Contrer l’axe turco-irano-russe en Syrie : les USA en ont-ils désormais seulement les moyens ?

Contrer l’axe turco-irano-russe en Syrie : les USA en ont-ils désormais seulement les moyens ?© Mark Thomson Source: AFP
Le drapeau des Etats-Unis d'Amérique.

Les Etats-Unis entendent toujours rester le gendarme du monde et maintenir leur présence dans le monde arabe, malgré les promesses de campagne de Trump. Mais cet objectif est-il toujours réaliste ?

Quand Donald Trump avait promis dès la campagne pour l’élection présidentielle en 2015 qu’il œuvrerait pour que les USA se recentrent sur leurs propres problèmes avant de régler ceux des autres, cela valait en réalité davantage pour la sphère économique que pour la diplomatie.

Accusant son prédécesseur de lâcheté et de faiblesse, il changea vite de fusil d’épaule pour tenter de renforcer la présence américaine au Moyen-Orient, délaissé par Obama. Pour l’actuel président, Barak Obama avait laissé un pays en proie au doute, au dialogue, à la modestie, à la fragilité. Les Américains n’ont pas les moyens de faiblir. Le bourbier syrien laissé par l’ancien président démocrate ne pouvait pas trouver une issue sans que les USA s’en mêlent. Pourtant, ils ne sont toujours pas les plus avancés. Déléguant une partie de son influence, conviction et idéologie à son précieux allié fantasque saoudien, Trump savait très bien qu’à l’issue de l’effondrement de Daesh, il faudrait forcer le retour américain sur place. Et même si les Américains ne mesurent pas toujours tous les enjeux, c’est ce qu’ils attendent : rester le gendarme du monde et maintenir leur présence dans le monde arabe.

«Make America great again» n’était pas qu’un slogan, il est un programme, tout le programme. Là où Barack n’aurait pas «pu» malgré son «Yes we can», Trump est en train d’offrir sur un plateau doré dont il a le secret, vu ses goûts en décoration d’intérieur, mieux que la grandeur : l’illusion de la grandeur. Peu importe la réalité, peu importe la vérité, tout combat qui est mené pour les Américains, au nom des Américains dans le monde entier, passe par une priorité : les Américains. Et face à l’ennemi russe redevenu puissant et encombrant, et  qui a tiré son épingle du jeu lors de la guerre en Syrie en faisant le choix de la stabilisation pour le moment, Trump est désormais prêt à se repositionner dans le moindre confetti géographique du chaos moyen-oriental. Soufflant le chaud et le froid en ayant déjà provoqué la crise du Quartet contre le Qatar en apportant son plein soutien à Mohamed Ben Salmane, le président américain n’a plus les moyens d’envenimer d’autres terrains conflictuels. Il n’a qu’un objectif actuellement sur la Syrie : ne pas laisser la Russie s’installer confortablement et durablement dans le pays de Bachar el Assad et renforcer son camp avec la Turquie et l’Iran.

Pour cela, l’armée américaine va déjà surveiller la frontière nord de la Syrie afin d’éviter les tensions entre la Turquie et les Kurdes de Syrie, qui sont alliés de la coalition internationale anti-djihadiste et qui se sont battus becs et ongles contre Daesh. Le ministre américain de la Défense, Jim Mattis, affirmait fin novembre dernier : «Nous sommes en train d'installer des tours d'observation dans plusieurs zones le long de la frontière syrienne, la frontière nord de la Syrie.»

Au-delà de ce positionnement stratégique, l’objectif américain est de canaliser l’expansionnisme turc qui pourrait profiter de la situation pour en finir avec ce qu’Erdogan appelle le terrorisme kurde. Bien évidemment, les tensions croissantes avec Ankara ne datent pas d’hier et le soutien indirect de la Turquie à Daesh au moment de la guerre en Syrie pour affaiblir les Kurdes n’a rien amélioré. Déjà en avril 2018, l’agence de presse étatique turque annonçait que les Etats-Unis construisaient deux bases au nord de la Syrie dans la région de Minbej, là même ou les Turcs souhaitaient en finir au printemps dernier avec les groupes kurdes locaux. La région enfin sécurisée avait été reprise à Daesh en 2016 grâce à l’action de la coalition internationale, des forces démocrates syriennes et des unités de protection du peuple (YPG), donc kurdes. Mais pour Ankara, cela ne suffisait évidemment pas.

Erdogan qui cherche historiquement à obtenir l’extradition de son ennemi juré, Fethullah Gülen réfugié aux Etats-Unis et accusé par lui d’avoir fomenté la tentative de putsch de 2016 contre lui, dispose depuis l’affaire Khashoggi d’atouts importants pour faire pression sur Washington et sur son allié saoudien afin de négocier le sort des Kurdes. Les vidéos de l’ambassade à Istanbul sur l’assassinat du journaliste d’opposition valent de l’or. Car pour les Etats-Unis, qui, selon la Turquie, auraient poussé à l’édification d’un Etat kurde au Nord de Syrie, le jeu est dangereux : personne n’est dupe sur la responsabilité quasi assurée du prince Mohamed Ben Salmane dans l’assassinat de Khashoggi, et pourtant Trump lui a renouvelé son soutien. Pour l’Amérique, les Kurdes sont les derniers alliés locaux face à l’axe mené par Moscou. Mais la Turquie a besoin de l’Arabie saoudite et de son argent pour renflouer ses caisses et espérer avoir relevé la barre après une économie en chute libre et ce à l’approche du centenaire de la République turque de 1923.

Washington cherche enfin à éviter le renforcement de l’arc turco-irano-russe dans une région en pleine recomposition en imposant leur présence militaire. Mettre un pied en Syrie à l’heure actuelle est le meilleur moyen d’éviter que Vladimir Poutine, Hassan Rohani et Recep Tayyip  Erdogan se partagent le gâteau de la «victoire» en laissant de côté les Occidentaux. Trump comprend aujourd’hui, et nous de même, à quel point, ce fût une erreur pour Washington de se retirer précisément à ce moment-là du Moyen-Orient dès le début de la guerre en Syrie. La nature a horreur du vide et ses puissants ennemis du moment sont en train de se jouer d’eux depuis la guerre désormais dans le processus tripartite d’Astana, censé œuvrer pour la résolution du conflit au plus vite. En se passant des Etats-Unis. En se passant des Nations-unies. Est-ce que finalement Trump, en installant ses deux bases, qui ressemblent à un cataplasme sur une jambe de bois, et qui ne suffiront pas à marquer l’empreinte américaine durablement au-delà de la Syrie, ne finit-il pas par craindre que cela puisse-être vraiment possible dans le monde d’aujourd’hui ?

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