Susan George : «Si le TTIP est accepté, c'est la mort de la démocratie»

Susan George, militante alter-mondialiste et écrivaine à un meeting en 2009© Stephane Mahe Source: Reuters
Susan George, militante alter-mondialiste et écrivaine à un meeting en 2009

Trois millions de signatures ont été récoltées par une pétition réclamant l'arrêt des négociations du Traité Transatlantique, qui sera remise demain à Bruxelles. Susan George, Présidente d'honneur d'Attac et membre du collectif Stop-TTIP répond à RT


RT France : Tout d'abord, pouvez-vous nous expliquer les raisons pour lesquelles vous êtes opposée au TTIP ?


Susan George : Ce traité a été préparé de longue date par des organisations transnationales de part et d'autre de l'Atlantique. 70 multinationales se sont réunies en 1995 et ont été soutenues par la Commission et la Direction du Commerce Européen d'un côté, et par le Département du Commerce des États-Unis de l'autre afin de développer leurs projets. De fil en aiguille, ces réunions informelles sont devenues des institutions officielles, comme le Conseil Économique Transatlantique, afin d'imposer leurs exigences, notamment dans le domaine agricole, afin de faciliter l'entrée de produits américains dans l'Union Européenne en abaissant les barrières douanières.

De plus les compagnies veulent imposer l'harmonisation des normes entre les deux blocs, et je crois que le scandale Volkswagen montre bien que ce n'est pas du tout une bonne idée. C'est la même problématique en ce qui concerne les produits sanitaires, pharmaceutiques ou chimiques etc. Dans l'ensemble, nous avons en Europe des normes plus strictes qu'aux États-Unis. A titre d'exemple, l'Union Européenne a rejeté 1 200 produits chimiques alors que dans le même laps de temps, les Etats-Unis n'en n'ont interdit que 5. Nos philosophies de régulations sont très différentes, les américains n'appliquent jamais le principe de précaution.

Troisièmement, il y a le problème du tribunal d'arbitrage, indépendant des gouvernements et qui pourra sanctionner les Etats qui adopteront des législations qui pourraient entraver les profits des profits des industriels comme l'interdiction des OGM ou encore de l'exploitation du gaz de schiste. Ceci est une attaque directe contre la démocratie.

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RT France : En 2014 votre collectif avait déjà essayé de faire passer une Initiative Citoyenne Européenne pour dénoncer ce traité, comment a-t-elle été reçue ?

Susan George : Nous avions effectivement fait une demande en bonne et due forme rédigée par des avocats allemands qui nous avaient assuré qu'il n'y avait aucun problème juridique. Mais la Commission Européenne nous en a refusé l'enregistrement pour des motifs relativement abscons. Nous avons donc décidé de nous auto-organiser et de faire cette pétition nous-même, tout en suivant les critères légaux de l'Initiative Citoyenne. C'est à dire réunir en un an, ce qui se termine ce soir à minuit, 1 million de signatures provenant d'au moins 7 pays de l'Union Européenne qui ont atteint leur quota officiel.

Ces deux derniers jours, le Portugal nous a rejoint, et nous avons dépassé les trois millions de signataires pour la pétition, dont 500 organisations, que nous remettrons demain matin. Les seuls pays qui n'ont pas atteint leurs quotas sont les trois pays Baltes, ainsi que Malte et Chypre. Mais tous les autres, t compris la Pologne, la Bulgarie et la Hongrie ont réunis suffisamment de signature. C'est la première fois que l'on voit une telle unité entre l'Est et l'Ouest. C'est vraiment significatif.

RT France : Votre initiative se déroulant en dehors du cadre légal européen, pensez-vous pouvoir obtenir un résultat malgré le nombre important de signatures récoltées ?

Susan George : J'espère que la Commission, si elle a le moindre regard pour la démocratie (ce qui est de moins en moins certain) organisera ce qu'elle aurait déjà du faire, c'est à dire un débat parlementaire ainsi que des auditions, avec que la voix des citoyens soit entendue sur ce sujet. Nous avons dépassé le nécessaire légal de signatures de trois fois, ce qui représente la plus grande Initiative Citoyenne Européenne jamais réalisée. Nous ne nous arrêterons pas en si bon chemin et poursuivrons nos activités contre la ratification de ce traité avec ce collectif.

Car, comme vous le savez, le Partenariat Trans-Pacifique a été voté hier. Si le TTIP venait à être voté, cela mettrait les États-Unis au milieu d'un véritable empire, regroupant les trois-quart du commerce et les deux-tiers du PNB mondial. Ce pays serait alors dans une position géopolitique absolue, et cela signifierait la mort de la démocratie. Je refuse de l'accepter.

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