L'OTAN à ses portes, la Russie devrait mener des exercices militaires en Amérique Latine

Un SU-24 russe© Dmitriy Vinogradov Source: Sputnik
Un SU-24 russe

«L'OTAN ne réalisera qu’il ne comprend rien à la Russie depuis ces 30 dernières années que lorsqu’il verra une armée étrangère en train de jouer dans son arrière-cour», estime l'écrivain américain Robert Bridge.

Alors que Washington entreprend la plus grande expansion militaire que le monde ait jamais connue, oubliant les conséquences de son arrogance et de son audace, l’heure est venue pour la Russie de faire un geste symbolique dans l’arrière-cour des Etats-Unis.

A l’heure où j’écris cet article, trois bombardiers US B-52 Stratofortress viennent de décoller d’une base aérienne américaine dans le Dakota du Nord et sont en route pour les pays baltes, où ils vont participer au jeu de guerre de l’OTAN qui a pour doux nom de code «Sabre Strike». 10 000 soldats de 13 pays membres de l’OTAN, ainsi que plusieurs candidats potentiels et convoités comme la Suède et la Finlande participeront à ces deux semaines de boum boum.

Les aventures militaires américaines qui ont lieu en ce moment en Europe de l’Est sont directement responsables d’avoir détérioré les relations entre Moscou et Washington comme jamais auparavant

Si vous pensez que ces danses de guerre annuelles ne font ni chaud ni froid à la Russie, vous regardez probablement trop les programmes de télé occidentaux.

Mais cette provocation sans pitié aux portes de la Russie n’est qu’un échantillon des aventures militaires américaines qui ont lieu en ce moment en Europe de l’Est et qui sont directement responsables d’avoir détérioré les relations entre Moscou et Washington comme jamais auparavant.

Le mois dernier, par exemple, le président Vladimir Poutine a déclaré à propos du système de défense anti-missile des Etats-Unis qui vient d’être installé en Roumanie :

«En ce moment les missiles intercepteurs ont une portée de 500 kilomètres, bientôt ils auront une portée de 1 000 kilomètres et pire encore, ils peuvent être armés avec des missiles d’attaque d’une portée de 2 400 km…et cela peut être fait simplement en changeant le logiciel, pour que même les Roumains ne le sachent pas», Vladimir Poutine a déclaré lors d’une visite de deux jours en Grèce.

«Nous avons la capacité de répondre», a-t-il dit, ajoutant que la Pologne et la Roumanie, grâce à la pagaille que sème Washington avec ses contrôles d’équilibre stratégiques, vont tomber dans la ligne de mire des missiles russes qui sont d’une grande précision.

Une OTAN menée par les Etats-Unis continue sa route tracée vers l’Est

Mais il y a d’autres raisons de s’inquiéter de ce coup inexplicable de l’OTAN qui a sonné l’alarme en Russie.

Une OTAN menée par les Etats-Unis continue sa route tracée vers l’Est, et cela ne devrait surprendre personne que l’armée russe et l’OTAN s’accrochent de plus en plus souvent. Pourtant cela déconcerte les observateurs occidentaux. La CNN s’est même risquée à poser une question ridicule - et qui plus est dans un gros titre : «Les avions de chasse russes continuent de voler autour des navires et des avions américains. Qu’est-ce que les Etats-Unis peuvent faire ?» Eh bien, arrêter de mener des entraînements militaires aussi près du territoire russe pour commencer. De plus, pas besoin d’un cerveau de génie pour comprendre que ces rencontres maladroites peuvent potentiellement finir en désastre.

Rappelez-vous ce qu’il s’est produit en avril lorsque le destroyer américain USS Donald Cook est entré dans la mer baltique et a navigué à 70 milles nautiques (130 km) de Kaliningrad, l’enclave stratégique de la Russie située entre la Lituanie et la Pologne. Deux SU-27 russes non armés sont rapidement arrivés au-dessus du USS Donald Cook, et l’ont survolé de très près à plusieurs reprises, le tout immortalisé dans une vidéo. Cependant, cet exemple d’«agression russe» a déclenché la prévisible tempête médiatique aux Etats-Unis, et des commentaires qui ont fait beaucoup de bruit en accusant Vladimir Poutine d’être «sans pitié» ; le secrétaire d’Etat John Kerry a placé la barre plus haut en déclarant que les singeries aériennes russes auraient pu justifier d’«abattre» les SU-27 russes. 

Nous interrompons cette chronique avec une nouvelle : non seulement le Donald Cook est équipé du système de radar le plus sophistiqué de la marine américaine, mais il est aussi armé jusqu’aux dents des missiles Aegis-3 et fait partie du système de défense anti-missiles balistiques américain. Ce n’est pas rien de dire que ce vaisseau représentait une menace potentielle sur les capacités militaires russes à Kaliningrad.

