Alors que Pékin et Manille négocient, Washington cherche les noises

Des officiers de la Marine chinoise attendent à quai alors qu’un navire de guerre chinois escorte l'arrivée de Curtis Wilbur, un destroyer lance-missiles américain, entrant au port de Qingdao, à l'est de la province du Shandong en Chine© Frederic J. Brown Source: AFP
Des officiers de la Marine chinoise attendent à quai alors qu’un navire de guerre chinois escorte l'arrivée de Curtis Wilbur, un destroyer lance-missiles américain, entrant au port de Qingdao, à l'est de la province du Shandong en Chine

Aussi mécontents que les Etats-Unis puissent être, le fait est que Pékin et Manille mènent des pourparlers diplomatiques sur la situation en mer de Chine méridionale. L’analyste Pepe Escobar fait le point sur la situation.

Il est trop tôt pour sabler le champagne, mais en effet, l’envoyé spécial des Philippines, l’ex-président Fidel Ramos est allé à Hong-Kong au nom du président  Rodrigo Duterte pour négocier avec Fu Ying, présidente du Comité des affaires étrangères du Congrès populaire national. Ramos a assuré publiquement que Manille était favorable à l’ouverture de pourparlers officiels.

La première partie porte sur l’industrie de la pêche. Pékin et Manille sont peut-être déjà en train d’ouvrir le très disputé récif de Scarborough, qui se trouve dans ce que Manille appelle la mer occidentale des Philippines, aux pécheurs chinois et philippins, dans le but d’y développer en commun la pisciculture.

Wu Shicun, président de l’Institut national d’études de la mer de Chine méridionale, a indiqué que la visite de Ramos à Hong-Kong, n’était qu’un début. Il ne fait aucun doute qu’il ira ensuite à Pékin pour négocier avec des personnages haut placés, ouvrant la voie à une visite officielle de Rodrigo Duterte.

Le Pentagone est absolument terrifié par l’incessante progression de l’A2/AD chinois

Donc, pour l’instant, tous mènent une politique où tout le monde est gagnant, d’une façon tout à fait asiatique, sauvegardant la réputation [des uns et des autres]. Cependant, en parallèle, il y a eu des spéculations, selon lesquelles Pékin aurait identifié une fenêtre d'opportunité unique entre le sommet du G20 qui se tiendra le mois prochain à Hangzhou et les élections présidentielles américaines qui auront lieu au début du mois de novembre pour développer plus de projets maritimes, c’est-à-dire des projets additionnels d’assèchement et de construction d'installations navales.

Nous sommes venus, nous avons vu, nous avons coulé ?

Du côté chinois, l’objectif à long terme est clair. Le récif de Scarborough est une pièce particulière d’importance dans un contexte plus large. Il est inévitable que les Chinois y construiront une piste d'atterrissage parce qu’elle étendrait la portée de la force aérienne chinoise de plus d’un millier de kilomètres et lui donnerait la possibilité d’agir à partir de Luçon, porte d'entrée du Pacifique occidental.

Ayant construit une piste d'atterrissage sur le récif de Scarborough et un système d'alerte rapide sur le banc Macclesfield, à l'est des îles Paracels, Pékin sera finalement en mesure de «voir» toutes les actions amicales ou, la plupart du temps, inamicales de l’énorme base navale américaine de Guam.

Comme je l'ai indiqué précédemment dans mes analyses, y compris pour RT, le fond du problème en mer de Chine méridionale, ce n’est pas la souveraineté sur un groupe d'îles (ou de «rochers», selon la conclusion récente de la Cour à la Haye), c’est «l’accès» du Pentagone et de la marine des Etats-Unis, ou plutôt le déni d'accès et l'interdiction de zone – la stratégie A2/AD, comme on l'appelle au Pentagone.

De manière prévisible, un blocus naval de la Chine est dans les options

Le Pentagone est absolument terrifié par l’incessante progression de l’A2/AD chinois, dont font partie le missile DF-16, qui a une portée d’un millier de kilomètres, le bombardier nucléaire Xian H-6, les systèmes sol-air HQ-12 et le missile nucléaire à portée de trois mille kilomètres DF-21 qu’on appelle le «tueur de porte-avions». Imaginez-vous des brillants porte-avions représentant des milliards de dollars, avec à bord six mille soldats et marins, comme cibles faciles.

Le réaction du complexe militaro-industriel, de la surveillance, etc., était prévisible : prévoir une guerre. Tout est là, dans le rapport de la RAND Corporation, un mélange de recommandation politique, de douce illusion et de bellicisme à peine voilé.

Tout ça ne sent pas très bon. Du moins, le rapport convient que les efforts chinois concernant l’A2/AD créent de nouvelles règles de jeu. Oubliez «la victoire» si le bellicisme néoconservateur et  néolibéral prend le dessus : «En raison de l’A2/AD chinois, il serait de plus en plus difficile pour les Etats-Unis d’assurer une domination militaire et opérationnelle et de gagner une guerre, même  de longue durée.»

On ne peut pas écarter le fait que si Hillary «reine de guerre» Clinton est élue en novembre prochain et règne comme si elle faisait partie des trois Harpies, sa fenêtre d’opportunité pour commencer une guerre contre la Chine ne va s'étendre que jusqu’à la fin de la décennie ; selon la RAND, «l’écart des pertes diminuera à mesure que l’A2 /AD chinois s’améliorera. En 2025, les pertes des Etats-Unis pourraient passer d’importantes à élevées». Et c’est la Mère de tous les Sous-entendus.

La RAND recommande à Washington de «réduire l'impact de l’A2/AD chinois en investissant dans le développement de forces plus viables (par exemple, des sous-marins) et en moyens anti-A2/AD (par exemple, des missiles)». Il est un peu tard ; c'est exactement ce que les Chinois font depuis des années.

L’administration du canard boiteux Obama a signalé que la base navale chinoise sur le récif de Scarborough était une ligne rouge

De manière prévisible, un blocus naval de la Chine est dans les options : «Les leaders américains doivent élaborer des options de déni d'accès aux produits et aux technologies de guerre essentiels dans le cas d'une guerre.» C’est que la logique de la complexe politique énergétique de la Chine revient à investir dans toutes les sources d’énergie possibles pour contourner le détroit de Malacca.

Et de manière tout aussi prévisible, même avant que la guerre n'éclate, on pourrait s’attendre à ce que les Etats-Unis se livrent à diverses manœuvres risquées impliquant le Japon : «L’armée américaine doit […] encourager et autoriser ses partenaires d'Asie du Sud-Est pour qu’ils mettent en place une solide défense et améliorent l'interopérabilité avec les partenaires [le Japon, en premier lieu].»

Le rapport de la RAND n’est qu’une preuve de ce que le leadership chinois tenait déjà pour acquis, même avant que n’ait lieu le pivot vers l'Asie annoncé par Clinton ; l’Empire du Chaos, désespéré, commencera une guerre en tout cas.

L’administration du canard boiteux Obama a signalé que la base navale chinoise sur le récif de Scarborough était une ligne rouge. Mais ne vous y trompez pas, on franchira cette ligne rouge. Avant ou après le 8 novembre. C'est à vous, la reine de guerre ! Nous sommes venus, nous avons vu, nous avons coulé ?

Lire aussi: La Grande Muraille de l’impuissance du Pentagone

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