Organisation de libération de la Palestine : «Donnez une chance à la paix»

Saeb Erekat© Mohamad Torokman Source: Reuters
Saeb Erekat

Après des décennies de vaines négotiations, comment trouver une solution au conflit israélo-palestinien ? Saeb Erekat, secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine, donne sa vision à RT.

RT : Vous avez dit que la carrière du négociateur que vous êtes depuis plus de 20 ans a en fin de compte été un fiasco. Vous avez tenu responsable le Premier ministre israélien. Y a-t-il toujours des choses que vous pourriez négocier en tant que représentant de votre peuple ?

Saeb Erekat (S. E.) : Les négociations ne sont pas un problème, car les négociations constituent un outil civilisé dont usent des individus, des nations, des clubs, etc. Il existe deux volets aux négociations : comment parvenir à un accord et comment ne pas y parvenir. Malheureusement, Benjamin Netanyahou préfère le deuxième. De la même manière, il y a une différence entre les négociateurs sérieux, qui se préparent, et les non-négociateurs – le Premier ministre Netanyahou est donc un non-négociateur.

J’ai perdu mon neveu il y a deux mois, 37 ans, père de trois filles. Il était dans nos service de renseignement : s’étant rapproché d’un barrage israélien, il a blessé deux Israéliens et a été abattu ensuite. Il m’a laissé un message : «Tu as promis que, dès lors qu’on aurait reconnu Israël et rénoncé à la violence, on aurait l’indépendance, la dignité et la souveraineté [...] Je ne peux plus continuer ainsi.» C’est ça le message, l’honnête vérité. A chaque fois qu’un Palestinien ou un Israélien est tué, Benjamin Netanyahou devrait se regarder dans le miroir pour voir qui en est responsable. Qu’attend-il de nous quand il dit : «Votre Etat n’est pas à mon calendrier.»

Tout ce que je demande est de cesser de traiter Israël comme un pays qui n’est pas obligé de respecter les lois humaines

RT : Qui pourrait réellement mettre fin à de telles politiques, étant donné que l’attention de la communauté internationale est apparemment focalisée sur autre chose ?

S. E. : Supposons que Benjamin Netanyahou réussisse sa politique et que la solution à deux Etats soit enterrée – il implante des colonies israéliennes partout. Pourra-t-il s’y promener le jour suivant ? Je vous assure que les Palestiniens, chrétiens ou musulmans, ne se convertiront pas au judaïsme et ne deviendront pas Israéliens et inversement. Que verra-t-on sur ces territoires ? Les carnages, la misère, les mères israéliennes et palestiniennes emportent ceux qu’elles aiment aux cimetières. Parce que l’on ne peut pas garantir ou octroyer la sécurité en soumettant les gens par la force, avec des colonies et des murs. La Palestine et Israël ont réellement besoin de paix, personne n’a autant besoin de cette paix, basée sur l’idée de la solution à deux Etats, que les Israéliens et les Palestiniens.

RT : Vous voyez ce conflit comme un conflit politique et non religieux. Pourquoi ne condamnez-vous pas toutes les attaques israéliennes et américaines qui surviennent ?

S. E. : La communauté internationale n’est peut-être pas au courant, mais aujourd’hui, en 2016, les Palestiniens ont des cartes d’identité vertes, alors que les Israéliens ont des carte bleues. Ma plaque d’immatriculation est blanche et verte, la leur est jaune. La Cisjordanie vit dans un système d’apartheid, aujourd’hui, qui est plus enraciné que celui qui existait en Afrique du Sud. Je condamne tous ceux qui détruisent la solution à deux Etats.

Le comportement des Israéliens est surprenant : on signe un accord avec eux, le lendemain ils ne le respectent pas

Tout ce que je demande est de cesser de traiter Israël comme un pays qui n’est pas obligé de respecter les lois humaines. Israël est une puissance occupante, il commet des crimes de guerre contre mon peuple, a recours aux colonies, à la dictature, aux exécutions extrajudiciaires. Ils ont mis 39 jours pour me donner le corps de mon neveu. Les guerres ont toujours existé, les gens sont morts à travers l’Histoire, mais nous avons un code de conduite qui détermine quand il faut rapatrier le corps. C’est très facile pour les autres pays de fermer les yeux et recevoir Benjamin Netanyahou comme défenseur des libertés, de la dignité et des droits de l’Homme.

S’il y a une menace sur la région, ce sont les politiques d’Israël

RT : Selon vous, qu’est-ce qui a manqué aux négociations pendant toutes ces années pour atteindre un consensus ? Pourquoi les grandes puissances ne sont-elles jamais parvenues à un accord juste ?

S. E. : C’est la question principale. Le comportement des Israéliens est surprenant : on signe un accord avec eux, le lendemain ils ne le respectent pas. Si on y écrit «pas de colonies, pas d’intervetion dans l’espace aérien, cette zone doit être sous juridiction palestinienne», ils créent des colonies, interviennent dans l’espace et ne respectent pas notre juridiction. Ce que nous voulons, c’est une conférence internationale, avec, comme base, l’idée de deux pays voisins cohabitant en paix et en sécurité. Il faut voir si nous arriverons à la formule «5 + 2» – Palestine et Israël d’un côté et la Russie, la Chine, les Etats-Unis,la France, l’Allemagne et peut-être d’autres pays de l’autre. Il faut s’assurer que, le lendemain de la signature d’un accord, quelqu’un soit là pour contrôler son application. S’il y a une menace sur la région, ce sont les politiques d’Israël. Je pense que tous les pays évoqués savent très bien que, si l’on ne met pas fin à l’occupation israélienne et si l’on ne crée pas l’Etat palestinien, on sera tous condamnés : il n’y aura pas de sécurité, pas de paix, pas de stabilisation de la région.

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