Nadia Le Brun est journaliste, écrivain et consultante auprès de groupes de presse. Elle a dirigé plusieurs titres nationaux et elle écrit actuellement des livres d’investigations.

Les «gilets jaunes» cocus font grise mine !

Les «gilets jaunes» cocus font grise mine ! © Antony Paone Source: Reuters
Des «gilets jaunes» bloquent l'accès à la raffinerie de Grandpuits, à l'est de Paris, le 20 novembre 2018.

Le mouvement social spontané des «gilets jaunes» se poursuit dans toute la France. La journaliste et écrivain Nadia Le Brun revient sur cette vague et sur l'attitude d'un gouvernement qui l'a provoqué et qui semble vouloir l'ignorer.

La vie n’est pas rose pour les Français avec ce président qui fait broyer du noir. Il leur avait promis un mandat haut en couleur mais ce sont des heures sombres qu’il fait endurer. Avec Jupiter, c’est l’enfer. L’enfer des pauvres qui fait le paradis des riches. Un nouveau monde sacrificiel, où l’on navigue en eaux troubles et vogue la galère !

La majorité des citoyens ne croit pas au mea culpa d’Emmanuel Macron

Et le triste constat des citoyens d’avoir été menés en bateau par celui qui voudrait sembler profond et qui s’efforce d’être obscur. Contrairement à celui qui se sait profond et s’efforce d’être clair. «Amateurisme, fumisterie, démagogie ou imposture», entend-on, entre autres, dans les rangs des manifestants en ce 17 novembre. La France voit rouge ; elle exprime son ras-le-bol de cette technocratie déconnectée de la réalité de la vie.

La majorité des citoyens ne croit pas au mea culpa d’Emmanuel Macron lors de son allocution sur TF1, qui reconnaissait face à l’ampleur de la colère des «gilets jaunes» «ne pas avoir réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants», ajoutant : «Considérer, c’est entendre quand les gens se plaignent. Les gens ne veulent pas des solutions qu’ils ne comprennent plus, ils veulent des réponses concrètes.» «Tu parles», s’insurge Christophe qui manifeste pour la première fois à Paris. Il traite les gens comme des serfs et des vilains du Moyen-Age. Qu’il arrête de taxer les petits, de parader comme un monarque sous les ors de l’Elysée ou dans les médias et de nous prendre pour des cons sous prétexte d’écologie. Alors qu’il ne respecte pas les engagements fixés du pays en matière environnementale ! On l’a élu pour apporter des solutions justes et dans l’intérêt commun, qu’il se mette enfin au boulot !»

Pour les Français, ce gouvernement prendrait des mesures en dépit du bon sens, serait à la botte de Bercy et de ses technocrates qui réforment tous azimuts, déconnectés de la réalité. Pompé, taxé, imposé, le peuple… se paupérise et s’inquiète. Il est déçu par ce candidat de la campagne présidentielle 2017, ni de droite, ni de gauche, citoyen, jeune, déterminé qui promettait le nouveau monde, un monde meilleur.

Plutôt que de perdre son temps à vouloir une armée européenne alors qu’on sait que c’est de la poudre aux yeux, il devrait exiger auprès des GAFA de respecter notre loi fiscale

Des promesses qui n’engagent que ceux qui n’y croient plus ! Ceux-là font le triste constat d’avoir été dupés par le président de la République qui ne fait qu’appliquer les vieilles recettes du néolibéralisme.

