Washington Post : la radio russe retourne les Serbes contre l’OTAN, pas les bombes de cette dernière

Les avions américains qui ont laissé des traces dans le ciel en bombardant une usine aux alentours de Belgrade, Yougoslavie. Source: Reuters
Les avions américains qui ont laissé des traces dans le ciel en bombardant une usine aux alentours de Belgrade, Yougoslavie.

Le Washington Post atteint le comble de l'absurdité, accusant la Russie d'être derrière le refus de la Serbie de rejoindre l'OTAN. Pourtant, la Russie n’a jamais bombardé la Serbie, contrairement à l'Alliance, rappelle le journaliste Bryan MacDonald.

Le Washington Post veut faire croire à ses lecteurs que le manque d’enthousiasme pour l’adhésion à l’OTAN en Serbie est causé par la «désinformation russe». Naturellement, cela n’a rien à avoir avec les bombardements du pays par «l’alliance de défense», il y a 17 ans.

Parfois vous lisez quelque chose dans un journal et cela vous fait tout simplement rire. Cette impulsion était réservée aux tabloïds tels que l'allemand Bild, ou le britannique The Sun, ou d’autres américains, comme le National Enquirer ou The Weekly World News. Vous connaissez ce type de contenu : «Le tombeau d’Elvis est vide» ou «Al-Qaeda menace de bombarder le plateau de tournage de Coronation Street».

Les journaux sérieux deviennent aussi comiques, mais, dans leur cas, ce n’est pas amusant

Ce sont des choses évidemment absurdes, mais amusantes et innocentes, car elles sont publiées par des journaux dont la crédibilité se rapproche de zéro.

De plus en plus, je trouve que les journaux sérieux deviennent aussi comiques, mais, dans leur cas, ça n’est pas amusant. Comme tout le monde sait que la presse à scandale est pleine des rumeurs rarement vérifiées, on s’attend à mieux de la part des soi-disant médias sérieux de l’establishment occidental. Malheureusement, ces derniers temps, notamment en surfant sur la vague d'histoires d'épouvantes russes, leur contenu devient de plus en plus contesté et paresseux.  

On prendra l’exemple du Washington Post de la semaine dernière. Il faut d'abord rappeler que le WaPo d’aujourd’hui ne saurait être comparé à la publication du «Watergate», il fut un temps considéré comme le meilleur journal d’Amérique. Le journal actuel n’est pas la bête de l’époque de Graham, qui se spécialisait dans le journalisme d'investigation. Au lieu de donner libre cours à des tigres comme Ben Bradlee, Bob Woodard et Carl Bernstein, c’est un papier d'opinions, avec des chroniqueurs qui poussent vers la ligne interventionniste et pro-libérale dans la politique extérieure, et le programme économique néolibéral à l’intérieur du pays. Evidemment, le fait que l’auteur principal sur la Russie du WaPo soit un lobbyiste rémunéré par les entrepreneurs américains de l'industrie de la défense est une cause de fou rire parmi les vrais experts de la Russie.

La réalité et le Post

Mais cette fois, le WaPo s’est vraiment surpassé. En persévérant dans la veine selon laquelle la «désinformation» et «l’intervention» russes est responsable de tout malheur frappant la politique étrangère américaine, il suppose que l’influence des journalistes russes est la raison principale au refus de la Serbie d'adhérer à l’OTAN. Maintenant, répétez cette proposition deux fois, laissez-a pénétrer et acceptez-la. 

Peu importe le point de vue, le dommage causé à la Serbie par l’OTAN a été énorme. Il est par trop évident que les Serbes ont bien des raisons légitimes de ne pas être très positifs au sujet de l’alliance

Presque toute personne âgée de plus 30 ans se souviendra des événements de l’année 1999, quand l’organisation militaire dirigée par les Etats-Unis a lancé une campagne de bombardements de 78 jours contre le pays. La Serbie a déclaré que 956 personnes étaient mortes et 5 183 blessées lors du bombardement, et même Human Rights Watch, basée aux Etats-Unis, estime qu’il y a eu plus de 500 morts. En outre, Belgrade affirme que l’OTAN a causé des dommages économiques équivalents à environ 100 millions dollars, alors qu'un groupe d’économistes internationaux préfère évoquer un chiffre de 29,6 millions. Pour un pays relativement pauvre, ce sont des chiffres énormes, si on les compare au PIB global.

