Macron, un an après : et après ?

Macron, un an après : et après ?© Philippe Wojazer
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Douze mois après la prise de fonction d'Emmanuel Macron, le journaliste André Bercoff revient pour RT France sur cette séquence de la vie politique française. Son bilan ? Le meilleur pour les uns, le pire pour les autres.

Il y a donc un an, jour pour jour, que Jupiter est entré dans notre Olympe. Lorsque l’enfant prodige parut, le cercle de famille applaudit à grands cris : de fait, cette victoire que personne n’attendait signa l’effondrement de partis politiques depuis longtemps vermoulus, termitières ravagées par le tout à l’ego, épuisés par des décennies de gouvernements où l’abondance des promesses n’accouchait que de la déficience des résultats. Enfin Macron vint, enfant naturel de la Hollandie fictive et de la chirurgie bancaire. La politique étant une chose trop sérieuse pour être laissée aux politiciens, il fallait une personnalité plastique, adaptable, charismatique et transgenre pour passer aux choses sérieuses.

Une campagne blitzkrieg menée à bride abattue : Fillon éliminé par une séquence qui passera dans l’histoire comme la célébration de l’assassinat considéré comme un des beaux-arts. Se retrouver devant Marine Le Pen garantissait l’embauche au sommet.  

Douze mois ont passé. Que s’est-il vraiment passé ? Le meilleur pour les uns. Le pire pour les autres. Passons sur l’aigreur des apparatchiks des différentes boutiques dominantes, qui n’en revenaient pas d’être ainsi écartés du jeu auquel ils avaient consacré leur vie. A gauche comme à droite, les grincheux font un bilan catastrophe : 200 euros supplémentaires de taxes pour un automobiliste qui fait un plein hebdomadaire de 50 litres ; 22 000 communes dont les subventions ont été réduites ; 7,3 milliards d’euros supplémentaires pour le budget de l’Etat déjà le plus conséquent du monde ; 444 euros de CSG pour un couple avec une retraite commune de 2 000 euros par mois ; réduction de vitesse à 80 km/h sur des routes qui n’en méritaient pas tant ; 500 zadistes choyés et récompensés de leur occupation illégale à Notre-Dame-des-Landes. Les conservateurs et libéraux sont au moins aussi amers : construction de prisons divisée par deux ; près de 800 actes de violence quotidienne par jour en 2017 ; 9 perquisitions anti-terroristes alors qu’il y en avait 4 600 sous l’Etat d’urgence : 262 000 immigrés légaux, chiffre record depuis 43 ans ; 10% des immigrés clandestins en voie de régularisation ; 13% de dotations supplémentaires pour l’Aide Médicale d’Etat ; 20 étrangers radicalisés expulsés, alors qu’il y en a 3 000 fichés dangereux ; 3 mosquées salafistes fermées sur 100 qualifiées comme telles. A la gauche de la gauche, on fustige le président des très riches :  fin de l’impôt sur la fortune : 3,5 milliards. Suppression de l’impôt sur les dividendes : 2 milliards ; flat tax sur les revenus du capital : 4 milliards ; suppression de l’impôt sur la sortie des capitaux : 800 millions. 10 milliards de cadeaux en un an. Macron entérinerait le célèbre constat de Warren Buffet : «La lutte des classes a eu lieu, les riches ont gagné.»

Comme toujours la vérité est plus subtile : incontestablement, sur le Code du travail, Macron a réussi des avancées non négligeables, notamment sur les dommages et intérêts par les conseils des prud'hommes ; le renvoi de la négociation sociale au niveau des branches ; la modification de la durée du travail ; l’instauration de la rupture conventionnelle collective. Sur les autres domaines, l’ouvrage a été mis sur le métier. Baisse de l’impôt sur les sociétés, de la taxe d’habitation mais compensée hélas par les taxes énergétiques et tabagiques, ainsi que la CSG déjà citée. Il a réussi à égratigner sérieusement le mammouth, n’en déplaise aux syndicats et aux adorateurs des droits acquis. Le reste est entamé. Jean-Michel Blanquer ferraille vaillamment sur le terrain de l’école ; en matière de politique étrangère, Macron a su faire l’image et le buzz en recevant Poutine à Versailles, Trump sur les Champs-Elysées, et il n’hésite pas à aller porter la bonne parole de la réforme dans les milieux les plus variés.

Reste que le malaise dans la civilisation française est plus que jamais prégnant, que la France périphérique se sent sacrifiée au profit des start-uppers aussi nomades que mondialisés des métropoles. Le sentiment d’insécurité et de précarité reste plus prégnant que jamais. La communication, les gestes symboliques, les fêtes, le strass et les paillettes c’est bien ; la jeunesse de l’impétrant fait merveille : reste à convertir tout cela pour le citoyen en réconfort sonnant et trébuchant. Certes, le temps politique et surtout le temps économique demeurent totalement contradictoires avec le temps médiatique où tout se passe à la nanoseconde. Voilà pourquoi, tant que l’opposition sera fragmentée en abolis bibelots d’inanités sonores, Macron pourra continuer à œuvrer. Mais au bout du compte, ce sont les actes et leurs conséquences qui décideront. Aujourd’hui, en effet, il va être de plus en plus difficile de dissoudre le peuple même si certains s’y évertuent par tous les moyens.

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