Quand Washington veut un cessez-le-feu, ce ne peut pas être bon pour la paix

Quand Washington veut un cessez-le-feu, ce ne peut pas être bon pour la paix© SANA / Reuters
Les forces fidèles au président syrien Bachar el-Assad à Alep, Syrie

Les Etats-Unis profitent des trêves en Syrie pour regagner du terrain perdu : normalement, si tout va comme prévu, ils ne montrent aucun intérêt pour des pauses «humanitaires» afin de «protéger les civils», estime le journaliste Neil Clark.

Question : Quand savez-vous qu’un cessez-le-feu est mauvais pour la paix ? Réponse : Quand ce sont les Etats-Unis et leurs alliés les plus proches qui l'exigent.

Mardi 18 octobre, la Russie et la Syrie ont annoncé une pause humanitaire de 48 heures dans leurs opérations militaires à Alep.

Cependant, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne veulent un temps-mort plus long. Ils disent que cela est dû à leur inquiétude pour les «civils» syriens.

Les Etats-Unis ont utilisé des trêves en Syrie par le passé non pas pour travailler pour la paix, mais afin de regagner le terrain perdu et réarmer leurs mandataires

Si vous y croyez, vous avez probablement cru que l'Irak avait des armes de destruction massiveen 2003.

La triste vérité est que les Etats-Unis ont utilisé des trêves en Syrie par le passé non pas pour travailler pour la paix, mais afin de regagner le terrain perdu et réarmer leurs mandataires.

Le fait-même que les Etats-Unis tiennent tant à ce «temps mort» en Syrie à l'heure actuelle, nous montre que leurs forces sont en recul et que la guerre ne va pas comme ils l'entendaient. Car quand ils pensent que les guerres qu’ils ont lancées se déroulent comme prévu, les Etats-Unis ne montrent aucun intérêt pour des pauses «humanitaires» dans des frappes aériennes pour «protéger les civils». La compassion n’est certainement pas à l'agenda de l'Empire.

Souvenez-vous de 1999 et du bombardement illégal de l’OTAN de la République fédérale de Yougoslavie qui a duré 78 jours. Il y avait des appels humanitaires à suspendre les frappes pendant la Pâque orthodoxe. Le Vatican a publié une déclaration disant que «Sa Sainteté (Le Pape) considérerait comme un grand geste humanitaire que toute action militaire soit suspendue».

Mais Washington a ignoré ces appels, ce qui a fait relever par certains que même les nazis avaient arrêté leur Blitz sur Londres pendant les fêtes de Noël en 1940. Les propositions de paix venues d'autres membres de l'OTAN ont également été rejetées par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Le 15 avril 1999, TheGuardian a rapporté que «les responsables américains avaient rejeté un projet de paix allemand en six points qui comprenaient une suspension des bombardements pendant 24 heures, une force de des Nations Unies chargée du maintien de la paix et des observateurs civils». The Guardian notait alors que le Premier ministre britannique Tony Blair, futur destructeur de l'Irak, avait «poliment refusé le plan».

En 2011, le leader libyen Mouammar Kadhafi a fait des appels répétés pour un cessez-le feu et des négociations, alors que les avions de l'OTAN pilonnaient son pays. Mais une fois de plus, les Etats-Unis – et leurs mandataires «rebelles» – n'étaient pas intéressés.

A la place, l'OTAN a continué à bombarder le pays qui avait le niveau de vie le plus élevé d'Afrique, le renvoyant à l'âge de pierre.

Ces mêmes faucons qui soutiennent les bombardements illégaux américains et britanniques en Syrie, ont désormais enfilé des masques de colombes et exhortent les gens à protester devant l'ambassade de Russie, parce que la Russie mène des bombardements en Syrie de manière légale

Après l’assassinat brutal de Mouammar Kadhafi, la secrétaire d'Etat Hillary Clinton – dont le mari Bill avait bombardé la Yougoslavie pendant la Pâque orthodoxe – jubilait : «Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort.»

En Syrie, tant que la guerre suivait le plan, l'Oncle Sam n’était pas trop intéressé à l’idée d'arrêter les combats. De 2011 à 2015, les Etats-Unis ont tout fait pour saboter les solutions pacifiques à la crise.

