Irak : «La coalition occidentale cherche plus la guerre contre la Russie que contre Daesh»

Irak : «La coalition occidentale cherche plus la guerre contre la Russie que contre Daesh» Source: Reuters
Un membre des forces irakiennes pendant la bataille de Mossoul

Les militaires russes et syriens «surveillent de très près» le déroulement de la bataille de Mossoul et seraient «prêts à intervenir», juge le politologue franco-syrien Bassam Tahhan.

RT France : Le chef de Daesh, Al-Baghdadi, a appellé le 3 novembre, à «détruire les villes des infidèles», cela veut-il dire qu'il se sent menacé ?

Bassam Tahhan (B. T.) : Il a appellé à attaquer la Turquie, les alaouites, les chiites... Il a appellé à attaquer tout le monde. Mais ce qu'il y a d'intéressant, c'est qu'il appelle son organisation à se dispatcher partout dans le monde. Cela veut dire qu'il voit déjà qu'il va mourir à Mossoul, mais que ce n'est pas fini. Il cite tous les pays du monde où il y a des musulmans, où il y a eu des problèmes avec les musulmans. Il les appelle à se réveiller et à se battre contre l'Occident.

Le contenu du discours d'Al-Baghdadi montre que la fin est très proche et cette sensation oriente tout le discours.

Quant aux ennemis qu'il désigne, il y a une nette évolution et une contradiction dans son discours. Ce qui est à remarquer, c'est qu'il frappe d'apostasie la Turquie, le Royaume saoudite, les Frères musulmans et pratiquement tout le monde musulman qui ne croit pas au califat.

Dans le discours d'Al-Baghdadi, il y a également eu une attaque contre les chiites. Mais ce «dernier testament» vient couronner une condamnation des sunnites et ça englobe tous les pays, les cinq continents. C'est un appel à ce que les partisans du califat se dispersent et aillent à la conquête du monde.

Dans ce que dit al-Baghdadi il y a des contradictions qui démontrent un manque de culture musulmane

RT France : Pensez-vous que la prise de Mossoul puisse considérablement affaiblir Daesh ?

B. T. : Oui, mais ce n'est pas en libérant Mossoul, même en tuant des chefs de Daesh, que le califat va disparaître. En cela, Al-Baghdadi a raison. Mais on ne peut pas prévoir quel sera le rôle actif des musulmans des Philippines, d'Afrique du Nord, de l'Afrique centrale ou du Caucase. Le califat d'Al-Baghdadi est comme une marque, comme c'était dans le cas d'Oussama ben Laden.

Maintenant n'importe qui même à Washington peut se revendiquer d'Al-Baghdadi et peut passer à l'acte.

Mossoul est une battaille, mais ce n'est pas pour autant que Daesh disparaitra s'il la perd. Au contraire, on aura plusieurs sanctuaires de ce califat. Néanmoins, ce qui peut l'affaiblir, c'est que comme il s'attaque à toutes les formes radicalisées de l'islam sunnite – le wahhabisme, les Frères musulmans – toutes les autres tendances qui n'ont pas reconnu Daesh mais qui sont sunnites, c'est qu'Al-Baghdadi annonce une guerre inter-sunnite qui durera des décennies.

Ensuite, dans ce qu'il dit, il y a des contradictions qui démontrent un manque de culture musulmane. Ainsi il cite un poète kharidjite – les Kharidjites ne faisant pas partie de la famille orthodoxe sunnite. C'est curieux qu'un sunnite ultra-orthodoxe qui revendique le califat cite quelqu'un qui n'appartient pas à la tradition sunnite...

En même temps il insiste sur le fait qu'il ne faut pas fuir – ce qui signifie, évidemment, qu'il y en a, des gens qui fuient.

Je crois que le gouvernement russe et le gouvernement syrien préparent une grande attaque

RT France : Il essaye donc de rassembler ses troupes ?

B. T. : Exactement. Je crois qu'il sent qu'il y a des gens qui ne veulent pas aller au paradis...

RT France : La coalition internationale a annoncé son intention de préparer une offensive contre Raqqa, alors que la bataille de Mossoul est loin d'être terminée... Est-ce cohérent ?

B. T. : La question est très pertinente. Je crois que la coalition occidentale cherche plus la guerre contre la Russie que contre Daesh. Mais je pense que la concentration de la flotte russe qui mouille face aux côtes syriennes et le rapprochement russo-syro-égyptien annoncerait une attaque non seulement pour libérer Alep, mais peut-être Raqqa, pour couper l'herbe sous le pied de cette coalition occidentale qui cherche à transférer tant qu'elle peut les daeshistes vers la Syrie. Le scénario est plus qu'évident : je crois que le gouvernement russe et le gouvernement syrien préparent une grande attaque, et il est possible que les Russes et les Syriens surveillent de très près le déroulement de la bataille de Mossoul pour savoir quand intervenir.

Et comme ça, ils voleraient à la coalition occidentale américaine ce succès de la libération de Mossoul, par exemple en marquant le coup avec une attaque qui dépasse Alep.

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