Nouvelle loi américaine de lutte contre «la propagande gouvernementale inefficace»

Nouvelle loi américaine de lutte contre «la propagande gouvernementale inefficace»© Kevin Lamarque Source: Reuters
Capitole des Etats-Unis

Les médias américains, même s'ils sont censés être indépendants du gouvernement, restent à son service, selon le militant anti-guerre Richard Becker. Mais sa force de persuasion semble perdre de son efficacité, ce qui pousse l'administration à agir.

Un bouleversement majeur va bientôt toucher les médias américains financés par le gouvernement. Selon de nouvelles propositions, le président aura bientôt le droit de nommer un directeur général en charge de tous les médias qui reçoivent des fonds fédéraux.

Une disposition dans le National Defense Authorization Act de 2017 adopté récemment, abolirait la commission bipartite de neuf membres du Broadcasting Board of Governors (BBG), les chaînes médiatiques financées par le gouvernement américain qui diffusent principalement pour les publics étrangers, y compris des médias comme Voice of America, Radio Free Europe et Radio Free Asia. Selon la nouvelle loi que Donald Trump héritera de l’administration Obama, le BBG sera supervisé par un directeur général nommé par le président.

RT : Que signifieront concrètement ces changements pour les organisations médiatiques financées par le gouvernement américain ?

Le gouvernement américain qui poursuivait les espions cubains payait ces journalistes pour écrire des histoires et des articles calomnieux sur eux

Richard Becker (R. B.) : On dirait que ce qui se passe avec les médias étrangers fondés par le gouvernement américain depuis 70 ans, comme Radio Free Europe, VOA, Radio Marti, visait Cuba en particulier. Il s’agit de propagande gouvernementale. Ce n'est pas de la propagande gouvernementale très efficace. Le Sénat et la Chambre se préparent à ajouter dans le National Defense Authorization Bill une disposition qui transmettra cette responsabilité à la Maison Blanche et à celui qui en sera le locataire. Il y a des gens comme Steve Bannon, de Breitbart, qui est une source d’information extrêmement provocante. Ann Coulter est une grande supportrice de Donald Trump. Nous ne savons pas qui va être nommé, mais nous savons que c'est toute une histoire. Cuba a été une cible privilégiée. Sous Bill Clinton, Georges Bush et Barack Obama, le BBG a suivi le cap visant à faire tomber le gouvernement de Cuba, en utilisant des médias comme Radio y Television Marti. Ils ont directement payé plusieurs dizaines de journalistes, en particulier lors du jugement des cinq espions cubains. Le gouvernement américain qui poursuivait ces espions payait ces journalistes pour écrire des histoires et des articles calomnieux sur eux. Nous ne savons donc pas vraiment quel en sera le contenu, mais je ne pense pas que ce soit quelque chose de positif.

 Le gouvernement américain voit qu'il y a certains pays du monde qu'ils ont envie de renverser, là où ils voudraient voir un changement de régime ou l'affaiblissement d'un gouvernement

RT : Ces réformes ont été proposées par des membres du Congrès républicain. Qu'espèrent-ils atteindre, à votre avis ?

R. B. : Je pense qu’ils croient que leurs médias étrangers sont tout à fait inefficaces. Et à mon avis ils ont raison. Je crois que les statistiques montrent que tous les médias à qui l'on prête attention en Russie - Radio Free Europe, VOA - sont classés en queue de peloton des 3 000 ou 4 000 médias et stations de radio les plus écoutés. Ils essaient donc d'être plus efficaces. Le gouvernement américain voit, et je crois que ce sera le cas de l'administration de Donald Trump également, qu'il y a certains pays du monde qu'ils ont envie de renverser, là où ils voudraient voir un changement de régime ou l'affaiblissement d'un gouvernement. Je pense à la Chine, à la Russie, à Cuba et d'autres encore.

RT : Comme nous venons de l'entendre, les hommes politiques américains ont à plusieurs reprises critiqué RT, parce qu'elle reçoit de l'argent du gouvernement. Et pourtant, le gouvernement américain possède ses propres organes de presse, de diffusion dans le monde entier (Radio Free Europe, Radio Free Asia, Voice of America et ainsi de suite). N’est-ce pas un peu hypocrite ?

R. B. : Il n’y a aucun doute à ce sujet. Même quand ils sont censés être indépendants du gouvernement, au moment des crises ou, en particulier, en temps de guerre, ils sont probablement au service du gouvernement qui les financent en cachette. Je parle du New York Times et du Washington Post, les grands journaux, qui ont soutenu la guerre en Irak. Même si c'est l’invasion de 2003 qui a provoqué toute une série d'événements et qui nous a amené à la situation désastreuse que nous voyons aujourd'hui au Moyen-Orient et au-delà. Et ils le font toujours. Ils s’alignent systématiquement, même s'ils savent qu'on les nourrit de fausse propagande, de fausses informations... Mais ils ont été derrière cette guerre, et maintenant ils critiquent ce qui s'est passé après. Mais au moment critique, le plus important, lorsque la guerre était en cours de préparation, ces grandes entreprises médiatiques étaient au service du gouvernement.

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