Eurodéputé portugais : l'UE veut nous punir pour le résultat de sa propre politique

16 juin 2016 : une manifestation à Lisbonne contre la précarité de l'emploi© Rafael Marchante Source: Reuters
16 juin 2016 : une manifestation à Lisbonne contre la précarité de l'emploi

L'introduction des sanctions contre l'Espagne et le Portugal témoigne d'une approche paradoxale, car la cause du déficit budgétaire dans ces pays est la politique de l’UE, explique le vice-président du «Parti de la gauche européenne», Marisa Matias.

RT : Votre pays pourrait écoper d’une amende d'environ 400 millions d'euros. Croyez-vous que c’est raisonnable ?

Bruxelles impose des sanctions contre lui-même

Marisa Matias (M. M.) : Non, ce n’est pas raisonnable. Les sanctions, cette amende d'un montant de 400 millions d'euros, c’est contre-productif. Car, en conséquence, le déficit budgétaire ne fera que s’agrandir. Il est difficile de comprendre la logique d’une telle punition. Dans le cas du Portugal, le montant de l'amende représentera 0,2% du PIB, ce qui à son tour, approfondira le déficit encore plus. Il y a un autre point : de 2013 à 2015, le gouvernement du Portugal de l’époque mettait en œuvre des mesures élaborées par Bruxelles. Donc, aujourd'hui, Bruxelles impose des sanctions contre lui-même. Les mesures d'austérité, toutes les mesures prises par le Portugal, ont été dictées par Bruxelles, et, désormais, ils veulent nous punir pour le résultat d’une politique élaborée par eux-mêmes.

Nous avons eu le sentiment étrange d’être punis, alors que la situation est directement liée à la politique de Bruxelles

RT : Comment les Portugais évaluent-ils les actions de Bruxelles?

M. M. : Je pense que le peuple du Portugal a maintenant le sentiment que Bruxelles le punit sévèrement. Nous avons signé avec la «troïka» [la Commission européenne, le FMI et la Banque centrale européenne] un mémorandum pour trois ans, et, par conséquent, beaucoup ont perdu leur emploi. Près d'un demi-million de personnes ont dû quitter le pays parce qu'ils ne pouvaient pas trouver de travail ; le taux de pauvreté s’est accru, les inégalités s’aggravent, les impôts ont été drastiquement augmentés, et c’est surtout les travailleurs qui en ont senti les effets. Mais finalement nous ne sommes pas en mesure d'améliorer la situation budgétaire, on n'a pas réussi à la consolider... Bien sûr, nous avons eu le sentiment étrange d’être punis, [alors] que la situation est directement liée à la politique de Bruxelles.

Il s’agit vraiment d’une approche paradoxale et contre-productive

RT : Pourquoi forcer les gens à payer une telle amende quand il faut les aider à résoudre le problème de la dette ? Peut-être faudrait-il adopter une autre manière d’aider ?

M. M. : Oui. En outre, selon les indicateurs et les prévisions pour l’année en cours, 2016, le déficit budgétaire du Portugal doit pour la première fois être inférieure à 3%. Mais la procédure en conformité avec les règlements en vigueur est désormais initiée, et le Portugal devra probablement payer une amende, et le déficit budgétaire peut par conséquent dépasser les 3%. Donc il s’agit vraiment là d’une approche paradoxale et contre-productive.

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