Par ailleurs, après le conflit, la Serbie, déjà volée de la Yougoslavie dont elle contrôlait efficacement le territoire, a perdu sa juridiction sur le Kosovo et le Monténégro. Ces aspects sont considérés comme une humiliation nationale, même aujourd’hui.

Peu importe le point de vue, le dommage causé à Serbie par l’OTAN était énorme. Et, si on prend en considération que ces événements ont pris place il y a moins d’une génération, il devient trop évident que les Serbes ont bien des raisons légitimes de ne pas être très positifs au sujet de l’alliance. Mais aucune de ces choses ne semble suffisamment importante pour le WaPo, qui doit pousser cette histoire sur «la propagande russe». Il ne laisse pas les faits lui barrer la route.

Les Russes considèrent les Serbes comme une nation «sœur», grâce à une religion commune et les mêmes racines slaves, au même titre que l’Ukraine, la Bulgarie, la Biélorussie, et même à la Grèce Orthodoxe

Une bien rapide vérification des faits

Dans l’article intitulé «La Russie a un plan de plusieurs années d’influencer la politique des Balkans. Les Etats-Unis peuvent en apprendre beaucoup», l’auteur, Jaroslaw Wisniewski, insiste que Moscou avait fait travailler une sorte de laboratoire de communications sur les Balkans, pour éprouver ses méthodes avant de les appliquer aux Etats-Unis. Et, à partir de ce moment-là, le récit devient encore plus fantastique et mensonger. Il insiste par exemple sur le fait que «les Russes sont convaincus que, pour disposer d'une grande force, leur nation doit être impliquée et présente dans les Balkans». Croyez-moi, j’ai habité en Russie la majeure partie des six dernières années, et je n’ai jamais entendu un seul Russe dire cela. En réalité, leurs pensées sur les Balkans sont limitées aux plages du Monténégro, de la Grèce et de la Croatie.

D'un autre côté, les Russes considèrent les Serbes comme une nation «sœur», grâce à une religion commune et les mêmes racines slaves, au même titre que l’Ukraine, la Bulgarie, la Biélorussie, et même à la Grèce Orthodoxe, dont deux sont déjà membres du club militaire atlantiste.

Wisniewski continue, déclarant que «la campagne propagandiste de la Russie est très concentrée et adaptée aux communautés slaves et orthodoxes des les Balkans qui parlent serbe. Les principaux instruments de la politique d’information sont la télévision, les sources internet de RT, et la radiodiffusion de Sputnik Srbija». Est c’est ici que son faible et paresseux argument s'auto-détruit enfin.

Le monde réel     

Vous comprenez, je doutais que RT ait un département en Serbie, car j’avais visité ce pays et je ne l’avais pas remarqué. Alors, j’ai visité le site même de RT et j’ai vérifié les listes TV, et je n’y ai rien trouvé en serbe du tout, ce qui détruit entièrement la théorie de la diffusion en serbe. Il faut admettre, néanmoins, que la Radio Sputnik a une page en Serbe.

L’affirmation principale du dernier article du WaPo sur les «effrayants Russes» repose sur des mensonges et des exagérations

Si vous avez passé du temps à Belgrade, vous savez que les Serbes ne sont pas géniaux en anglais - c’est-à-dire qu'il est absolument inutile de les atteindre avec cette langue. Je n’ai pas trop entendu non plus d’Allemand, de Français, d’Arabe ou d’Espagnol, les autres langues disponible sur RT. Au regard de cela, la seule conclusion raisonnable est que la Russie mène une campagne «de propagande» vraiment raffinée et ciblée.

Pour être tout à fait honnête, il est vrai que «Sputnik se réfère à l’histoire et la culture slaves communes» qui rassemblent le peuple serbe et le peuple russe, et je ne vois aucune contradiction ici. Après tout, j'ai grandi en regardant la BBC qui ne cesse jamais de disserter sur les «relations particulières» entre l’Angleterre et l’Amérique, qui sont aussi basées sur les «l’histoire et la culture communes (anglo-saxonnes)».

L’affirmation principale du dernier article du WaPo sur les «effrayants Russes» repose sur des mensonges et des exagérations. Comme la problématique générale devenant de plus en plus ennuyeuse et fastidieuse, cet exemple est juste ridicule.

Un meilleur titre pour le WaPo serait : «Une alliance militaire qui a bombardé le pays il y 17 ans accuse la radio d'être responsable de son manque de sa popularité.» Parce que c’est un fait que la Russie n’a pas bombardé la Serbie, contrairement à l’OTAN. Et aucune propagande ne pourra rien y changer.    

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