Imaginons que l’échiquier géopolitique se renverse et que la Russie couve 28 membres d’une alliance militaire le long de la frontière des Etats-Unis avec par exemple l’Amérique latine

Des exercices militaires russes en Amérique latine?

Pour ceux qui ne sont toujours pas convaincus que la Russie a de bonnes raisons d’être inquiète alors que la machine de guerre américaine se rapproche toujours plus près, rappelons les circonstances de cette situation. Imaginons que l’échiquier géopolitique se renverse et que la Russie couve 28 membres d’une alliance militaire le long de la frontière des Etats-Unis avec par exemple l’Amérique latine (et après avoir promis de ne pas ajouter de nouveaux membres à son alliance après la chute de l’Union soviétique).

Mais pourquoi en rester là? Faisons rouler les dés et voyons comment Washington réagirait si la Russie déployait trois bombardiers TU-160 Blackjack en Amérique du Sud pour participer à des exercices avec ceux de Cuba, du Venezuela et du Brésil, par exemple, quelques semaines après avoir lâché un système de défense anti-missiles – qui pourrait devenir offensif en un clic – disons en Colombie. Aïe ! J’ose dire qu’il n’y pas un carcan au monde qui puisse contenir les convulsions des néoconservateurs qui sortiraient de la périphérie des Etats-Unis.

Maintenant, cerise sur le gâteau : imaginez que les Etats-Unis doivent avaler les provocations russes dans sa maison de vacances bien que Washington n’ait pas mené d’attaque non provoquée hors de son territoire en plus de trente ans (oui, je sais, c’est extrêmement difficile à imaginer mais s’il vous plait jouez le jeu). Pourtant c’est exactement la situation que la Russie est forcée d’observer. En fait, malgré la désinformation que les médias ont pompé dans le cerveau des Occidentaux 24/24h 7/7j pendant trente ans, la Russie s’est pliée en quatre ces trente dernières années pour aider les Etats-Unis contre vents et marées. 

Vous ne me croyez pas? Quel a été le premier coup de fil que George W. Bush a reçu après les attaques du 11 septembre ? Londres ? Paris ? Nah. Malgré le décalage horaire, l’appel venait de Moscou! En fait, pour être plus précis, l’appel venait de Vladimir Poutine. Mais comme tout le monde sait que des paroles ne valent pas grand-chose, le dirigeant russe a confirmé ses paroles avec des faits, d’honorables faits qui plus est.

Les Etats-Unis et les 28 membres de l’OTAN s’amassent le long de la frontière russe, accueillant d’énormes jeux de guerre [et] c’est la Russie qui se voit cataloguée comme un agresseur

Voici comment le réalisateur Oliver Stone l’historien Peter Kuznick ont décrit la généreuse contribution de Vladimir Poutine à la période qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001, dans leur livre «Une autre histoire de l’Amérique» : «Le 24 septembre, il [Vladimir Poutine] a annoncé un plan en cinq points pour soutenir la guerre des Etats-Unis contre le terrorisme. Non seulement ce plan prévoyait le partage d’informations secrètes et l’autorisation d’accès à l’espace aérien russe aux Etats-Unis… mais Vladimir Poutine allait aussi approuver et faciliter le stationnement des troupes au Moyen-Orient.»

Dans le paragraphe suivant, Oliver Stone et Peter Kuznick ont expliqué comment les Etats-Unis avaient poliment retourné la faveur : «George W. Bush a remercié Vladimir Poutine en rompant la promesse de son père à Gorbatchev en agrandissant l’OTAN toujours plus près des frontières russes, encerclant la Russie avec des bases militaires américaines et otaniennes… Cette seconde vague d’expansion a commencé fin 2002  et s’est conclue avec l’admission de la Bulgarie, de la Roumanie, de la Slovaquie, de la Slovénie, de la Lituanie, de la Lettonie et de l’Estonie en mars 2004.»

Bien que ce soit les Etats-Unis et les 28 membres de l’OTAN qui s’amassent le long de la frontière russe, accueillant d’énormes jeux de guerre et faisant résonner le bruit de leurs sabres, c’est la Russie qui se voit cataloguée comme un agresseur refaisant surface et déterminé à récupérer la gloire exagérée de son empire.

Alors que se passe-t-il dans les cœurs et les têtes des Européens de l’Est pour qu’ils croient que la Russie représente une quelconque menace existentielle à leur bonheur ? Rien de plus inoffensif que le son creux de la propagande et de l’argent.

