Par Sébastien Boussois Tous les articles de cet auteur
Sébastien Boussois est docteur en sciences politiques, chercheur sur le Moyen-Orient et les relations euro-arabes, le terrorisme et la radicalisation. Il est également enseignant en relations internationales.

Pour une concorde civile d’urgence en France pour ne plus faire le jeu des islamistes

Pour une concorde civile d’urgence en France pour ne plus faire le jeu des islamistes© WANA NEWS AGENCY
Des femmes manifestent pour condamner les caricatures du prophète Mohammed publiées par Charlie Hebdo, devant l'ambassade de France à Téhéran, septembre 2020

Alors que les dernières mesures du gouvernement, décidées après l’assassinat de Samuel Paty, risquent de polariser davantage la société, le chercheur Sébastien Boussois avertit de la nécessité d'apaiser la situation afin d'éviter un nouveau conflit.

Depuis les dernières mesures du gouvernement décidées après l’assassinat de Samuel Paty, qu’elle juge avant tout islamophobe et stigmatisante, une campagne de boycott des produits français s’est développée dans les pays arabes du Golfe, parmi lesquels l’Arabie Saoudite, le Qatar, les Emirats arabes unis et le Koweït, avec qui la France entretient historiquement des relations économiques très fortes. Au-delà de ce phénomène, le risque de dégénérer vers une micro guerre civile est plausible. Il faut apaiser au plus vite la situation. Et c’est le rôle du président de la République !

Tout d’abord, il convient de bien préciser avant tout que ce mouvement provient essentiellement d’entreprises plus que des Etats eux-mêmes, qui n’ont pas d’intérêt majeur à boycotter un partenaire économique incontournable depuis des années, et qu’une telle campagne a rapidement fait mouche puisque l’agro-alimentaire hexagonal rencontre un succès fabuleux dans cette région du monde. Mais depuis plusieurs jours, les rayons se vident petit à petit dans tous les pays du Golfe évoqués. Usant de la guerre économique, l’arme des forts, pour protester contre les récents propos d’Emmanuel Macron jugés islamophobes ainsi que de la politique menée par le gouvernement français pour tenter de faire taire l’islamisme, le hashtag #Boycott_French_Products, circule sur les réseaux depuis plusieurs jours et vise avant tout à restaurer une certaine forme de respect de l’islam que ces pays jugent violés en France. Depuis des années, la communauté musulmane en France prend pour quelques terroristes qui se sont drapés du costume de justicier et autoproclamés attachés de presse de Mahomet. Ce qui est clair : ils cherchent à semer la guerre chez nous. Le problème est que l’on ne peut pas agir inconsciemment en rajoutant de l’huile et en attisant le feu dans un pays où il y’a 8,5 millions de musulmans de culture et de religion. C’est suicidaire pour l’unité du pays. 

C’est pour cela que la campagne #Boycott_French_Products vise aussi à dénoncer la promesse quelque peu dangereuse du président français de ne pas renoncer à la diffusion des caricatures de Mahomet de Charlie Hebdo. Il y a un temps pour tout et il apparaît regrettable pour bon nombre de Français aussi que la liberté d’expression soit actuellement résumée à quelques dessins somme toute assez vulgaires et grossiers. Or, au nom de la laïcité, et de cette liberté d’expression si chère qui devrait être sans limites, la France glisse de plus en plus vers un fossé et dans un risque d’embrasement sociétal, alors que quelques mots élyséens auraient pu dans un premier temps, le temps de l’hommage et du deuil, réitérer l’importance lexicale de séparer avant tout islam et islamisme. Il n’y a pas que le voile et des caricatures pour gérer la question d’islam en France. Dans une logique de «concorde civile», il paraît essentiel de ménager la plus forte communauté musulmane d’Europe ne l’oublions-pas, non pas parce qu’elle devrait être privilégiée, mais parce qu’une large partie n’a rien à voir avec ce de quoi on l’accuse. Le bras de fer politique contre la société ne peut plus fonctionner pour ramener la paix, tant les tensions sont exacerbées depuis des années. Mais n’est-ce-pas avant tout le rôle d’un président de la République, que de veiller à l’unité plutôt que diviser davantage ? Il y aurait dû avoir davantage de mots dans ce sens aussi mercredi dernier. 

Maintenant, nous sommes en France, et la France n’est pas par hasard la cible des terroristes islamistes depuis des années. Tout cela, ils le savent : la possibilité d’instrumentaliser les communautés musulmanes vu le nombre de ses membres, la loi sur la laïcité qu’ils résument à souhait à une loi islamophobe, la présence qu’ils jugent arrogante et scandaleuse de Paris sur un certain nombre de terrains extérieurs pour essayer de lutter en vain contre leur implantation notamment au Sahel. Ils savent aussi que la France ne se lasse jamais de polémiques et de débats visant à stigmatiser les musulmans, et cherchent à pousser un peu plus loin leur emprise locale en se nourrissant aussi d’une forme de victimisation parfois excessive de certains d’entre eux. Mais entre se concentrer sur les ressorts de l’islamisme violent en France et mettre en place tout un arsenal de mesures, dont le délit de séparatisme qui promet de beaux jours aux tribunaux et à la jurisprudence, et risquer de braquer toute une frange croissante de la population plutôt que de négocier et œuvrer au renforcement des institutions de l’islam par exemple qui pourraient faire ce «ménage» et renverser la vapeur en réinstillant dans la société ce qu’il y’a de meilleur de l’islam des Lumières, il y a un monde.

C’est tout le défi de la France pour les années à venir que le monde politique par méconnaissance manque à relever intelligemment et aujourd’hui, c’est un peu de Daech qui a déjà gagné et nous ne nous en rendons même plus compte. L’organisation islamiste avait prévu, par quelques attentats, ce qu’il se passerait et savait pouvoir compter sur le levier des musulmans, qui majoritairement n’ont rien à voir avec elle et nous le savons, pour ébranler toute la société. Si nous ne revenons pas à la raison, et si la classe politique poursuit dans ce déchaînement des passions polarisantes, c’est bien ce qu’il risque d’arriver. Et par effet centrifuge, nous renforcerons la place des groupes terroristes et leur excitation pavlovienne à vouloir tenter de nous détruire. Le problème majeur est que l’opinion s’est déjà radicalisée, et que dans ce cirque du pain et des jeux, le bruit des bottes gronde pour certains, le risque de basculement dans une guerre civile n’est plus très loin pour les autres.

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