Frappes turques contre les Kurdes : les Etats-Unis ne contrôlent pas leurs alliés au Moyen-Orient

Frappes turques contre les Kurdes : les Etats-Unis ne contrôlent pas leurs alliés au Moyen-Orient© Osman Orsal Source: Reuters
Un avion de chasse F-16 des forces aériennes turques.

La frappe d’Ankara contre les zones contrôlées par les Kurdes en Irak et en Syrie est un gambit politique des Turcs et un message d’Erdogan aux Etats-Unis qu'il n’est pas content de la situation, estime le journaliste Martin Jay.

Mardi 25 avril, les forces aériennes turques ont bombardé deux régions kurdes en Syrie et en Irak, en déclarant que les raids aériens visaient les «terroristes» du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). Les milices kurdes locales – les Unités de protection du peuple kurde (YPG) et les Peshmergas ont annoncé que c’étaient eux qui avaient été soumis à ces bombardements et qu’ils avaient subi des pertes parmi les combattants et les civils.

Dans son commentaire sur la démarche d’Ankara, le département d’Etat américain a souligné qu’il était «très préoccupé» par ces frappes qui ont été lancées «sans coordination adéquate avec les Etats-Unis, ni avec la coalition internationale» contre l’Etat islamique. 

Sur le terrain, ce sont les Kurdes qui mènent la plupart des combats très durs contre l’Etat islamique

Toutefois, le ministre turc des Affaires étrangères a déclaré qu’Ankara avait avisé les Etats-Unis et la coalition internationale de ses plans de bombarder les zones kurdes «plusieurs semaines» à l’avance.

RT a demandé à Martin Jay, journaliste basé à Beyrouth, quel impact les frappes aériennes turques pourraient avoir sur les efforts conjoints pour combattre Daesh.

A son avis, ces raids aériens contre les Kurdes «sont plutôt un gambit politique de la part des Turcs».

«Mais si cela continue, et si cela devient une pratique régulière, il na faut pas oublier que, sur le terrain, ce sont les Kurdes qui mènent la plupart des combats très durs contre l’Etat islamique. Donc, si vous commencez à les bombarder, alors évidemment vous affaiblissez leur capacité à lutter contre les extrémistes. Et cela aura des conséquences ultérieurement», explique-t-il.

«Washington doit prendre en considération ce qui se passe ici. C’est un message de Recep Tayyip Erdogan aux Américains qu’il n’est pas vraiment content de la situation», ajoute le journaliste.

Tous les acteurs régionaux commencent à comprendre que Donald Trump n’a pas vraiment de stratégie politique pour le Moyen-Orient

Quant à la raison pour laquelle les Etats-Unis semblent être incapables de contrôler ses propres alliés,pour Martin Jay «ce n’est pas si facile».

«La nature des relations entre les Etats-Unis et leurs alliés n’est pas vraiment directe, c’est une alliance libre des différents partenaires qui acceptent des instructions pour une période de plusieurs jours, mais il ne s’agit pas d'instructions données heure par heure par Washington sur la façon dont ces forces doivent agir, sur ce qu’elles doivent faire», pointe-t-il. «800 soldats américains en Syrie, ce n’est pas vraiment trop. Et les chars bien sûr ne sont pas très efficaces contre les frappes aériennes.»

Remarquant que la coalition occidentale n’a rien fait pour éviter ces frappes, Martin Jay explique qu’ils font quelque chose, mais que tout se passe très lentement. Pour lui : «Tous les acteurs régionaux commencent à comprendre que Donald Trump n’a pas vraiment de stratégie politique pour le Moyen-Orient, il n’a pas de plan cohérent pour vaincre les extrémistes en Syrie, et il ne sait pas ce qu’il va faire exactement avec ces factions.»

Le journaliste souligne aussi que «de telles choses arrivent, quand il n’y a pas de stratégie à long terme».

Erdogan veut se comporter plus comme une superpuissance régionale, telle que l’Arabie saoudite et l’Iran

Les Etats-Unis ont appelé la Turquie à respecter la souveraineté irakienne, mais on n’a rien vu du pareil à l’égard de la Syrie. «Mais la souveraineté syrienne ne pose pas de problème sérieux pour la Turquie. Les turcs ont une vision très compliquée des relations géopolitiques dans la région. D’un côté, ils optent pour de bonnes relations avec les Russes, ce qui est totalement incompatible avec fait que la Russie soutient Bachar el-Assad. De l’autre côté, ils veulent être un allié des Américains et un membre de l’OTAN, ce  qui signifie en réalité soutenir les Etats-Unis. Mais les Américains ont un programme anti-iranien, ce qui va à l’encontre du projet de la Turquie dans la région pour améliorer les relations dans le domaine commercial et énergétique», estime Martin Jay.

En plus, «Erdogan veut se comporter plus comme une superpuissance régionale, telles que l’Arabie saoudite et l’Iran. Donc, ces frappes ne sont pas vraiment un surprise», conclut-il ajoutant : 

«Les Turcs espèrent qu’ils pourront convaincre les Américains de changer leur position à l’égard des Kurdes et d’arrêter de financer les groupes PKK en Syrie.»

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