L’Europe de l’Est tombe dans le piège de la propagande

En tant que journaliste qui regarde l’avancée inexorable de l’OTAN frapper à la porte de la Russie, je suis tenté de demander quel est le scénario le plus inquiétant : la campagne impitoyable de l’Occident contre la Russie qui prépare le terrain pour l’invasion militaire, ou la crédulité des gens qui placent leurs espoirs dans le tas de fumier qui sort tous les soirs de leur téléviseur.

Cela a son importance puisque la propagande est le lubrifiant naturel des armées en marche ; sans la distorsion diabolique de la vérité, des divisions occidentales entières s’arrêteraient bientôt.

Les médias occidentaux ont pratiquement couvert le conflit depuis le bureau de l’ancien président géorgien Mikhail Saakashvili

Par conséquent, les médias occidentaux vont chercher dans leurs réserves deux événements qu’ils ont désinfectés pour la consommation du grand public afin de lui faire avaler leur histoire d’«agression russe». Le premier est le conflit russo-géorgien de 2008, un événement de cinq jours qui a commencé le 7 août quand les forces géorgiennes ont mené l’assaut sur Tskhinval, la capitale d’Ossétie du Sud.

Bien que vous ne l’auriez jamais deviné avec les rapports occidentaux de l’époque, une douzaine de gardiens de la paix russes et des centaines de civils ont perdu la vie dans l’attaque. Pourtant les médias occidentaux – qui ont pratiquement couvert le conflit depuis le bureau de l’ancien président géorgien Mikhail Saakashvili – ont peint la Russie comme l’agresseur et la Géorgie comme la malheureuse victime durant tout le conflit.

Oui, les forces russes n’ont pas perdu de temps avant d’entrer en Géorgie après qu’elles aient encaissé le premier coup, s’emparant de quelques villages, mais qu’est-ce que n’importe quel autre pays aurait fait dans ces circonstances ? Dans tous les cas, le 8 octobre, soit deux mois après le début de l’attaque, la Russie avait retiré toutes ses troupes de Géorgie. Cependant, aujourd’hui encore, les médias occidentaux rappellent cet événement comme une preuve parfaite des mauvaises intentions de la Russie.

Et pourtant…une enquête indépendante, autorisée par l’Union européenne, a conclu – un peu tard – que la Géorgie était responsable d’avoir ouvert les hostilités.

«Selon l’enquête, c’est la Géorgie qui a déclenché la guerre quand elle a attaqué Tskhinvali (en Ossétie du Sud) avec de l’artillerie lourde dans la nuit du 7 au 8 août 2008», a annoncé la diplomate suisse Heidi Tagliavini, qui a dirigé l’enquête.

«Les autorités géorgiennes n’ont donné aucune explication qui ait été validée comme justification légale de l’attaque».

Un an après la «prise» de la Crimée par la Russie, tous les sondages montrent que les autochtones – ukrainiens, russes ou tatars s’accordent à dire que la vie est meilleure avec la Russie qu’avec l’Ukraine

Puis il y a eu la «prise» de la Crimée par la Russie en 2014 au moment où l’Ukraine était rongée par un conflit interne et des voyous fascistes. Les intérêts de l’Occident avaient jeté le feu aux poudres à Kiev. Mais comment se fait-il qu’aujourd’hui les habitants de la Crimée soient satisfaits de leur nouveau statut de citoyen russe ? Cela n’a pas de sens ! Qu’en est-il de tous ces chars, soldats et avions chasseurs essentiels lors de toute «prise» digne de ce nom ?

Même Forbes a admis à contrecœur, un an après la «prise» de la Crimée par la Russie, que «tous les sondages, les uns après les autres, montraient que les autochtones – qu’ils soient ukrainiens, russes ou tatars s’accordent presque tous à dire que la vie est meilleure avec la Russie qu’avec l’Ukraine».

Peut-être que la situation de la Crimée serait plus claire pour beaucoup de gens si les médias occidentaux racontaient enfin la vérité. Il n’y a jamais eu de «prise» de la Crimée par les forces russes. En réalité, le 16 mars 2014, la population de la Crimée – indépendamment de leurs origines ethniques – a voté presque unanimement pour rejoindre la Fédération de Russie dans un référendum démocratique.

Pas de chars, pas de soldats russes, pas une goutte de sang.

Il est donc clair que les actions belligérantes de l’OTAN à la frontière russe sont infondées et basées sur rien de plus que le battage médiatique et l’hystérie. Mais cela ne les rend sûrement pas moins dangereuses. Malheureusement, l’Occident ne se réveillera et ne réalisera qu’il ne comprend rien à la Russie depuis ces trente dernières années que lorsqu’il verra une armée étrangère en train de jouer dans son arrière-cour et ressentira la peur et l’aversion que cela suscite.

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