«Emmanuel Macron constitue un sérieux handicap pour la gauche française»

«Emmanuel Macron constitue un sérieux handicap pour la gauche française» © Jacky Naegelen Source: Reuters
Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a annoncé le 16 novembre sa candidature à la présidentielle : mauvaise nouvelle pour la gauche et pour la droite française, puisqu’il va prendre des voix, et la question c’est combien au juste, selon l'écrivain Eric Verhaeghe.

RT France : Emmanuel Macron tue-t-il un candidat de gauche pour cette élection ?

Eric Verhaeghe (E. V.) : En effet, la candidature d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle qui vient d’être annoncée constitue un sérieux handicap pour la gauche française ainsi que le réservoir des voix au premier tour dont la gauche disposera pour pouvoir figurer au second tour. C’est un réservoir de voix limité, on le sait tellement que François Hollande lui-même l’a rappelé et fait tout depuis les derniers mois pour neutraliser toute autre forme de candidature de gauche. Il est parvenu à neutraliser la candidature de Cécile Duflot chez les écologistes. On sait qu’aujourd’hui il se bat pour neutraliser une candidature alternative à la primaire du parti socialiste, ce qui lui donne le maximum de chances pour passer la primaire. La candidature de Macron constitue un gros pavé dans la mare, puisqu’il va prendre des voix. La question c’est combien au juste. Techniquement, si Emmanuel Macron prend deux millions de voix, il tue toute candidature possible à gauche, puisqu’aucun candidat ne parviendra à passer devant un rival de droite ou d’extrême droite.

RT France : Le fait qu'Emmanuel Macron annonce sa candidature à quelques jours des primaires de la droite, est-ce une erreur politique ?

E. V. : Evidemment, le sujet Macron c’est incidemment le sujet Alain Juppé. On considère assez largement qu’Emmanuel Macron et Alain Juppé auront un électorat proche. A droite il pourrait y avoir des confusions dans les esprits ou une préférence accordée par un certain nombre d’électeurs de droite en faveur d’Emmanuel Macron au détriment d’Alain Juppé. On peut penser que si un certain nombre d’électeurs à droite sait qu’Emmanuel Macron se présente à l’élection, ils ne voteront pas Alain Juppé, parce qu’il n’est pas parvenu à créer de l’enthousiasme autour de lui.

Pour Alain Juppé la candidature d’Emmanuel Macron est une très mauvaise nouvelle, puisque cela contrecarre la stratégie

RT France : Cette annonce est donc stratégique ?

E. V. : Elle est stratégique pour une raison simple : Alain Juppé a appelé beaucoup d’électeurs de gauche à venir voter pour lui à la primaire de la droite, pour lui donner un sens face à Nicolas Sarkozy. On voit bien que la stratégie d’Emmanuel Macron est de dire à ces électeurs de gauche qui pourraient être tentés de se rallier à Alain Juppé : «N’allez pas voter pour Alain Juppé, je suis là, je suis candidat, votez pour moi.» Donc, pour Alain Juppé la candidature d’Emmanuel Macron est une très mauvaise nouvelle, puisque cela contrecarre la stratégie qu’il déploie depuis plusieurs mois et qui consiste à contrebalancer Nicolas Sarkozy par un apport des voix extérieures qui correspondent à l’électorat de Macron, en tout cas pour qui Emmanuel Macron constituerait une alternative très sérieuse.

Il y a une politique économique de droite et une politique morale de gauche chez Emmanuel Macron

RT France : Emmanuel Macron est-il capable de surmonter ce clivage gauche-droite ?

E. V. : Personne ne sait s’il existe encore un clivage gauche-droite. Un certain nombre de frondeurs en France considèrent que la politique menée par François Hollande est une politique de droite. Aujourd’hui on a du mal à percevoir le clivage gauche-droite. Il y a certains marqueurs qui laissent à penser qu’on est plutôt de gauche ou du droite, ce sont notamment des marqueurs identitaires. Mais si l’on reprend le discours d’Alain Juppé, on s’aperçoit que l’identité heureuse, finalement c’est un discours qui passe plus facilement à gauche qu’à droite. Je ne pense pas qu’il y ait aujourd’hui la possibilité d’une identification claire du faussé droite-gauche. Emmanuel Macron est sur une ligne qu’on peut qualifier de libérale économiquement et progressiste dans les valeurs, puisqu’il a marqué une forme d’indulgence vis-à-vis de l’islam dans ses affirmations en France, mais on voit bien qu’on est sur une ligne libéral-progressiste qui correspond à un électorat en France, à un courant au sein du parti socialiste et qui constitue un défi pour Manuel Valls, car il est à certains égards sur le même courant politique. De ce point de vue-là, on peut dire qu’il y a une politique économique de droite et une politique morale de gauche chez Emmanuel Macron.

On verra ce qui restera de Macron à l’issue de la campagne «tout sauf Macron» qui va être menée à gauche

RT France : Est-il possible pour Emmanuel Macron de rassembler les 500 parrainages ?  Emmanuel Macron est-il vraiment un candidat à considérer pendant la présidentielle ?

E. V. : En ce qui concerne les parrainages, Emmanuel Macron les aura, parce qu’il est soutenu par quelques poids lourds de la gauche, comme Gérard Collomb, le maire de Lyon, ne serait-ce que dans la sphère d’influence de Gérard Collomb il n’aura aucune difficulté à récupérer 500 parrainages que la Constitution l’oblige à avoir.

Sera-t-il crédible ? Pour l’instant, la campagne électorale de la primaire à gauche n’a pas vraiment commencé, elle est très largement occultée par la primaire à droite. D’ailleurs, la primaire à gauche se positionnera aussi d’après les résultats de la primaire de droite, selon que Nicolas Sarkozy, ou François Fillon, ou Alain Juppé sera élu, les discours lors de la primaire de gauche ne seront pas les mêmes. Je pense qu’il faudra voir l’état de la popularité d’Emmanuel Macron une fois la primaire de gauche passée, pour une raison simple : comme tous les candidats de gauche vont avoir une claire conscience qu’Emmanuel Macron constitue leur principal obstacle et leur principale menace, la campagne de la primaire de la gauche va aussi largement se dérouler autour du tout sauf Macron. On verra donc ce qui restera de Macron à l’issue de la campagne «tout sauf Macron» qui va être menée à gauche. 

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