Interdiction des vols russes : «Un gouvernement qui ne gouverne pas dans l’intérêt de l’Ukraine»

L'avion de la compagnie aérienne Aeroflot Source: RIA NOVOSTI
L'avion de la compagnie aérienne Aeroflot

La compagnie aérienne Aeroflot a reçu la notification officielle des autorités ukrainiennes lui interdisant le survol de son territoire. RT France s’est entretenu avec l’animatrice du blog «Russie Politics» Karine Bechet-Golovko à ce sujet.

RT France : L’interdiction des vols russes sur le territoire ukrainien entre en vigueur le 25 octobre. Quelles pertes cela va-t-il occasionner à Aeroflot ?

Karine Bechet-Golovko : Selon la presse russe, Aeroflot va afficher une perte de 2 millions de dollars par trimestre, ce qui est largement inférieur aux pertes ukrainiennes.

RT France : Et justement, pour l’Ukraine ?

Karine Bechet-Golovko :  Les pertes ukrainiennes sont directes et indirectes. Les pertes sèches s’élèveront jusqu’à 35 millions de dollars par trimestre. Il faut rappeler que l’Ukraine est dans une situation de défaut de paiement, c’est un défaut sélectif qui permet à l’Ukraine de garder le soutien du FMI et de l’UE. Il y aura également des pertes d’exploitation que vont afficher les aéroports parce que les avions russes ne s’y poseront plus, comme ce sera le cas pour l’aéroport de Kiev Juliany, qui va perdre environ 30% de ses ressources. Sans parler des pertes indirectes pour les passagers, 70% des voyageurs sur ces liaisons sont des Ukrainiens. Ces gens-là seront obligés soit de prendre le train, soit de transiter par d’autres pays pour arriver en Russie, ce qui voudra dire augmentation du coût du trajet.

RT France : Est-ce que la décision de suspendre les vols russes est justifié sur fond de l’annonce de l’agence Standard&Poor's de la baisse de la note ukrainienne à SD, défaut de paiement ?

Karine Bechet-Golovko : Non, pas du tout. Il faut comprendre que de toute manière tout ce qui ressort de la politique ukrainienne depuis le putsch en février 2014 qui a eu lieu à Kiev faisant fuir le président ukrainien légitime et les élections juridiquement largement sujettes à caution de Monsieur Porochenko, c’est un gouvernement qui ne gouverne pas dans l’intérêt de l’Ukraine. Si vous renversez le pouvoir que vous estimez corrompu, vous devez mettre en place une politique d’union nationale, c’est-à-dire réunir tout le monde autour de vous. Les autorités en place ont à leur tour commencé à faire la guerre à la moitié de leur pays, à vouloir détruire la moitié de leur population, à déclarer leur voisin comme ennemi mortel alors qu’ils sont historiquement liés. Il n’y a aucune politique économique si ce n’est détruire l’économie existante. Maintenant avec le blocus aérien de la Russie ils mettent à mal les compagnies aériennes ukrainiennes. C’est complètement absurde, ce n’est pas une politique rationnelle. La question se pose – qui prend les décision et dans quel intérêt ?

RT France : Une pétition existe sur le site du président Porochenko qui vise à interdire le fonctionnement des banques russes sur le territoire ukrainien. Est-ce envisageable à votre avis ?

Karine Bechet-Golovko : Honnêtement, quand on voit tout ce qui se passe, je dirais que tout est possible. Du point de vue rationnel, on dirait que ce n’est pas possible, le système bancaire ukrainien étant déjà très mal à point, au moins les banques russes sont plus fiables et présentent une assise financière plus forte.

Maintenant il est tout à fait possible que le pouvoir en place mette «hors-la-loi» les banques russes, ayant besoin pour rester en place de continuer à déstabiliser la situation, parce que pendant ce temps-là il n’y a pas besoin de gouverner. Cela entraînera une déstabilisation encore plus importante du système bancaire ukrainien. A un moment donné il faudra reconnaître le défaut de paiement et cela va accélérer la chute. Pour l’Ukraine cela ne va pas changer grand-chose.

RT France : Toutes ces annonces surviennent quelques jours avant l’intervention de Porochenko à l’Assemblée générale de l’ONU. Est-ce lié ?

Karine Bechet-Golovko : Je dirais que le calendrier s’enchaîne, mais ces annonces sont liées à l’évolution naturelle de la situation. Sur le plan international, il doit y avoir une rencontre entre Poutine et Obama, ce qui annonce déjà un changement plutôt positif dans les relations américano-russes. Pour autant, pour être réaliste elle ne pourra rien changer sur le fond parce qu’il existe un conflit insurmontable tant que les Etats-Unis mènent cette politique à l’international qui ne laisse pas de place à un monde multipolaire.

RT France : Quel est le message que les autorités ukrainiennes envoient avec ce train de mesures avant le début des pourparlers au format Normandie le 2 octobre ?

Karine Bechet-Golovko : Qu’ils sont toujours prêts à discuter. Il ne peut pas y avoir de résolution politique dans le conflit ukrainien, parce qu’il est mondial dans le sens où vous avez deux clans dont la zone de front en Europe est l’Ukraine. Dans les faits, Kiev montre que de toute manière il n’y aura pas de solution politique parce qu’elle a confirmé la doctrine militaire en faisant de la Russie l’ennemi numéro 1. Toutes les mesures et les déclarations sont faites comme si une guerre était déclarée entre les deux pays. 

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