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L’Union européenne a les mains propres

L’Union européenne a les mains propres© Yves Herman Source: Reuters
Des drapeaux européens dans le quartier bruxellois de la Commission européenne (image d'illustration).

Analysant la réaction de Bruxelles à la crise sanitaire du coronavirus, Philippe Mesnard, rédacteur en chef de Politique Magazine, impute à l'Union européenne une lourde responsabilité dans la situation que traversent certains de ses pays membres.

Vendredi 3 avril, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, expliquait sur Europe 1 que l’Europe – c’est-à-dire l’Union européenne – sortirait renforcée de la crise. Samedi 4 avril, elle a publié, dans Le Monde, une tribune dans laquelle elle vantait, avec ce ton cucul-pathétique qu’adopte souvent l’élite pour parler au peuple, le grand effort collectif européen : «Nous avons vu ces dernières semaines des médecins et des infirmiers à la retraite répondre à l’appel du devoir. […] Des restaurants préparent des repas au personnel médical épuisé. Les grandes marques de mode fabriquent des blouses médicales, et les constructeurs automobiles produisent des ventilateurs.»

Une fois les lecteurs émus, elle enchaîne avec une habile métaphore : «Il n’y a pas que le virus qui est contagieux ; la solidarité aussi est contagieuse. Cette solidarité est au cœur même de l’Europe et c’est ce qui va lui permettre de renaître : l’Europe qui unit ses forces pour réaliser ensemble ce qu’aucun d’entre nous ne pourrait faire seul. Aujourd’hui, l’Europe répond "présent" et travaille d’arrache-pied chaque jour pour sauver le plus de vies possible, protéger le plus d’emplois possible et pour relancer notre économie le plus possible.»

Mais non. L’Union européenne ne répond pas «présent». Les habitants de chaque pays répondent présent, et ce n’est pas l’Union européenne qui les y a incités. Ils ne l’ont pas attendue, fort heureusement.

L’Union européenne, qui a sans cesse exigé de ses États membres qu’ils maîtrisent leurs dépenses de santé, a au contraire activement contribué à la disparition de dizaines de milliers de lits d’hôpital dans ses Etats

L’Union européenne a, comme d’habitude, été incapable de proposer une réponse collective à l’épidémie. L’Union européenne est encore aujourd’hui incapable d’accuser la Chine communiste de nous avoir infestés, et d’en tirer les conséquences diplomatiques, en commençant par exiger des réparations. L’UE a laissé l’Italie sombrer dans la crise, pendant que les Français se moquaient d’elle, l’Allemagne refusant de livrer son matériel. L’UE a laissé le gouvernement français mentir aux citoyens sur les mesures prophylactiques. L’UE a laissé chaque Etat réagir comme bon lui semblait, quitte à léser les intérêts des autres Etats – des égoïsmes nationaux qui ne sont finalement pas une mauvaise politique au regard de l’absence de politique sanitaire européenne. L’Union européenne a été incapable de bâtir une Europe sanitaire, une souveraineté sanitaire européenne.

L’Union européenne, qui a sans cesse exigé de ses Etats membres qu’ils maîtrisent leurs dépenses de santé, a au contraire activement contribué à la disparition de dizaines de milliers de lits d’hôpital dans ses Etats, à la disparition d’une industrie pharmaceutique européenne, à la délocalisation – en Chine ! – de la fabrication des médicaments et du matériel de soin. Tests, respirateurs, masques, médicaments, l’outil industriel a disparu, les savoir-faire ont disparu, et quand ils sont présents, ce sont les matières premières qui manquent, l’Union européenne étant incapable de les fournir. Ce n’est pas l’Europe qui a coordonné les efforts des industries privées pour passer en économie de guerre. Ce n’est pas l’Europe qui a coordonné la lutte contre les produits chinois déficients, tests et masques, que ses Etats ont commandés et dont ils se sont aperçus, seuls et successivement, qu’ils étaient scandaleusement défectueux.

Et la politique immigrationniste européenne, réclamait-elle que les frontières restent ouvertes, dans un geste fou de défi idéologique à l’épidémie ? Frontières désormais fermées, mais pour tomber dans un autre excès : que fait l’Union européenne quand la Pologne interdit à l’aide russe d’être acheminée en Italie ? La solidarité européenne exige-t-elle que les Italiens meurent, sacrifiés sur l’autel de la politique étrangère sous influence américaine de l’Union européenne ? Que fait l’Union européenne quand la France s’approprie les masques que la Suède avait commandés ? L’Europe du Nord ne veut pas aider l’Europe du Sud, et l’échec des "coronabonds" en est la preuve. Le ministre des Finances néerlandais, Wopke Hoekstra, a demandé à la Commission d'enquêter sur les raisons de l'absence de marge de manœuvre budgétaire de certains pays pour faire face à la crise du coronavirus. Belle solidarité !

L’Union européenne veut sauver la fiction d’une fédération apportant sécurité, paix et prospérité à ses membres. Elle ne réussira qu’à sauver sa technocratie

En fait de solidarité, l’Union européenne propose de ranger les pays, dont la France, sous la coupe du Mécanisme européen de stabilité (MES), qui sauvera sans doute le système financier mais surtout imposera aux pays des réformes structurelles sous contrôle de la Commission. Bruno Le Maire, qui sait ce que l’UE pense de la France, plaide pour une «utilisation du mécanisme européen de stabilité (MES) sans condition excessive et sans singulariser un Etat ou un autre»… L’Union européenne veut sauver la fiction d’une fédération apportant sécurité, paix et prospérité à ses membres. Elle ne réussira qu’à sauver sa technocratie, et chaque pays pourra compter ses morts. Quant à Ursula, elle a réalisé une vidéo pédagogique dans laquelle elle se lave les mains en fredonnant l’hymne à la joie. C’est ce que l’histoire retiendra : l’Union européenne se lavait les mains pendant que les Européens mourraient.

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