Nadia Le Brun est journaliste, écrivain et consultante auprès de groupes de presse. Elle a dirigé plusieurs titres nationaux et elle écrit actuellement des livres d’investigations.

Emmanuel Macron : du culot aux sans-culottes

Emmanuel Macron : du culot aux sans-culottes© Philippe Wojazer Source: Reuters
Un Gilet jaune à Gaillon, le 6 décembre 2018 (image d'illustration).

La journaliste Nadia Le Brun revient pour RT France sur la gestion par le président de la République Emmanuel Macron des tensions croissantes avec les Gilets jaunes.

Il avait pourtant mouillé le maillot durant la campagne présidentielle. Inconnu au bataillon avant de devenir ministre de l’Economie en 2014, une nomination opportune pour atteindre la plus haute fonction de l’Etat. Afin de parvenir à ce que lui dictait son ambition politique, il avait d’abord acquis un statut de people en vendant à la presse l’image de son couple atypique et puis avait fait miroiter aux Français un nouveau monde merveilleux. Jeune, déterminé, enthousiaste, valeureux, prometteur d’un avenir plein d’espoir pour la République, il avait été médiatiquement adoubé et soutenu par le grand capital.

Mais une fois arrivé à l’Elysée, l’élu avait pris des allures de monarque en gouvernant le peuple à la manière d’un roi sur le Tiers état. Aux très riches, il avait accordé des privilèges et, aux plus pauvres, infligé des taxes. Qu’ont rapporté financièrement à l’Etat les cadeaux fiscaux aux nantis ? Rien, après 18 mois de mandat. Ce qui est regrettable, c’est que l’élu ait mené parallèlement une politique injuste envers les plus modestes. Ajouté à cela, il y a ce que de nombreux Français ont ressenti comme des provocations :  la piscine à Brégançon, la nouvelle vaisselle et les travaux d’aménagement de l’Elysée. Sans revenir sur ses propos déplacés à l’égard de «ceux qui ne sont rien» et ses déplacements à bord du Falcon présidentiel pour faire des sauts de puce. Pas très écologique de la part de celui qui taxe les petits budgets au nom de l’environnement. A l’heure, où le président demande aux citoyens de se serrer la ceinture, il devrait s’appliquer la même ligne de conduire, être exemplaire, irréprochable. Raté ! On pense à Victor Hugo : le plus excellent symbole du peuple, c’est le pavé. On marche dessus jusqu’à ce qu’il vous tombe sur la tête». Tiens donc…

«C’est la faute à Macron»

Parole de Gilet jaune : «Macron, c’est un petit garçon, vous savez ces gamins qui se défilent lorsqu’on les gronde après une bêtise, en répondant : "Ce n’est pas moi, c’est lui". Facile de dire que si on en est là, c’est à cause des gouvernements précédents. Pourtant, c’est bien Macron qui a pris ses décisions, qui a refusé de nous écouter, d’apporter des solutions concrètes pour notre pouvoir d’achat et qui refuse encore de revoir l’ISF.»

Et c’est là que le bât blesse. «Quand on sème la misère, on récolte la colère», déclare un autre Gilet jaune qui regrette «l’incohérence», «l’inconscience», «la défaillance», «l’obstination malsaine» du président de la République face au désespoir français.

«Je suis normand, poursuit un manifestant et je m’étonne qu’Edouard Philippe, l’ancien maire du Havre, reste au gouvernement. Il devrait claquer la porte comme Hulot et Collomb, pour sortir grandi de cette hécatombe. Parce qu’auprès de Macron, qui le désavoue et l’utilise comme fusible, il passe vraiment pour un guignol», explique un autre.

«Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne», déclarait Jean-Pierre Chevènement, en 1983, alors qu’il était ministre de la Recherche et de l’Industrie sous le gouvernement de Pierre Mauroy. Si le départ d’Edouard Philippe bruisse, pour l’heure, il le dément, en déclarant sa volonté d’accomplir sa mission à la tête du gouvernement. A l’inverse de Gérald Darmanin ou de Bruno Le Maire, anciens élus Les Républicains (LR) comme lui, Edouard Philippe n’a pas adhéré au mouvement en Marche. La raison ? «Je suis un homme de droite, mais je n'ai jamais considéré que la droite avait raison par principe et que la gauche avait tort par principe. Aujourd'hui je suis le chef d'une majorité qui transcende les clivages anciens», avait-il confié, en 2017, au Journal du Dimanche.

Après l’affaire Benalla, les démissions de ministres Nicolas Hulot et Gérard Collomb, la cote de confiance d’Edouard Philippe n’avait pas décroché, à la différence de celle du président de la République. Ce qui avait fait grincer des dents sa garde rapprochée : Emmanuel Macron lui reprochait de ne pas être entré en religion dans la Macronie, de ne pas assez monter au créneau pour protéger Jupiter. Et puis, contrairement aux petits soldats de La République en marche (LREM), il n’avait pas approuvé la nomination de Christophe Castaner au ministère de l’intérieur, dont on a vu l’incompétence lors des dernières manifestations.

Toutefois, à la veille des élections européennes où LREM risque de prendre un retour un bâton, la démission d’Edouard Philippe serait-elle de bon augure pour Emmanuel Macron, qui espère tant de ce scrutin européen, même si, ça risque fortement d’être un naufrage pour son parti ?

Après tout, poussé en première ligne par l’Elysée, Edouard Philippe sert de rempart au président contesté, «qui n’a toujours pas daigné à s’adresser à la nation», comme nous le dit un Gilet jaune. La question demeure : jusqu’à quand le chef du gouvernement supportera-t-il de jouer le fusible, alors qu’il se fait traiter de branleur par Emmanuel Macron, selon le Canard Enchaîné ? «Son allocution lors du G20, en Argentine était désolante et méprisante, se plaint un Gilet jaune : il est irresponsable de ne pas avoir réagi face à la situation catastrophique ni pris la mesure du ras le bol national. Nous devons continuer le combat jusqu’à la dissolution de l’Assemblée». Et l'intéressé de déplorer la manipulation politique et médiatique de l’opinion en faisant régner la peur pour la diviser.

La détestation française pour l’inégalité atteint son paroxysme. 87% des sondés par l’institut YouGov jugent inéquitable la répartition des richesses. 55% souhaitent la dissolution de l’Assemblée nationale et la moitié d’entre eux, la démission du chef de l’Etat, mais force est de constater que c’est avant tout la personnalité du président de la République qui cristallise le rejet.

Ce n’est pas – pas encore ? – 1789, mais Emmanuel Macron est déjà marqué à la culotte par les sans-culottes en droit de manifester leur révolte.

Lire aussi : «Marre de donner toujours aux riches» : témoignages de Gilets jaunes à Paris (VIDEOS)

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