 14 janvier.

Si la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, a assuré sur LCI que l'Etat - et donc le contribuable - serait «aux côtés d'EDF pour les aider à passer cette difficulté», il n'est pas certain que les mesures suffisent à terme. «Les consommateurs paieront, mais plus tard, le temps peut-être d’une baisse des prix du marché… ou de la fin des élections nationales», a ironisé Le Monde diplomatique, dénonçant «une folie organisée» sur le marché de l'énergie : la «dérégulation génère une augmentation structurelle des prix», affirme le mensuel.

Dans son entretien au Parisien, Bruno Le Maire a quant à lui promis qu'«il n’y aura pas de rattrapage conduisant à une nouvelle hausse en 2023», et que ce sont «l’Etat et EDF» qui supporteront le coût des mesures. «Aucun autre pays européen ne fait la même chose pour protéger le pouvoir d’achat de ses compatriotes», a ajouté le ministre. La question du fardeau supplémentaire à terme, à la fois pour le contribuable et pour l'entreprise publique censée construire de nouveaux réacteurs et entretenir un parc vieillissant, reste cependant posée.

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