«Pourquoi, face à la gravité de la crise, Emmanuel Macron n’a pas fait un travail de fond et inventé un nouveau modèle politique et économique», interroge Laura, infirmière, les baskets assorties à son gilet jaune, qui fait une quarantaine de kilomètres par jour au volant de son véhicule diesel, 130 000 kilomètres au compteur, pour se rendre à l’hôpital où elle travaille. «C’est à se demander s’il est au niveau pour nous embrouiller ainsi,» poursuit-elle avant de livrer sa «logique de pensée» : «Puisqu’il n’y a pas de retombées financières suite à l’énorme cadeau fiscal fait aux plus fortunés, il pourrait les menacer de les taxer, s’il n’y a pas d’effet sur la consommation et l’investissement en France. Et plutôt que de perdre son temps à vouloir une armée européenne alors qu’on sait que c’est de la poudre aux yeux, il devrait exiger auprès des GAFA de respecter notre loi fiscale et les obliger à payer leurs impôts chez nous comme vient de faire le Royaume-Uni.» Ah, le bons sens populaire, inaudible de notre technocratie hors sol, trop éloignée de la réalité de la vie…

Que penser de l’intervention médiatique du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner en cette matinée du 17 novembre, accusant les «gilets jaunes» d’avoir causé la mort d’une automobiliste. Pour des manifestants, ça semble être de l’instrumentalisation politique pour réagir aussi vite après ce tragique accident. Toutefois, deux jours plus tard, Castaner, durcit le ton, dénonce les dérives, menace, exige la fin du mouvement. Il signe la première fissure dans la majorité. En effet, Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères appelle à «entendre la souffrance des gilets jaunes», plaide pour la mise en place d’un «observatoire des inégalités». Même son de cloche chez les députés La République en marche (LREM). Brigitte Bourguignon demande à renouer le dialogue ou encore Patrick Vignal, estime que l’exécutif fait fausse route : «On ne peut pas dire aux gens je vous écoute et je vous entends mais je ne changerai pas de cap, ce discours n'existe pas en politique. On ne peut pas mettre dos-à-dos la France des ronds-points et la France des avenues.»

Quand un homme exprime son mépris avec vulgarité, il démontre son imbécillité

A contrario des élites, si promptes à donner des leçons, à l’image de Bernard-Henri Lévy, pour qui les gilets jaunes ne sont pas l’émanation du pays réel et traite ces Français qui manifestent pacifiquement leur souffrance de poujadistes, affirmant son soutien à  Macron au nom de l’écologie.

Quand un homme exprime son mépris avec vulgarité, il démontre son imbécillité. Comment ces nantis qui n’ont pas à choisir entre un repas équilibré pour leur famille et un plein d’essence nécessaire à la mobilité, peuvent ignorer les réelles ressources financières et les conditions de vie du peuple ou encore le manque de transport en commun dans les régions rurales ? Sur quelle planète vivent-ils ? A des années-lumière de la vraie France, semble-t-il !  A gouverner dans la démagogie à outrance, l’exécution des règles du capitalisme déclinant, la vacuité du pouvoir qui manque de vision et d’envergure politique en réformant le pays au détriment des classes moyennes et à la solde du grand capital. Deux poids, deux mesures et un tour de passe-passe pour pomper les petits budgets au prétexte de ce que nous appellerons «l’idéoécologie», qui devrait s’accompagner d’une justice fiscale.

Car en réalité, une bien faible partie des taxes sur le carburant est consacrée à la transition écologique. Faut-il rappeler le constat d’échec du gouvernement fait par Nicolas Hulot, démissionnaire exaspéré. «Sur les sujets que je porte on n’a pas la même grille de lecture, on n’a pas compris que c’est le modèle dominant qui est la cause. Est-ce que nous avons commencé à réduire nos émissions de gaz à effet de serre ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à réduire l’utilisation des pesticides ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à enrayer l’érosion de la biodiversité ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à nous mettre en situation d’arrêter l’artificialisation des sols ? La réponse est non.»

Bonnet blanc, blanc bonnet avec les gros bonnets ! De Macron, les Français en ont ras la casquette et en se mobilisant à nouveau, et de façon inédite, car le mécontentement des citoyens non syndiqués ni politisés est tel qu’ils risquent fort de lui faire manger son chapeau.

Lire aussi : «Acte 2» : les «gilets jaunes» prévoient de converger vers Paris le 24 novembre

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