Cependant, comme l'armée arabe syrienne soutenue par la puissance aérienne russe a fait des progrès significatifs dans son combat contre les djihadistes et les terroristes soutenus par l'Occident, les enthousiastes bombardiers de ce dernier se sont tout d’un coup transformés en pacifistes. Ces mêmes faucons qui soutiennent les bombardements illégaux américains et britanniques en Syrie, ont désormais enfilé des masques de colombes et exhortent les gens à protester devant l'ambassade de Russie, parce que, euh... la Russie mène des bombardements en Syrie de manière légale.

La trêve du mois de septembre, qui a été négociée par John Kerry et Sergueï Lavrov, a été saluée par beaucoup de gens, mais les plus cyniques d'entre nous savaient exactement ce qui allait se passer. Tandis que l’Armée Arabe syrienne a dû mettre un coup d’arrêt à son offensive, les «rebelles» ont poursuivi la leur. Dans une période de 24 heures, d’après le général russe Vladimir Savtchenko, il y aurait eu pas moins de 55 attaques de rebelles, provoquant la mort de 12 civils.

Une semaine après le début du soi-disant cessez-le-feu, les raids aériens dirigés par les américains ont «accidentellement» tué 62 soldats syriens à Deir ez-Zor.

Il n’est pas exagéré de dire que l’avenir du monde pourrait dépendre de ce qui se passe à Alep et dans le reste de la Syrie - dans les prochains mois

«Dès le début nombreux ont été ceux, y compris dans l’administration américaine, qui cherchaient à briser ces accords», a déploré Sergueï Lavrov. La réalité est que les Etats-Unis n'ont pas sérieusement voulu mettre fin aux hostilités, n'aspirant qu'à profiter du «cessez-le-feu» en tant que couverture pour regagner du terrain et réarmer des gens. Comme ils le font d'habitude. 

Alors que tous les gens sains d’esprit veulent mettre un terme au conflit en Syrie dès que possible, il est très important de voir plus large et de comprendre ce qui est en jeu. Il n’est pas exagéré de dire que l’avenir du monde pourrait dépendre de ce qui se passe à Alep et dans le reste de la Syrie - dans les prochains mois.

Dan Glazebrook, mon ami et collègue journaliste, a comparé la Syrie au «Stalingrad des changeurs de régime occidentaux», «la pierre contre laquelle la folie impériale de l’Ouest et ses imitateurs régionaux peut se casser finalement».

Si l'on se rend compte du fait qu'entre 1,3 million et deux millions de personnes ont été tuées dans des guerres et des interventions menées par les Etats-Unis depuis 2001, arrêter ce géant de guerre occidental sera certainement la priorité numéro 1 des militants pour la paix.

Même si le «cessez-le-feu» en Syrie peut sembler attractif, il ne fera que prolonger l’agonie du pays

Si ce Stalingrad de 2016 tombe et Bashar el-Assad subit le sort de Mouammar Kadhafi, cela n'apportera pas de paix, les néoconservateurs de Washington qui ont détruit l’Irak, la Libye et la Syrie, vont tourner leur attention vers le prochain pays de leur liste - la République islamique d’Iran. 

C'est pourquoi, même si le «cessez-le-feu» en Syrie peut sembler attractif, il ne fera que prolonger l’agonie du pays. Il serait bien mieux que l’armée arabe syrienne, soutenue par ses alliés russes, continue son avancée pour reprendre les territoires aux mandataires des Etats-Unis, en faisant en même temps preuve de clémence envers ceux qui déposeront leurs armes et participeront aux processus politique démocratique, mis en place par la nouvelle constitution du pays. Les «cessez-le-feu» partiaux soutenus par Washington (et qui se terminent par des frappes aériennes américaines) n'apporteront pas en Syrie ou au Moyen-Orient une paix durable, alors que la défaite historique humiliante de ceux qui en Occident prônent le changement de régime pourrait y contribuer.

Lire aussi : Syrie : «A n’importe quel moment il peut y avoir un dérapage»

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